Notre-Dame ayez pitié !

J’aime visiter nos cathédrales dans la mesure où elles sont le témoignage du génie humain. Elles témoignent aussi du regard méprisant du Grand Siècle à l’égard de ce Moyen-Âge que les romantiques mythifieront. Ces vaisseaux de pierres montés à l’assaut d’un ciel où d’aucuns y ont inventé le Paradis, constituent des défis aux lois de la pesanteur.

 

Les sculptures qui les ornent exigent une initiation et sont souvent éloignées de la BD que certains veulent faire croire, en expliquant que ces images constituaient le moyen de communiquer des vérités à un peuple souvent illettré.
Pour peu que l’on ait la chance de se glisser dans les entrailles de ces monuments, et l’on découvre des scènes coquines, voire des caricatures de l’Église souveraine.

Rien de telle qu’une cathédrale pour donner du travail à des centaines de maîtres tailleurs de pierre, de maîtres charpentiers, de maîtres vitriers.
Quant au rôle spirituel de l’architecture, de fortes voix y ont prononcé des prônes admirés de la noblesse et de la bourgeoisie. Des vitraux y ont servis de panneaux publicitaires pour quelque confrérie. Le paiement d’impôts a financé la construction, telle cette « Tour de Beurre » en la cathédrale de Rouen.

Souvent, y était accolée quelque école où l’on y apprenait à lire et à écrire en sus des lois de Dieu. Mais, toutes sont l’image de la prospérité de la ville.
Elles sont le symbole de la richesse de l’Église et de la bourgeoisie. Pour peu qu’elle renferme une relique, des pèlerinages sont organisés, ce qui enrichit à la fois, la ville et l’Église. Rôles spirituel, économique, et politique se mêlent.

On peut donc comprendre l’émotion que les médias ont su mettre en scène à l’occasion de l’incendie de Notre-Dame de Paris, monument le plus visité… Et point zéro du calcul des distances de nos route nationales.

Ce n’est pourtant qu’un fait divers. Spectaculaire. Tragique. Regrettable. Y compris pour des mécréants. Mais qui n’a rien à voir dans son horreur avec les crimes contre l’humanité commis au Yémen avec nos armes made in France. La fumée s’échappant de N-D de Paris ne saurait effacer le malheur des humains. La bourgeoisie se montre soudain d’une générosité admirable inversement proportionnelle à son souci de payer correctement ses salariés, et ayant toujours d’excellentes raisons pour les licencier, les plonger dans une insécurité permanente, pour les exploiter en toute liberté.

Bien sûr qu’il va falloir restaurer ce monument. Mais, il ne faudrait pas oublier les hommes et les femmes qui vivent dans la précarité et la misère.
Solidarité internationale pour le vaisseau de pierres et de bois. Bravo ! Mais rejet des étrangers qui osent venir essayer de vivre dans notre vieille Europe chrétienne et si égoïste.

Notre-Dame de Paris n’a nullement empêché la Saint Barthélémy, ces messieurs de la cathédrale l’encourageant.

Bonne nouvelle ! Comme la cathédrale de Rouen que j’ai toujours vue en travaux depuis 70 ans, N-D de Paris, va donner du travail à quelques centaines de spécialistes pour des années.

Mais par pitié ! Sachons organiser nos pleurs, nos colères, nos désirs !
Et puis, qui s’est approché de la pierre de nos merveilles, a osé gratter la surface de cette pierre, s’est aperçu que sous l’effet de la pollution, la cathédrale fond comme sculpture de saindoux.
Lutter contre cette pollution me semble être autrement plus important.

Mais pour cela, il faudrait revoir le système productiviste que nous subissons. Ce serait une révolution des esprits. Pour le moment, on ne parle qu’argent, financement, déductions fiscales pour les donateurs, soit encore, indirectement le peuple qui paiera la restauration.

Notre-Dame, ayez pitié de nous autres, pauvres humains ! Dommage que vous ne soyez qu’un prétexte à l’étalage de la richesse de la minorité la plus aisée.

 

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