La Renaissance est pour demain.

Comme d'habitude, nous sommes en période électorale. La démocratie bourgeoise adore ces moments où des individus ambitieux font le "sacrifice" de leur tranquillité, de leur bonheur de vivre bourgeoisement pour représenter les intérêts de la Nation. C'est ce que prétendent certains avec plus ou moins de sincérité

D'autres, par leur passé et leur présent, n'ont qu'un objectif, travailler à leur propre gloire, s'enrichir avec l'argent public et être les obligés de la minorité la plus riche dont ils sont les fondés de pouvoir en se disant leurs "amis". On en a connus qui ont choisi le Palais de l'Elysée pour échapper au Palais de Justice. C'est une caractéristique de la vie politique ordinaire de la République française depuis plus d'une décennie.

On pourrait s'attendre à ce que le monarque quinquennal, qui, dans le cadre de la Ve République possède plus de pouvoirs que n'en eut Louis XIV, fût un exemple de probité, d'honnêteté intellectuelle, d'exemple pour tous les citoyens. Devenir du jour au lendemain, représentant de TOUS les français et commandant en chef des armées, nommant le Premier Ministre dans la majorité de l'Assemblée Nationale et ayant pouvoir de la dissoudre, possédant l'art. 16 qui, en cas d'émeutes, de troubles profonds de la société française, lui donne tout pouvoir, exige que l'on ne confie pas le trône à quelque marionnette de la finance, à quelque menteur-tricheur patenté, à quelque vieux cheval de retour ayant girouetté au cours d'une carrière bien remplie, à un malade mental plus ou moins atteint, à un gourou de secte ou à un quelconque blanc-bec élevé au grain des Grandes Ecoles dans la tradition de l'Ecole de Chicago qui a phagocyté les esprits d'une partie de l'intelligentsia, pratique "la théorie du choc", et a décrété qu'ad vitam eternam, le capitalisme mondialisé libéral était le summum de l'activité humaine et la fin de l'Histoire, et qu'il n'y avait de "liberté" que sous le joug de l'Empire du "Bien" US.

Les français, en cette année 2017, sont sous le feu constant de révélations qui mettent à mal les candidats. Les plus conscients désespèrent de trouver le merle blanc qui sera leur chevalier. Le divorce entre les sujets et les souverains est bien avancé. L'on commence à comprendre que le système est moisi, champignonné, corrompu, non fiable et que les promesses de jadis ont systématiquement disparu dans la praxis mise en place.

Par contre, les peurs sont fort bien entretenues, joliment exploitées, grâce à ce terrorisme si pratique pour calmer les velléités de rebellion de certains, par l'insécurité dans l'emploi et l'endettement généralisé des foyers. Tant et si bien que certains sondages donnent gagnante la Madone des Pétochards, la Jeanne d'Arc de la haine, l'anti-femme libérée qui joue sur ces fameuses peurs, la haine des étrangers et surtout des musulmans, le repli sur soi, et rabâche avec frénésie qu'elle serait l'unique représentante de l'anti-système.

Il faut posséder un cerveau d'huître pour la prendre au sérieux quand on sait qu'elle est l'héritière d'un parti, né sous la IVe République et remis au goût du jour par la grâce de F.Mitterrand afin de mettre sur orbite un "parti-loup" pour effrayer les "ch'tits éfants" et introduire cette merveille d'attrappe-couillons qu'est "le votutile".

Du coup, l'on a dérivé inexorablement vers une République américanisée avec deux grands partis, dits de droite et de gauche, alors qu'il existe, de facto, DES droites et DES gauches, qui se sont péniblement  partagé le pouvoir alternativement avec, pour conséquences : le triomphe des intérêts des riches, tantôt avec une sauce réactionnaire et autoritaire, tantôt avec un liant sociétal plus permissif.

 

 Et il y en a pour essayer de nous convaincre que dans quelques mois, nous aurons à choisir "librement" le candidat de notre choix.

Où est la liberté dans cette affaire ? Sur une planète multipolaire comme la nôtre, la seule croyance dominante, pour une majorité de la population, c'est l'accumulation de capital. Le fric pour le fric.

Au XIXe siècle, les banques servaient à développer des industries, à bâtir, à construire, à créer des villes, à envahir des continents que l'on pillait pour toujours plus de bien-être dans les pays dits riches, et de la misère, de l'exploitation, voire de l'esclavage dans les pays colonisés. Aujourd'hui, s'il existe heureusement encore des créateurs d'entreprises, des investisseurs, des gens sachant prendre des risques pour leur enrichissement personnel mais aussi pour celui des autres, la mode est à la financiarisation de l'économie.

Une minorité d'actionnaires courageusement anonymes agissent en dictateurs sanguinaires en jouant sur le prix des denrées de base. "Toutes les 5'' nous rappelait récemment Jean Ziegler, un enfant meurt de faim, sur cette planète alors qu'elle pourrait nourrir 10 milliards d'êtres humains."

Nos "drwadelomistes" habituels devraient hurler au génocide systémique. Non ! Silence. Ou presque. Un dealer de la banque, appelé trader, a misé à la baisse sur le cacao ou le café. Il a fait gagner des millions à ceux qui lui ont confié leurs économies. Il va prendre son pourcentage juteux. Ses "clients" vont s'enrichir. Et, en Afrique ou en Amérique latine, des enfants vont crever de faim parce que la production des champs où s'échinent leurs parents ne vaut plus rien. Où est la liberté pour ces gens-là ? Que ce soit l'agriculteur et sa famille, que ce soit le spéculateur. Ils sont les acteurs et les victimes aliénées d'un système qui les dépasse. C'est ce que nous a expliqué jadis André Gorz dans "La morale de l'histoire", difficile à trouver et pourtant toujours d'actualité. "Chacun est pour lui-même la victime des autres, mais il est aussi, comme Autre, leur et son propre bourreau". P.73

Même notre futur monarque est aliéné par le système, prisonnier des traités signés par ses prédécesseurs, contraint par un système qui lui est imposé et dont il ne pourrait se débarrasser que si les citoyens, non seulement français, mais aussi des autres pays, avaient la volonté de le remettre en question. Car, le système tant décrié n'est jamais qu'une construction humaine. Ce que les anciens ont fait, nous pouvons donc le défaire.

J'entends déjà les petits cerveaux formatés sortir leurs "populisme" ou "utopie", deux termes qui empêchent toute réflexion en profondeur. Michel Debré et le général De Gaulle étaient donc, à la jauge de certains de nos commentateurs d'aujourd'hui, des populistes, puisqu'il est écrit, noir sur blanc dans le préambule de notre Constitution que "la souveraineté nationale appartient au peuple français". Quant à Icare ou à Leonardo da Vinci, deux utopistes notoires dont les idées ne se sont jamais réalisées. Les hommes ne pourront jamais voler, voyons ! Soyez raisonnables !

Après mûre réflexion, y a-t-il un candidat qui voit plus loin que son nez ? Y a-t-il un candidat capable de rassembler, d'entraîner les peuples à penser large, à se remettre en question, à renverser la table, à mettre en pratique notre si merveilleuse devise républicaine qui servit longtemps de phare à tous les citoyens du monde qui voulaient vivre libres, égaux et fraternels. Si oui, alors n'hésitons pas, en dépit de ses défauts et pour ses qualités, à lui apporter notre suffrage, tout en sachant que tout commencera pour nous, s'il est élu, en prenant notre part à notre destin.

Ah ! Résister à l'aliénation débilitante et réunir nos libertés dans une émancipation commune pour une société plus équitable et plus fraternelle !

Objectif possible. Encore faut-il le vouloir.

 

Maintenant, croire que les urnes peuvent accoucher d'une révolution des esprits, c'est mettre les choses à l'envers. C'est parce que les esprits doivent changer qu'une éventuelle révolution peut sortir des urnes. Les forces de l'argent feront tout pour qu'elle échoue. On le sait. Ne pas le craindre serait déjà une victoire extraordinaire, une prise de conscience de la force du plus grand nombre, une libération par rapport au bourre-crâne de maints médias, le début d'une Renaissance dans tous ses aspects. Oui ! C'est possible parce que c'est vital dans la mesure où l'actuel système mondialisé conduit l'humanité à sa disparition prématurée.

Mais avant cette Renaissance, je crains fort que la France, que dis-je l'Humanité ne connaisse une période de troubles profonds.

 

 

 

 

 

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