Monsieur le Président, prenons les «gilets jaunes» au sérieux.

Un mort. Plus de 400 blessés. Samedi 17 novembre, plus de 280 000 canaris remontés comme des coucous avec des revendications hétéroclites. Souvent justifiées, mais pas toutes. Et des altercations, des haines, des amitiés qui naissent, des cris, des «Tous ensemble, tous ensemble» avant une Marseillaise. Et ça risque de continuer...

Émotions populaires. Enthousiasme populaire. Pour un peu le «peuple» serait dans la rue.

Enfin, une toute petite partie du peuple. Ne nous cachons pas la vérité. Mais avec une approbation de 74% des sondés. Soit ! Les sondages... Bof ! Lundi matin matin, on verra si les salariés partant au boulot se joindront aux manifestants ou forceront les barrages. Mais ne jouons pas avec la colère et les peurs.

Et qu’on ne me dise pas, «Moi je ne vote pas. Je ne fais pas de politique. Je ne veux pas être récupéré(e). C’est pour mes enfants. C’est parce que je n’en peux plus des fins de mois qui commencent de plus en plus tôt».
Chers amis en jaune, en rouge et en noir, il n’y a pas plus politique que cette révolte «spontanée». Hum, hum ! Et en voie de récupération.
«Macron démission !»C’est politique.
«Ré-élections !» C’est politique.

Il y a de la manipulation dans l’air et il faudrait que les gens qui se les gèlent aux carrefours, le sachent, d’autant que, parmi eux, il y en a qui attisent et poussent à la continuité d’un mouvement que le gouvernement devrait prendre très au sérieux.

Monsieur le Président, on ne dirige pas un pays comme une «start-up».

Peut-être que vous avez rêvé de jouer les jeunes dirigeants modernes. Peut-être. Avec un entourage où pas une tête ne doit dépasser sauf, celle de votre Premier Ministre. Car il ne peut pas faire autrement.
Les statistiques, les sondages d’opinion, les courbes, les prévisions chiffrées, les martingales économiques avec résultats escomptés à telle date, c’est merveilleux lorsque tout cela se discute, entre «spécialistes» assis bien au chaud dans les palais de la République. Projections in the future, modélisations. Oui ! C’est indispensable. Tellement indispensable puisque «gouverner, c’est prévoir».
J’ai connu une époque (Oh ! la vieille barbe) où il existait même un secrétariat au Plan, qui voyait à long terme. C’est à dire au-delà de la prochaine élection.
Donc, en «bon gouvernant», cette montée du mécontentement généralisé des couches moyennes et des travailleurs pauvres, ne doit pas vous étonner.
Ou alors, en effet, vous n’êtes pas à la hauteur de la tâche. Cela relève de la faute professionnelle et le licenciement devient de rigueur.

Ou bien, on révise la politique que l’on voulait nous imposer et qui repose, quoi que vous fassiez sur des injustices et des inégalités qui ne font que croître, sans embellir, les revenus de ceux qui ne savent pas combien ils ont sur leurs différents comptes, en France et ailleurs, dans les paradis fiscaux.

Vous le savez, la misère a toujours fait la fortune des nantis.
Est-ce une raison pour que ça dure ? Pour ce qui me concerne, une politique moderne, une politique en rupture avec le «vieux monde», ce serait justement, une révolution de cette manière de voir.

Divorcer d’avec TINA la blonde, cette vieille idée idiote héritée de Margaret Thatcher, comme si les humains avaient perdu toute imagination et auraient atteint l'acmé de leur manière de vivre.
Ne plus croire en une croissance infinie dans un monde fini.
S’émanciper des contraintes absurdes de ces traités européens et mondiaux qui conduisent à des politiques d’austérité qui ne profitent qu’au 1% les plus riches.
Au lieu de vous dépenser à mettre en place une armée européenne qui signifie la fin des nations qui la composent avec une politique internationale unique, définie par qui ?, vous feriez mieux de mettre toute votre énergie à inciter les gouvernants, vos semblables à œuvrer pour la mise en place d’une politique VRAIMENT écologique.

Bien sûr, les profiteurs du système dominant vont renâcler. L’Empereur orange de Washington va tweeter méchamment. De toute façon, ou vous êtes son loulou de Poméranie, ou vous êtes un ennemi des USA. Nos «amis» US surtout avec l’actuelle administration ne connaissent que ce simplisme dominateur. Vous le savez, d’ailleurs très bien.
Enfin, mettre en place une politique vraiment écologique, cela exige du courage et de l’équité. L’augmentation du prix du carburant est inéluctable. Mais sa taxation est une injustice devenue insupportable, tout comme la TVA sur les produits de première nécessité. Que l’on soit au SMIC, au RSA ou l’un des grands du CAC40, l’on paie le même impôt sur la nourriture. C’est scandaleux ! Que l’on roule en Lexus dernier cri, ou en vieille bagnole diesel, même tarif à la pompe.

La suppression des services publics, la concentration des écoles, l’urbanisation de la société, condamnent à la désertification des campagnes et des petites villes en obligeant les jeunes que les loyers obligent à s’éloigner des villes, à posséder un ou deux véhicules sous peine de ne pouvoir travailler. Incohérence totale qui martyrise des millions de gens à
s’épuiser à survivre.

Vous savez que la gratuité des transports en commun reviendrait moins cher à la collectivité nationale que les embouteillages, la pollution, les arrêts de travail et les burn-out qui sont, la somme des rythmes de travail, de l’insécurité de l’emploi, de sa précarité, de la faiblesse des salaires, des craintes du chômage, et des allers et retours hebdomadaires.

La mise en place d’énergies nouvelles, renouvelables, non polluantes ou seulement moins polluantes, génèrerait des milliers d’emplois.
Une agriculture raisonnée avec redistribution des terres, mise en place de méthodes d’élevage et de cultures biologiquement respectueuses de l’environnement redynamiserait les campagnes, améliorerait la santé de tous et l’environnement.

La suppression des centrales nucléaires se doit d’être programmée dans la mesure où, jusqu’à preuve du contraire, nous ne savons toujours pas que faire des déchets contaminés que nous allons léguer aux dizaines de générations futures.
C’est remarquable et bien beau de dénoncer les génocides qui, hélas, ont ensanglanté notre Histoire et se perpétuent encore sur la planète. Mais, il faut être d’une extrême mauvaise foi pour ne pas prendre conscience de ce scandale des déchets nucléaires que nous léguons à nos descendants et qui constitue un génocide inéluctable !

De la même manière, même si quelques progrès ont été réalisés, le recyclage de nos déchets est un secteur qui devrait nous préoccuper au plus haut point. Arrêt des exportations d’ordures vers des pays pauvres qu’elles contaminent et qui se retrouvent dans les océans.

Quelles lois prévoir pour restreindre les voyages aériens ? Pour obliger le bateaux à moins polluer ?
Oui ! On ne peut plus vivre aujourd’hui, comme on a vécu hier. Vous savez bien que nous sommes au tout début de l’anthropocène et qu’il est de notre devoir de citoyens du monde de tout mettre en œuvre pour que l’humanité ne disparaisse pas trop rapidement.

Je ne suis pas sûr que tous les «gilets jaunes» soient conscients de tout cela, mais, sans en envisager toutes les conséquences, ils vous demandent de changer radicalement votre politique tellement injuste, si peu équitable, si soumise à des théories économiques dépassées, que même des milliardaires un peu plus éclairés que les autres, même des prix Nobel d’économie, dénoncent en parlant dans le désert.

Vous pouvez jouer la carte du "pourrissement" du mouvement, la période s'y prête. Méfiez-vous quand même de l'accumulation des rancœurs. Il y a des "printemps" qui commencent en novembre.

Savoir se remettre en question, ce n’est pas s’humilier, c’est grandir.

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