La Honte d'être français et européen.

Je me balade en Italie. Bon ! Tant mieux pour moi... Et ça n'intéresse personne... Sauf que, la signora qui m'accueille, l'autre jour sur son campeggio le long du lac d'Iseo s'excuse presque du foutoir gouvernemental italien.

Un "premier" ministre systématiquement contredit ou presque par ses vice-ministres Salvini (Lega) et Di Maio (Movimento5Stelle).

Je lui réponds que, nous autres français, n'avons pas les moyens de donner des leçons à quiconque. Avec nos zozos en place, que ce soit le Président, ses faillots, et son Gérard Collomb...

C'était, il y a deux jours.

A la une de la Repubblica d'aujourd'hui : "La France à l'attaque de Salvini". Avec en prime les remontrances de Macron, osant donner une leçon de morale au gouvernement italien, à la veille de recevoir Conte.

Et le porte paroles de LRM, Gabriel Attal de déclarer que "le comportement du gouvernement italien est à vomir" (sic). Il a reconnu depuis qu'il aurait parlé un peu vite.

Pas besoin de dire que le Salvini, copain comme cochon avec les membres du du club de Visegrad (Pologne, Hongrie,Slovaquie, Autriche tous extrême-droite et racistes), se frotte les mains.

Se faire injurier par des "guignols" qui ont déféré devant les tribunaux des activistes de "No border", dont les gendarmes ont laissé mourir une femme enceinte dans la montagne du côté du col de l'Echelle, qui se sont introduits en Italie à Bardonecchia pour aller vérifier les urines d'une migrante, en se fichant pas mal de la frontière, ou qui font la chasse aux migrants à Menton, c'est tout bonus. Surtout à la veille du deuxième tour des municipales en Italie.

Le pompon a été décroché avec le refus de la France d'accueillir les malheureux de "l'Aquarius", ce qui place notre gouvernement al fianco di Salvini. Qu'en aurait dit M. Ricœur ? Passons !

 

Le problème, ce n'est pas d'ouvrir ou de fermer les frontières. C'est, de se demander quelles sont les raisons qui poussent des jeunes gens des deux sexes à risquer leur vie pour essayer de rejoindre des pays riches dont ils subissent les exactions, chez eux, par le pillage de leurs richesses du sol et du sous-sol. Parce qu'ils fuient aussi des guerres que nous alimentons avec nos armes. Parce qu'ils sont chassés de chez eux par la faim, par les changements climatiques, par l'incurie de leurs gouvernements, soutenus par les pays riches.

 

Le problème de l'Europe, constituée de pays qui furent jadis à la tête d'empires coloniaux, c'est d'assumer les conséquences de son histoire et de sa politique économique actuelle. Il semblerait que notre Emmanuel prêcherait pour prévenir plutôt que de guérir en matière sociale et médicale. Faire de la prévention dans tous les domaines ? Chiche !

J'ai dénoncé les causes qui poussent des misérables à changer de pays et de misères. A quand une nouvelle politique africaine ? A quand une autre politique Moyen-Orientale ? Il est vrai que la Chine s'installe dans le chaos africain, en douceur, mais inexorablement en payant ce qu'il faut aux mafiosi en place. Il est vrai que les USA ont aussi un œil intéressé. Or, ce n'est, ni vers la Chine, ni vers les USA, que les affamés vont migrer, mais vers l'autre côté de la Méditerranée où ils ont des amis, des valeurs qu'on leur a inculquées jadis, des possibilités de vivre autre chose que l'enfer qu'ils ont connu, chez eux, et tout au long de leur parcours à travers savanes et déserts arides pour devenir les proies de passeurs ou de sadiques en Libye.

 

Je crains fort que la morale consisterait à remettre en question le système dominant de notre "mondialisation heureuse", seulement pour une minorité de terriens.

En attendant, je ne peux m'empêcher d'éprouver une certaine honte devant ce que les européens sont capables de faire. Hypocrisie, égoïsme, peur de l'autre, indifférence à la misère, incapacité à surmonter les drames humains, absence de fraternité, racisme de plus en plus partagé...

Ce qui donne encore plus de valeur à tous ceux qui s'élèvent contre ces tares. Les justes du briançonnais, de la Roya... Plus d'un millier de personnes, hier, à Milan contre Salvini. C'est peu. Mais c'est de la braise à conserver avec prudence pour des futurs plus humains. Mais la génorisité est incompatible avec la course au profit. Comme le sont le respect du satellite et la croissance infinie.

"Est-ce ainsi que les hommes vivent ?"

 

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