Une formidable époque !

Tout bien considéré, ce n’était pas mieux avant.      Avant quoi ?     Pardon ! Ce n’était pas mieux… jadis.

              J’ai connu l’après-guerre et ses « restrictions ». Le pauvre salaire de mon père nous donnait la joie de connaître des fins de mois quinze jours avant leur terme. Soit patates et nouilles, nouilles et patates. Un œuf de temps à autre avant que la paye ne revienne ou que les grands-parents dépannent leur fille et leurs petits-enfants…
    
    Certes, nous étions bien plus respectueux de la Nature qu’aujourd’hui. On allait chercher le lait dans un broc spécial, puis quand le lait est arrivé en bouteilles de verre, elles étaient consignées. Le beurre se vendait à la motte et la crème à la louche. On ne connaissait que les légumes de saison venus des maraîchers d’à côté, remplacés depuis par des bâtiments de toutes sortes, grandes surfaces, parking des transports en commun, habitations diverses. Pas encore de plastic à tout va, de barquettes si pratiques, mais qu’on doit jeter et qui sont quelquefois recyclées. Parfois ! 
    Mais, dans le même temps, on consommait du charbon et du pétrole pour nous chauffer, les murs étaient des passoires thermiques et les vitres de ma chambre, m’offraient de merveilleux paysages de givre que le pâle soleil d’hiver venait perler d’éclats de diamants… Pour sortir de la chaleur du lit, on commençait par réchauffer ses habits, puis, vite, on les enfilait pour rejoindre la cuisine-salle de séjour-nursery et bureau où ronronnait un poêle que l’unde nos parents avait allumé. 
    
    Du progrès ? Oui ! Il y en a eu, et encore aujourd’hui, à bientôt 78 balais, je suis toujours émerveillé de pouvoir prendre un douche chaude. Ben oui ! Ça peut paraître un peu neuneu, un peu vieux machin en voie de disparition, mais c’est comme ça ! 
    Ai-je pour autant eu une enfance malheureuse ? Non ! Même si parfois, j’ai eu honte de ne pouvoir inviter des copains dans cet appartement sans eau courante et sans commodités autres que celles installées dans le jardin. Mais mes parents nous aimaient, faisaient le maximum pour nous donner de quoi vivre, nous encourageaient à lire, à apprendre, à faire des études, au moins jusqu’au bac. Après tu te débrouilleras. 

    Les gouvernements se succédaient, surveillés de près par les States qui nous apportèrent « l’american way of life » avec le plan Marshall. Reconstruction, confort et consommation à tout va. Du lavage du linge à la main après passage dans le cuveau de la buanderie chauffé au bois, on est passé à la machine à laver électrique. Les fers à repasser eux aussi ont été électrifiés. La fée électricité s’est emparée des cuisines… C’était extraordinaire. Même un réfrigérateur est arrivé, puis enfin, mais j’étais déjà parti la télévision. Soit le monde en noir et blanc.

    Les pré-boomers nés pendant la guerre, classes creuses comme les ventres de leur mère sous-alimentées, furent vite rattrapés par les boomers, leurs cadets et cadettes. 
    
    Nous suivions les échos d’un monde d’après-guerre, mais  toujours en guerres : d’abord la Froide, celle qui opposa les alliés soviétiques et anglo-américains par guerres chaudes interposées : guerres d’Indochine à écrire au pluriel, la française puis l’américaine, guerre de Corée, guerre d’Algérie camouflée en évènements, guerres de décolonisation un peu partout en Afrique, puis vinrent les indépendances sous dépendance de l’ancien colonisateur avec des gouvernements de fantoches, des dictatures, tolérées si elles avaient l’agrément des USA, massacrées si elles osaient vouloir prendre leur liberté à l’égard de l’Empire. 
    Le satellite était coupé en deux empires, deux systèmes antagonistes qui faisaient des heureux et des milliers de morts. Et les marchands de mort continuèrent à s’enrichir, mains sales et rouge sang, mais la conscience tranquille. On aurait pu croire qu’après deux guerres mondiales dont une se terminant avec nucléarisation des armes, on aurait institué la paix en fermant les usines d’armement. « Si tu veux la paix, prépare la paix ! » 
    Attitude raisonnable absolument inhumaine. Ou plutôt a-humaine. Nous sommes guidés par nos affects et dominer l’autre, le soumettre de gré ou de force, tuer est inscrit dans nos gènes, dans nos cerveaux de primates un petit peu plus évolué que les autres, mais moralement inférieurs aux bonobos qui ont su se donner des moyens de transformer leur agressivité en parties de plaisir. Des hippies à poils qui font l’amour pas la guerre.
    
    En réalité, deux caricatures s’opposaient : une caricature de communisme dans l’empire soviétique et dans la Chine maoïste avec leurs états-frères, les démocraties populaires, frères devant être mis entre guillemets, tout comme démocraties, car c’était de l’amour delphique assez vache, et, en face, l’empire occidental-capitaliste, lui aussi prétendument démocratique, puisque s’y déroulaient des élections « libres ». 
    Tellement libres d’ailleurs que toute démocratie de l’Empire qui osait se donner un gouvernement remettant en question les valeurs capitalistes et la tutelle de Washington, se voyait immédiatement sanctionnée. 
    Les pays d’Amérique latine ont une très belle Histoire de coups d’état fomentés par les services secrets US, une fort jolie brochette de putschistes tortionnaires issus des meilleurs centres d’entraînement de la CIA, avec, triomphe absolu de la démocratie bourgeoise, le Chili de Pinochet. En Europe, l’Italie fut mise sous tutelle avec la démocratie-chrétienne, la mafia, les services secrets et la loge P2 avec financement et conseils techniques de la CIA qui s’arrêtèrent après les années de plomb soit le terrorisme noir et rouge, le noir faisant bien plus de victimes que le rouge. 
    
    
    Dans le même temps, l’espérance de vie augmentait, le confort était partagé y compris dans les classes laborieuses, le capitalisme du désir et de la séduction phagocytait les esprits et enrichissait les banques et les industries grâce à l’endettement généralisé des familles, comme des états. 
    Le capitalisme vivait ses crises cycliques qui enrichissaient les riches et éliminaient les plus fragiles, transformant lentement mais surement les salariés en « variables d’ajustement » et les citoyens en consommateurs.  
    
    Une bonne crise pétrolière mit fin aux « trente glorieuses » et ouvrit les portes des quarante à cinquante « piteuses » avec redéploiement général des lieux de fabrication de produits de consommation, financiarisation et mondialisation totale de l’économie. Croissance, élevée en déesse du progrès infini dans un monde pourtant fini. Le fric, le fric et encore le fric. Culte à Mammon obligatoire, Lourdes remplacée par La Française des Jeux, et une télévision qui prépare les cerveaux à recevoir la pub, la pub, la pub. Les téléspectateurs s’habituèrent peu à peu la médiocrité commerciale des chaînes qui les décervelaient et demeurèrent cois lorsqu’à l’américaine, on se permit de couper les films par des « plages publicitaires ». 
    On a réussi à éviter que des auto-collant ne soient apposés sur les peintures de nos musées mais je ne serais pas trop étonné que cela arrive un jour.
    Il n’y a qu’à voir les sportifs professionnels, hommes et femmes sandwichs. La natation n’est que peu touchée encore. Mais les tatouages ne sont pas faits que pour les gangs ! Vanter les poissons surgelés Machin avec un beau tatouage sur les bras le dos, le torse les jambes. Que de belles surfaces à sponsoriser !  
    
    Tout a été réifié. Ne compte que la valeur marchande des objets, des services et surtout, des humains. 
    Faire croire à chacun qu’il peut devenir milliardaire comme si l’humanité pouvait compter plus de 7MM de milliardaires.
     
    Les idéologies ont été balayées comme feuilles mortes qu’on ne ramasse plus à la pelle mais qu’on aspire bruyamment. 
    Ne comptent que la communication, le bagout, pardon ! le bas goût, la com’, avec dénaturation de la valeur des mots. Avec cette belle hypocrisie de ne plus appeler les choses et les hommes tels qu’ils sont. Cette « sensure » dénoncée par Bernard Noël qui amusait et désespérait Umberto Eco, prince de la sémantique.
    
    Les salariés ont disparu, ils sont devenus « collaborateurs ». « Collabo » possède un sens abjecte pour ma génération. Cette dérive sémantique illustre le mépris du patronat à l’égard de ceux qu’il exploite en leur faisant croire qu’ils ont tous deux des intérêts communs. Tutoyons-nous voyons ! Juste un problème de management qui a réussi à réduire les syndicats avec des techniques que pourraient envier les jivaros. 
    Les chômeurs n’existent plus, ce sont « des demandeurs d’emploi ». Les sans domicile fixe ne sont plus les manouches et autres gitans mais des pauvres qui dorment dans les rues ou des « gens du voyage ». Obligatoirement redoutables. 
    Rien à voir avec les vieux globe-trotters et autres hippies pélerinant à Katmandou, ou ces voyageurs des classes moyennes collectionnant les voyages organisés vendus à la sortie des grandes surfaces qui « faisaient » la Chine, l’Inde, l’Ouest américain avant que leur monde merveilleux ne soit gêné par un virus nouveau et que l’on prenne conscience que parcourir le monde en avion pour un oui, pour un non, ou faire des croisières, certes, c’est agréable ou presque, mais ça fiche en l’air la planète.

    Pourquoi cette perte du sens des mots ? 
    
    Pour camoufler la réalité où une élite se goinfre, s’enrichit, capte la richesse tandis que la majorité de l’humanité vit en dessous du seuil de pauvreté, qu’un enfant meurt de faim toutes les cinq secondes, que les classes moyennes ont augmenté dans les pays riches pour mieux contraindre et faire accepter leur condition aux couches précarisées, ou laissées sur la rive avec la honte de ne plus faire partie du peloton. Des nuls, des sans-dents. Des louzeurs.  
    
    Ah ! Le merveilleux système dominant ! Même la Chine communiste est devenue un modèle de fabrication de milliardaires à condition qu’ils aient fait allégeance au PCC. 
    Itou pour l’ex-URSS, où les disciples de Friedman,  les Chicago boys ont permis l’essor des oligarques et des mafiosi, sous le regard bienveillant de M. Poutine, lui-même ayant su s’enrichir comme tout bon milliardaire détenant le pouvoir politique avec la complicité de compagnons très intéressés, quelle que soit sa nationalité. 
    
    De temps à autre, la presse, très souvent aux mains des milliardaires, ose dénoncer des scandales. Il existe même des procès en bonne et due forme avec des condamnations et des peines parfois renvoyées aux calendes grecques par tout un système de reports, de diversions, de jeux permis par les lois contradictoires dont se repaissent les avocats avec parfois, la complicité d’une justice de classe compréhensive d’où, soudain, émergent des juges dignes et qui osent appliquer l’égalité sacrée de tous devant la loi… Soupape de sécurité. Consolation passagère.
     Après tout, quelle bonheur avons-nous de vivre dans des états de droit ! 
    Ou de droite ? 
    Même quand les peuples se sont donné des gouvernements dits de gauche, le système a réussi l’exploit de demeurer tel qu’en lui-même, de se renforcer, ne lâchant qu’à la marge, des libertés nouvelles, des garanties, des droits du travail qu’il remettra en question au cours d’un revers d’élection.
    La Bourse supporte plutôt bien la sociale-démocratie. Merci ! Réformer ? Pourquoi pas ? Révolutionner ? Ça ! Jamais !
    
    Des gens n’en peuvent plus de tous ces profiteurs, de tous ces corrompus, ces politiciens sans foi ni lois, ces mariages secrets entre finance et politique, ces bandits à Rollex en cols blancs et mains sales, protégés par les pouvoirs publics.  
    Alors, ils descendent parfois dans les rues des villes crier leur malheur, leur misère, leur espoir, leur exigence de plus de respect, d’équité, de sécurité, de santé et les polices leur tirent dessus, à balles de caoutchouc ou réelles, les gazent, les enferment, après les avoir battus, voire les font disparaître. Cela dépend du pays, de son histoire, de ses coutumes. La presse libre ou qui se croit telle compatit et puis, on passe à autre chose. Rien ne vaut une affaire de mœurs, une histoire de cul bien croustillante. Ça titille des pulsions enfouies dans le profond de chacun, ça fait vendre du papier et ça sert de « fait-diversion » comme nous l’ont enseigné Pierre Bourdieu et ses disciples.
    
    Que rien ne change surtout ! Les possédants se protègent avec des chiens de gardes de différentes espèces : journalistes appointés,                   « intellectuels » soumis invités sur les plateaux de télévision, forces coercitives diverses, partis politiques populistes d’extrême droite, ou d’extrême centre.

    Tout va bien ! Tout est bien ! Et nous avons mis au point le meilleur système politico-économique qui soit pour l’humanité méritante. 
    C’est à dire la minorité des winners. 
    Les autres ? Qu’ils crèvent ! Car telle est la loi du darwinisme social qui consiste à laisser les plus faibles crever à petit feu, ce qui constitue une négation de ce qui a fait la caractéristique de l’espèce humaine sur les autres espèces animales : respect et protection des faibles.  Du moins d’une partie de l’humanité. Celle qui pratique un humanisme solidaire, fraternel, communautaire. Que l’on retrouve aussi chez certaines espèces animales : dauphins, cétacés, éléphants…

    La conquête de l’espace nous a pourtant permis de prendre conscience que nous étions TOUS, les passagers éphémères d’un petit satellite d’un petit soleil perdu dans une des millions de galaxies, or, en dépit des avertissements de philosophes, d’économistes, de biologistes, d’humains conscients d’être ce qu’ils sont, ce n’est que depuis plus d’une vingtaine d’années et avec une belle hypocrisie que les gouvernements et les responsables économiques commencent à envisager les problèmes d’environnement. Commencent ! Non sans réticences. Les climato-sceptiques sont à la manœuvre pour prouver que les excès du capitalisme, du toujours plus, ne sont que peccadilles à côté des humeurs solaires, des explosions volcaniques et les ratons laveurs. 
    Le satellite serait menacé par les activités humaines ?  Allons donc ! Et les glaciers qui disparaissent ? Les océans qui montent ? Bagatelles ! Tout va bien. D’ailleurs une bonne guerre nucléaire généralisée plongerait le satellite dans un hiver nucléaire, supprimerait la population trop nombreuse et ceux qui auraient eu les moyens de se réfugier pourraient continuer à bien vivre enfin débarrassés de  quelques milliards d’homoncules que des robots pourraient avantageusement remplacer. S-F de gare ?

Gare ! L’utopie d’hier s’est parfois révélée la réalité d’aujourd’hui. Pourquoi les gens qui lisent achètent George Orwell ? Peut-être parce qu’ils prennent conscience que le monde de « 1984 » ressemble de plus en plus à notre monde. 

    D’aucuns osent parler d’anthropocène, une nouvelle ère de l’Histoire de la Terre, ce qui leur permet de culpabiliser tout le monde, les derniers cueilleurs-chasseurs comme les conducteurs de SUV ou les boulimiques du déplacement intercontinental, alors qu’en réalité, il s’agit de  « capitalocène » comme nous le prouve l’actuelle pandémie de Sars-Cov-2 et ses variantes qui n’est donc pas près de finir quoi qu’en disent les St Jean Bouche d’Or de gouvernants, fondés de pouvoir du Kapital, qui n’ont qu’une peur : que l’on ne puisse pas revenir  à comme c’était avant.

    Jadis, nous étions persuadés, et cela se confirmait concrètement, que « demain serait meilleur qu’aujourd’hui ». Depuis les années 80 du siècle dernier, il n’y a plus que les fous pour en être persuadés. 
    
    La foi dans la puissance de la technologie ne nous sauvera pas de nos excès. 
    Cela ne signifie nullement qu’il faille rejeter ce que peuvent apporter des technologies nouvelles, loin de là, cela signifie que la technologie se doit d’être au service de l’humanité et non devenir son maître comme l’envisagent ceux qui ont les moyens financiers de la mettre à leur service. 
   

    On assiste depuis quelque temps à des recherches, des découvertes qui seraient des solutions à la pollution des villes, au remplacement du nucléaire, à une forme de nourriture nouvelle moins consommatrice d’eau et d’espace. Certaines ont, en effet, des qualités encourageantes. Mais d’autres constituent bien de superbes fausses bonnes solutions à nos problèmes. Je vois arriver le scandale des voitures électriques qui polluent plus à la fabrication, à l’entretien et au recyclage que les autres véhicules hybrides ou thermiques.

   Qui peut croire que la fabrication d’électricité n’a aucun impact sur l’environnement ? Qui sait traiter les déchets radioactifs ultimes ? Combien coûte réellement en CO2 la construction , l’entretien et la reconversion de ces centrales ? 
    Les guerres menées en Afrique sont en partie justifiées par nos besoins en uranium. Et en lithium. et en zinc… Or, ces minerais sont en voie d’épuisement puisque non renouvelables. Ce sont donc les soutes de notre satellite que l’on épuise à grande vitesse. Freiner ? Mais ce serait un scandale, un sacrilège, puisque ce serait s’attaquer à la sainte croissance infinie moteur de l’accumulation de capital, raison d’être de notre si         « merveilleux système ». 

    Début des années 90, j’ai assisté à des réunions intercommunales dans l’agglomération de Rouen où, au cours d’une d’entre elles, des représentants sont venus nous allécher avec leur recyclage des ordures ménagères qui ne cessent de s’accroître. Bravo ! 
    Mes collègues étaient médusés à défaut d’être convaincus jusqu’au moment où j’ai osé faire remarquer : « Si je comprends bien, le principe de votre entreprise, c’est « Polluez toujours plus, nous dépolluerons toujours plus » » Silence dans la salle. L’ange anti-capitaliste est sorti en froufroutant. Les regards se sont détournés de moi, gênés, comme si j’avais lâché un pet en pleine élévation durant la grand messe.
    
    Je crois que c’est cette hypocrisie généralisée qui me, qui nous fait douter de la cohérence de pensée des dirigeants élus ou plus moins cooptés. 
    
    Comment peut-on avoir confiance dans des gens qui ne veulent pas aller au fond des choses, remettre en question ce qu’on leur a inculqué, qui savent bien qu’ils mentent, qu’ils nous conduisent vers le précipice, mais ne peuvent s’en empêcher parce qu’ils sont tenus serrés par ceux-là mêmes qui les ont aidés à être à la place qu’un système dit démocratique leur a assignée ? 
    
    La pandémie est un formidable révélateur de la réalité de ce monde absurde qui nous broie de son « talon de fer ».

    Très rapidement, le séquençage du virus a été réalisé et partagé par les chinois, puis repris et complété par des laboratoires de différents pays qui ont mis en commun leurs résultats. 
    On peut constater que les laboratoires travaillant et réussissant rapidement à mettre au point des vaccins, ont jalousement conservé leurs données. « La santé des actionnaires passe TOUJOURS avant la santé publique » dans ce système merveilleux.
    
    On aurait pu croire que cette pandémie qui concerne l’ensemble des passagers du satellite aurait donné naissance à une solidarité, une fraternité, une prise de conscience des états, s’unissant tous ensemble pour lutter contre ce fléau. L’UE a voulu jouer collectif. C’était sans compter sur l’égoïsme de certains de ses membres, sur le « chacun pour soi » bien inscrit dans les têtes, et nulle politique universelle de lutte n’a été mise en place. Certains candidats aux régionales françaises ont même essayé de doubler l’incurie gouvernementale à laquelle ils avaient bien contribué dans les décennies précédentes.
    Les pays riches se sont accaparé les vaccins qu’ils ont vraiment très vite mis au point. Miracle ! Alors que le vaccin contre le VIH piétine. Les pays pauvres les regardent, et attendent, constituant ainsi des foyers d’infection de réserve qui entretiendra l’épidémie pendant des années, et enrichira donc les labos. Ne parle-t-on pas déjà d’une troisième injection indispensable puis d’injections annuelles comme pour la grippe ?

    Pas besoin d’être expert en virologie pour savoir que nous allons devoir vivre avec ce Sars-Cov-2 et ses multiples variants actuels et futurs. auxquels s’ajouteront des virus et autres bacilles qui vont s’échapper du permafrost fondu. 
    
    Les gestes barrière, les masques, les suspicions des uns envers les autres, les mesures d’exception devenues usuelles, vont faire partie de notre quotidien. 
    Oui ! Nous vivons une époque formidable, passionnante, un tournant de la si longue Histoire de l’humanité, et si courte dans sa durée historique. 

    Je tiens quand même à rappeler, une fois de plus, que les milliers de morts faute de lits, de postes en réanimation, ont été les victimes de la politique austéritaire des gouvernements précédents depuis plus de vingt ans, et poursuivies avec acharnement.

    Cela ressemble à ce que l’on appelle « crime contre l’humanité » lorsque cela se passe dans des pays pauvres. 
    Nos responsables politiques savaient qu’en cas d’épidémie ils ne pouvaient pas faire face. Médecins, personnel hospitalier ont fait grève, sont descendus dans la rue pour alerter l’opinion publique et ont été reçu par les forces de l’ordre bourgeois qui les ont copieusement gazés et matraqués. 
    Bah ! Il y a tellement de coupables à poursuivre puisque c’est le merveilleux système capitaliste qui est à l’origine de ces morts que le poison sera dilué. Les abominables attentats du Bataclan ou de Charlie Hebdo sont autrement plus « banckable » pour la presse que la politique austéritaire dominante de la droite comme de la gauche. Quelques dizaines de morts pour les uns, dans des conditions atroces, 100 000 pour la France et 3 millions pour le monde, pour le moment, aussi dans des conditions atroces. Pour les familles bien sûr, mais aussi pour les personnels de santé et des Ehpad. Avec la rage de savoir qu'ils avaient raison d'alerter les pouvoirs publics et que ceux-ci ont failli, se contentant de belles déclarations, d'encouragements, de com'.

     Et pourtant, ces terroristes ne sont que des petits joueurs à côté de ceux qui ont permis cette abomination que l’on va estomper en Gross Malheur collectif. Le virus est chinois. Le manque de masques ? C’est très dangereux les masques quand on ne sait pas les porter. Etc. N’oublions jamais comment on nous a bourré le crâne avec des inepties, des coups de menton, des déclarations martiales, « nous sommes en guerre » et pour faire passer la pilule amère, des applaudissements le soir, chaleureux et mérités mais sans postes nouveaux, sans trop d’augmentation de salaires, et toujours avec fermeture de lits. Non mais !

    Qui peut vraiment croire que tout recommencera comme avant ? 
    
    Quelle politique de santé publique est prévue à moyen et long terme ? 
    Pour le moment, en dépit des discours, des lits sont fermés, des postes supprimés. Du moins, en France.
     
    Encore combien de temps allons-nous nous laisser nous infantiliser en obéissant aux mesures vexatoires de signatures de déplacements dérogatoires avec, à la clé, pan-pan-cul-cul si jamais l’on est pris au-delà de son périmètre autorisé par l’épidémiologiste en chef, à savoir M. Macron, ci-devant bébé-ENA rectifié Rothschild et Président de la République, Ve du nom ? 

    L’on nous plonge dans la peur d’attraper ce virus à longueur de journaux télévisés. Tremblez braves gens et…obéissez ! 
    Au nom du Covid, aucun rassemblement ne sera permis. Domptés les cocos ! Voir !
    J’en connais qui occupent les théâtres, d’autres qui descendent dans les rues, et la plupart qui prennent conscience qu’on les prend pour des moins que rien. 
    Métro, boulot, dodo ! 
    
    Tout lieu de distraction, d’épanouissement de l’esprit, de détente, de joie, de défoulement, d’intelligence, de culture est clos jusqu’à nouvel ordre. On est prié de demeurer rivés à nos écrans avec droit de sortie en plein air sous surveillance et dans un périmètre obligatoire.

    Et pendant ce temps-là, « la théorie du choc » permet d’écorner un peu plus les libertés, de dégraisser les effectifs d’entreprises bien portantes, de renforcer les pouvoirs de la police et, en ce qui nous concerne de réduire à néant les principes fondamentaux définis et mis en place au lendemain de la dernière guerre par le Conseil National de la Résistance. Cette horrible réunion de gens de droite et de gauche, avec des communistes, qui s’était entendue pour une reconstruction de la société plus juste, plus respectueuse des salariés et qui obligeait le patronat à en rabattre compte tenu de son comportement de traître et de lâche vis à vis de l’occupant nazi. La reconquête des privilèges du patronat a été longue et lente, ponctuée par des manifestations de masse et de grèves. Mais, crise après crise, il a réussi à recouvrer cette belle liberté d’exploiter le populo selon son bon vouloir et en toute liberté. 
   

     Avec des inventions très efficaces comme le paiement partiel des salariés en participations à l’entreprise. Pour que ses quelques actions rapportent, le salarié va encourager une réduction de son salaire voire des emplois ou/et une augmentation des heures de travail. Génial, non ? D’ailleurs dans ce monde-là, vivre c’est travailler. Et depuis le Covid, travailler sans se distraire. Ateliers, usines, métro, ne sont pas contagieux. Cafés, restaurants, musées, concerts, théâtres et cinéma sont hautement néfastes, même si des précautions peuvent être prises. 
    
    Ou bien, autre invention récente, l’auto-entreprenariat : l’individu devient son propre exploiteur, sous-traite avec qui veut bien contracter avec lui. Et qui paie les cotisations patronales ? L’auto-entrepreneur lui-même qui a intérêt à se constituer sa retraite s’il ne veut pas s’exploiter jusqu’à ce que mort s’en suive. 
    Pas de licenciement, pas de charges, juste un contrat à prendre ou à laisser, ça se bouscule au portillon. Monde merveilleux ! 
    
    On aura même vu un laboratoire, Sanofi, en pleine pandémie, supprimer des postes de chercheurs et de développeurs ! Qu’a fait l’État ? 
    Un État libéral ne s’insinue jamais dans les affaires intérieures des entreprises, voyons ! Sauf, si elles appellent au secours comme des banques en faillite, par exemple, selon le principe sacré : privatisation des bénéfices, socialisation des pertes.  

    Est-ce que les gens veulent qu’une telle gabegie comme l’a été la gestion de cette pandémie depuis décembre 2019 continue ou non ? 
    
    Sont-ils prêts à changer les choses en introduisant un peu plus de responsabilité collective, de partage des pouvoirs, de fraternité, de liberté et d’égalité ? 
    
    Croient-ils que des élections suffiront à renverser la table de ces lois d’airain imposées par la minorité la plus riche du système capitaliste ? 
    
    Trouvent-ils normal de continuer à se sacrifier pour que cette minorité en profite outrageusement ? 
    
    On peut être intouchable de deux manières : soit parce qu’on fait partie de la caste de ceux qui mettent les mains dans le cambouis et les tripes ; soit parce que l’on se place dans les hautes sphères de la société avec, à sa botte, les infrastructures des États, administrations, justice, police, armée. 

    Or, qui permet cela si ce ne sont les citoyens eux-mêmes ? Cette « servitude volontaire » si bien dénoncée jadis par La Boétie et toujours d’actualité. 

    Nous sommes le nombre. nous sommes la force. Nous sommes la vie. Nous avons le devoir de nous libérer et de prendre nous-mêmes nos responsabilités dans la construction d’une société dont nous serions les principaux bénéficiaires. 
    
    Encore faut-il en avoir le courage. C’est tellement plus reposant d’obéir et de renauder…

    Soyons certains que, dans les mois à venir, tout sera mis en œuvre pour que les gauches demeurent désunies et peut-être avec la complicité de certaines de leurs composantes. 
   

     Quant aux droites, bof ! aucun problème ! Extrême centre ou extrême droite, du moment que le système capitaliste demeure tel qu’il est pour le plus grand profit de la minorité dominante, rien à siffler !
    
    Et pourtant, nous ne pouvons que croire que le moment est venu de profiter de cet état du monde pour le changer. Nous y sommes condamnés. 
    
    Car il y va de l’avenir de l’espèce humaine engluée dans un « capitalocène » qui est en train de saboter le satellite lui-même. Et n’en déplaise à certains milliardaires fous, il n’y a pas de planète de rechange, tout comme nous n‘avons qu’une vie. Une seule ! Donc ne la gâchons pas !

    C’est pour cela que nous vivons une formidable époque ! 
    Non ?

    Le capitalisme ne mérite même plus d'être amélioré, révisé, verdisé, réformé. D'abord parce qu'il en est incapable et ensuite parce qu'il ne le mérite pas.

     Qu'il crève !
      
    18/04/2021

    

    

    

    
    

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