L’Europe ! Oui... mais quelle Europe ? Ou comment choisir le parti pour lequel voter

Nous devrions aller voter le 26 mai prochain pour désigner des représentants au Parlement Européen. Voter pour qui ? Pour quoi ? Comment ?

Or, comme l’a magistralement montré Régis Debray dans son long article «L’Europe fantôme» que j’aurais volontiers sous-titré ou «La Sainte Illusion», qu’est-ce que cette Europe-là, si ce n’est une sorte de Marché plus ou moins commun, qui permet par ses directives, ses décisions budgétaires, ses normes et ses diktats d’enrichir toujours plus les riches et de procurer des miettes aux plus pauvres, quand ce n’est pas de créer de la pauvreté avec les salariés pauvres.

Avant de nous diriger vers les isoloirs, et faisant fi des chants des sirènes de la propagande déversée sur les ondes, imprimées sur les journaux papier, arrivant sur les écrans de nos ordinateurs, demandons-nous donc dans quelle Europe nous aimerions vivre.
Mais d’abord, «Pour mieux comprendre ce qui reste d’emprise sur les esprits, il faut rendre à l’idée sublime d’Union Européenne son aura d’origine. Et rappeler à ceux de ses vingt-sept membres qui l’auraient oublié d’où vient la bannière bleue aux seulement douze étoiles d’or : du Nouveau Testament, Apocalypse de St Jean 12. L’emblème qui flotte au-dessus de nos têtes qui ne croient plus au Ciel remonte à l’an 95 de notre ère et célèbre l’imminent avènement du Royaume. Vision mystique engrisaillée, projet politique encalminé : les deux ne sont pas sans rapport» R. Debray

Comment sortir de cette vision de marcheur regardant derrière lui nous conduisant à l’aveugle vers un futur qui s’avère hélas depuis quelques décennies, si rien ne change, pire que notre présent, ce qui constitue une rupture avec ce que les peuples ont cru et vécu du XVIIe siècle jusqu’à la fin de la première moitié du XXe siècle et l’entrée dans l’ère atomique ?

Quel espace européen ?
Cet espace doit donc posséder des frontières. Je n’ai pas dit des murs. Non ! Des limites, définies, héritées des traités de jadis et en conformité avec l’histoire et la géographie. Or, cet espace européen est à frontières fluctuantes, indéfinies, variables, répondant à des critères technocratiques relevant de l’économie budgétaire.

On se souvient de la définition européenne du général De Gaulle qui la faisait commencer à Brest et finir à l’Oural. Soit ! Géographie ancienne. Et l’on voit mal la Russie s'amputer de la Sibérie d’où nous parvient en partie le gaz que nous brûlons.
Et historiquement, les hordes huniques se sont arrêtées aux Champs Cataloniques du côté de Châlon, après avoir saccagé Rome. D’où, n’en déplaise à certains, les incertitudes de cette frontière est ainsi que la preuve que nous nous situons à l’extrémité ouest de l’Asie.
On aurait pu croire qu’à l’ouest tout serait facile. L’Atlantique et ses mers définissant des frontières «naturelles» que nul ne saurait remettre en question. L’ouest, c’est du sûr, du certain. Sauf, pour les britanniques qui tentent de redevenir des îliens pur jus en dépit du tunnel sous la Manche, et les Islandais qui sont demeurés attachés à leurs brumes, leurs glaces et leurs volcans en une indépendance pointilleuse, avec quelques siècles de démocratie directe et une fière résistance aux éléments déchaînés comme aux fluctuations de l’Histoire.

Par conséquent, j’aimerais pouvoir voter pour des représentants qui seraient capables de me dire ce que sont les frontières de l’Europe. Cela m’aiderait. Merci.
D’autant que les pays balkaniques, Serbie, Albanie, Monténégro, Macédoine et Kosovo me semblent très européens eux aussi et pourtant assez lâchement mis en marge. Il est vrai que nous nous sentons quelque peu morveux quant à la manière dont a été traitée l’éclatement de la Yougoslavie, cette « invention » des traités d’après la Première Guerre Mondiale.

L’Europe ne peut donc être qu’une association consentie de nations, respectueuses de leur passé souvent conflictuel, aux langues et coutumes différentes, aux cultures, à la fois nationales et européennes.

Écologie
Ensuite, depuis une cinquantaine d’années, nous avons pris connaissance de l’importance de l’écologie, cette science qui étudie notre environnement et les interactions qui découlent de la présence d’êtres vivants dans leur biotope. Tout le monde, sauf malhonnêteté intellectuelle intéressée et stipendiée par des compagnies multinationales, peut constater que les glaciers fondent de plus en plus vite, qu’il y a une phase d’échauffement climatique, comme il y en a déjà eux jadis, mais que celle-ci procède, à la fois des cycles réchauffement-refroidissement habituels, avec, en plus, des origines d’activités humaines suicidaires.
D’où la notion d’une nouvelle ère de l’Histoire de la Terre, appelée « anthropocène », où les hommes sont en train de modifier leur satellite ( épuisement des ressources du sous-sol, pollutions maritimes, eaux potables en voie de contamination, élimination accélérée d’espèces animales, assèchements de mers intérieures, contamination du sol et du sous-sol par produits chimiques et autres résidus radioactifs…)

L’accroissement exponentielle de la population constitue une menace, surtout si cette population désire posséder un niveau de vie égal à celui que l’on rencontre dans les pays les plus développés.
Au XXIe siècle, nous pourrions quand même un peu plus facilement comprendre que nous sommes les passagers d’un petit satellite, d’un petit soleil, perdu dans l’univers.
Nos satellites artificiels qui tournent autour de notre planète doivent être régulièrement ravitaillés, et débarrassés de leurs ordures. Or, la Terre constitue aussi un espace fini. Croire et tout faire pour que la croissance y soit infinie caractérise l’imbécillité criminelle du système qui la promeut.
Par conséquent, tout parti ou candidat, qui aura encore en tête cette approche de la politique économique à mettre en place est à rejeter.

Lobbies
L’on sait qu’auprès des instances européennes, grenouillent des lobbies de toutes catégories : grandes entreprises, banques, ONG, syndicats divers, régions. Ce sont eux qui tirent les ficelles des marionnettes élues par vous et moi.
Pas facile de résister à leurs pressions, d’autant qu’il y a des avantages à la clef, des financements, des cadeaux, des carrières pour la famille, des voyages d’études, des distractions en tous genres y compris du sexe et de la blanche... «Je te tiens, tu me tiens par la barbich...» C’est un vieux principe de la politique politicienne.
Mais peut-il y avoir de la politique sans qu’elle devienne politicienne et qu’est-ce que cela signifie vraiment ? Pas de démocratie, pas de gouvernance sans un minimum de vertu, même si cette exigence peut faire sourire les gens au fait.

La mise en place de contrôles citoyens, sur les relations élus-lobbies, devrait être de rigueur. Citoyens volontaires, indépendants, vertueux, eux-mêmes contrôlés par d’autres citoyens devant lesquels ils auraient des comptes à rendre. Le budget européen devrait ouvrir une ligne de comptes pour leur donner les moyens d’agir. Ce qui consisterait en une véritable révolution du système. Rêvons !

Concurrence
La libre concurrence est le nec plus ultra, la raison d’être de l’UE actuelle. Or, cette libre concurrence est faussée systématiquement, quoi qu’en dise la propagande officielle. La loi du plus fort y règne en maître. Elle encourage et maintient des différences scandaleuses de salaires et de niveaux de vie entre les états-membres dont les bénéficiaires sont les sociétés internationales et les fonds de pensions. Elle entraîne parfois une gabegie supportée par les imposables, l’argent public ne pesant que sur eux.

On s’aperçoit que cette concurrence qui aurait dû favoriser des coûts plus bas, une efficacité toujours accrue, se dilue en ententes entre groupes, d’un même secteur ce qui débouche sur des scandales à répétition : pollution des moteurs Diesel trafiqués, obsolescence programmée des objets, pression sur les salaires, délocalisation des entreprises à la fois au seing de l’UE et en dehors…

Tout parti ou futur élu qui ne s’engagerait pas à mettre un terme à ce scandale, est à clouer au pilori. Honte, honte à lui ou à elle.

Europe sociale
La politique de l’UE du futur doit reposer sur une amélioration des conditions de vie et de rémunération des européens.
D’où la nécessité de généraliser un salaire minimum garanti égal dans tous les pays de cette union.
D’où, une législation du travail commune, reposant sur le droit du travail du pays membre le plus avancé dans ce domaine. Ce n’est qu’à ce prix, que les européens recouvreront quelqu’intérêt dans l’existence de cette union européenne et que les frontières des pays membres existant perdront un peu de leur valeur.

Lutte contre la corruption
Enfin, la lutte contre la corruption et les paradis fiscaux se doit d’être exemplaire n’en déplaise à la majorité de ses membres.
Oui ! Je sais. J’ai dans le collimateur le port franc du Luxembourg, ce qui va froisser M. Juncker, comme celui de Genève hors UE.
Mais je regarde aussi les pratiques des banques européennes, le rôle des îles anglo-normandes, la place financière de London, Monaco, Andorra, et ces îles du Commonwealth si généreuses en immatriculation de yachts et comptes off-shore, avec blanchiment en tout genre.
Les états, tout comme l’UE doivent se donner les moyens de cette lutte contre la corruption, à commencer par celle qui est pratiquée dans les salons de réception et autres hôtels et bureaux de Bruxelles ou de Strasbourg.

Tout parti ou candidat qui ne s’engage pas dans cette lutte, est sans intérêt et constitue un danger pour tous.

Égalité devant l’impôt

Je constate que l’ensemble des peuples européens ne remet pas en cause le principe de l’imposition. Même si la tendance, le jeu, le désir du lucre front qu’en payer le moins possible semble naturel.

Par contre, ce qui est désigné à la vindicte populaire, c’est l’injustice, l’inégalité, devant la contribution aux finances des états et de l’UE. Que les plus riches paient bien moins que les plus pauvres est insupportable. Que les carburants constituent un rentrée d’argent considérable, soit !, mais que le kérosène et les fuels lourds de la navigation maritime soient faiblement taxés relèvent du scandale.
Que la TVA tombe sur chacun quels que soient ses revenus et c’est insupportable. On ne rétablira pas la confiance dans les institutions étatiques et communautaires sans une réforme de l’imposition respectant une proportionnalité juste, les moins riches payant moins que les plus riches.
Rappelons au passage que les pays où l’on vit le mieux, en Europe, sont les pays scandinaves qui sont aussi les pays où le poids de l’impôt est le plus élevé.

Tout parti ou futur élu qui ne prend pas en considération ce problème de l’imposition est indigne de la fonction qu’il envisage d’acquérir.

Sécurité militaire
On nous rebat les oreilles, en France, avec l’existence d’une armée européenne souveraine. Lubie macronienne. Pourquoi faire ? Qui nous menace ? Sérieusement !
La Russie ? On n’aurait plutôt intérêt à renouer des liens d’amitié avec cet état. D’abord parce qu’on l’a vu, une partie de son territoire relève de l’Europe géographique et puis, ses ressources en matières premières sont indispensables à la ré-industrialisation nécessaire de l’UE, ce que ne veut pas savoir et comprendre, les supplétifs des USA que sont M. Macron et son gouvernement, ainsi que les pays de l’Est qui connurent, jadis le poids de la fraternité soviétique.
Il existe un contentieux sérieux chez nos partenaires de l’Est ? Certes ! Mais, au lieu d’accueillir des missiles US, d’acheter des avions de chasse US, de devenir les chiens courants d’une OTAN d’un autre âge, ils devraient comprendre que l’heure est à la désescalade et que la politique agressive de M. Trump et de son équipe de faucons constitue une réelle menace qu’ils auraient la priorité de subir en cas «d’accident». Attention !
Je ne supporte pas les atteintes aux droits et libertés fondamentales que subissent les citoyens russes de la part de l’oligarchie poutinienne. Pas plus que je ne supporte ailleurs les prétentions de certains pays européens du Nord à placer des états du Sud de l’Union en états de seconde zone, comme le connaissent la Grèce, l’Italie, le Portugal ou l’Espagne. La Russie ne se résume pas à Vladimir Poutine, pas plus que les USA à Trump ou la France à son Jupiterien Président.

Politique migratoire
Enfin, nul doute que pour éviter d’approfondir ce qui précède, l’on va nous encombrer le cerveau avec les problèmes migratoires, ces nouvelles « invasions barbares ».
C’est à qui va déverser sur cette jeunesse du Moyen-Orient et du Sahel toute la haine que peuvent ressentir des pétochards patentés qui ont peur de leur ombre et n’ont aucune confiance en eux-mêmes ni dans leurs institutions.

Qu’est-ce que l’UE est prête à faire pour dissuader des gens de venir au péril de leur vie tenter de trouver un peu de paix et de quoi manger dans nos beaux pays si calmes, si généreux, si équitables, si respectueux de leurs concitoyens, si libres, si sereins ?

La vente d’armes constitue une ressource non négligeable des recettes de nos pays. A quoi servent ces armes ?
La présence de forces armées européennes auprès des guerres perdues des USA constitue des foyers de haine qui alimentent le terrorisme dont nous sommes en partie responsables et que nous subissons, hélas non sans raison.
La mise sous tutelle de pays producteurs de pétrole, d’uranium, de métaux rares, de matières premières diverses sans que les populations locales profitent de ces richesses entraîne cette pauvreté insoutenable qui met sur la route des milliers de jeunes gens, certains très éduqués et dont nos populations vieillissantes ont besoin.

L’humanisme, ciment de l’Europe

L’accueil de ces migrants est un devoir qui relève de ce qui fait l’unité de l’Europe, à savoir son humanisme. J’aurais aimé que nos billets de banques fussent illustrés par ces humanistes qui constituent nos racines communes. Rabelais, Montaigne, Erasmus, Spinoza, Descartes, Copernic, Galileo, Hume, y avaient leur place et bien d’autres aussi.


Tout parti ou candidat qui remet en question cet humanisme est indigne de siéger au parlement européen, puisqu’il est la négation même de l’Europe.

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Ma liste de recommandations pour choisir un parti n’est point exhaustive. Chacun peut l’améliorer. D’aucuns remarqueront que je n’ai point remis en question le système capitaliste ultra-libéral qui nous mène à une disparition prématurée de l’espèce humaine. Quoique.
C’est sans doute, que je ne me fais guère d’illusions. Ce qui ne m’empêche pas de rêver d’une Europe où la liberté d’entreprendre serait encouragée, contrôlée et où la spéculation financière serait imposée plus durement.

Les peuples, de mieux en mieux éduqués, ne supportent plus ce système mortifère et osent le dire, en descendant dans les rues. Ils veulent plus de justice, plus de respect, plus d’équité et que la justice et la police s’en prennent avec efficacité à tous les corrompus qui ont trahi leurs espoirs.

Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d’avancées sociales conséquentes sans lutte. L’ultra-libéralisme croit avoir gagné la guerre des classes, il n’a remporté qu’une victoire à la Pyrrhus. Il est venu le temps d’une autre manière de gouverner et de faire des affaires.
La sobriété heureuse a de l’avenir.
La croissance infinie est à remiser dans les caves des musées. Et cela peut se faire à l’échelle d’un continent qui a, jadis, éclairé le monde par sa philosophie, ses avancées technologiques, ses inventions qu’ont ternies deux guerres mondiales avec un basculement d’empires vers les USA et la Russie.
Deux puissances montantes sont à apprivoiser, la Chine et l’Inde.
Une redistribution des cartes s’impose. Cela se fera avec de la matière grise, le temps du sang et des larmes devrait être révolu.

A chacun de nous de vouloir qu’il en soit ainsi.

Il y va de la survie de l’humanité perdue sur son petit satellite bien mal en point.

Les pays européens peuvent encore jouer un rôle important face aux impérialismes en place à condition de reprendre confiance en eux-mêmes et recouvrer une indépendance de penser en agissant au sein d'une mondialisation en perpétuelle évolution.

Ne jamais oublier que tout bouge, tout change. Rien n'est définitivement figé. Y compris les traités en place.

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