Lettre ouverte à M. Erik Orsenna

 

 

Monsieur,

j'ai lu, toujours avec beaucoup de bonheur, quelques uns de vos livres et je vous en remercie. Je vous ai entendu, plusieurs fois, à la Télévision et à la radio. Bien souvent, j'ai admiré votre intelligence, votre clarté d'expression, la tenue et la justesse de vos propos, votre humour, la finesse de votre esprit.

 

Or, ce matin, sur France Inter, face à Augustin Trapenard, le fin lettré, l'homme d'esprit, l'académicien est redevenu le Conseiller d'Etat, et s'est désolidarisé d'un des plus brillants auteurs italiens contemporains, Erri De Luca dont on saura, en fin de matinée de ce lundi 19 octobre 2015, s'il est condamné ou non à de la prison pour avoir appelé à "saboter" l'abominable chantier qui menace le Val de Suse et surtout la santé de sa population.

 

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1172339

 

Pour avoir été maire-adjoint à l'urbanisme d'une commune de l'agglomération rouennaise, je sais, tout comme vous que, si vous ne faites rien, on vous le reproche, et si vous agissez, on vous tombe dessus. L'urbanisation, la mise en chantier d'infrastructures engendrent toujours, en démocratie, des controverses pas toujours justifiées parce que nos concitoyens ont bien du mal à accepter les bouleversements de leur trantran quotidien, de leur environnement de toujours.

D'où cette efficacité chinoise, qu'il nous arrive de regretter en tant qu' hommes d'action, où une décision prise est presque immédiatement mise en chantier en dépit des protestations des citoyens.

Quel bonheur que cette "démocratie chinoise" pour les affairistes, les bâtisseurs, les bétonneurs, les investisseurs et les hommes politiques !

 

Or, il m'a semblé que vous ne connaissez guère les motivations de cette lutte des habitants de la vallée qui ne sont pas une "centaine" d'empêcheurs de bétonner en rond, mais représentent la quasi totalité des villes et villages dont cinq maires.

Gagner un quart d'heure entre Lyon et Turin, la belle affaire ! Sauf qu'au lieu d'agrandir ou d'aménager le tunnel existant, on veut en creuser un autre qui traverse un gisement d'amiante et un filon d'uranium.

Rendant hommage à Pasteur, je vous vois mal encourager la pollution de l'air de cette vallée encaissée avec les conséquences que l'on sait sur la santé des habitants.

La compagnie italo-française mise en place, possède son siège à Chambéry, or ses plaintes déposées près la questure de Torino, occupe à plein temps quelques magistrats. Parmi les entreprises "choisies", ou désignées, d'aucunes appartiennent à la mafia.

Lu, hier 18 octobre, qu'une entreprise d'enrobage appartenant à la 'ndrangheta venait de faire faillite.

 

Les dépassements de devis deviennent pharaoniques. La compagnie loge et entretient quelques centaines de policiers et de militaires pour protéger 250 ouvriers et ingénieurs qui seront les premiers à payer de leur santé les travaux engagés. Le Val de Suse est devenue une zone de guerre.

 

Je vois mal, l'écrivain, l'académicien, le marin, se faire le complice et couvrir de telles ignominies qui constituent un déni de justice, représente une collusion éhontée entre le pouvoir politique et le pouvoir économique officiel et officieux.

Quant à l'ancien et perpétuel "conseiller d'Etat"... la machine à fabriquer l'élite de notre administration serait-elle aussi nocive ? Je ne peux le croire.

Il n'est point trop tard, Monsieur, pour honorer de votre signature, votre soutien à l'un de vos confrères qui a renoué avec cet "engagement" si typiquement latin des intellectuels contre les injustices des "grands".

 

Les sites iostatoconerri ou NO TAV sont à votre disposition.

 

Recevez, Monsieur, l'expression de mes respectueuses salutations.

 

Gérard Planterose alias Max Angel

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