LE FAIT RELIGIEUX, parlons-en !

 

Les hommes se distinguent des autres animaux par leur conscience d'être mortels.

Cette angoisse de leur finitude, ils l'ont surmontée en inventant des esprits, des âmes, une vie au-delà de la vie, et des êtres supérieurs fondateurs de la Nature dont ils sont issus.

A leur question de savoir d'où ils viennent, l'invention des dieux fut et est encore une réponse facile.

Idem pour savoir où ils vont, on leur promet des mondes au-delà de ce monde, des paradis et des enfers, des arbres, des grottes sacrées, des nuits, des cieux...

 

Tout l'arsenal de l'imaginaire s'est mis en branle pour tenter de répondre aux questions existencielles que nous nous posons, et de mettre en place des règles, des valeurs, des tabous qui permettent aux sociétés qui les partagent de vivre presque en harmonie avec elles-mêmes et avec leur environnement, mais en guerre avec celles qui ne les partagent pas. Animisme, chamanisme, et mythologies se sont succédés jusqu'à aujourd'hui. Nous en sommes les héritiers.

 

Nos civilisation "occidentales" sont l'aboutissement des migrations de populations indo-européennes. Comme l'a démontré en son temps Dumézil, père de l'histoire des religions comparées, les mythologies scandinaves et méditerranéennes sont des avatars des mythologies hindoues.

 

Parallèlement à ces mouvements lents, il faut rappeler la filiation entre les religions égyptienne, israélite, hittite, sumérienne, les unes et les autres s'influençant dans l'histoire des textes dits sacrés qui aboutiront au quatre religions monothéistes : juive, zoroastrienne, chrétienne et musulmane.

 

 

Le Coran se situe dans la prolongation de la Bible, de la Tora, voire des Evangiles, tout le monde sait cela.

Pas de représentation de Dieu, puisque dieu serait pur esprit, mais aucun empêchement à reproduire des images des prophètes.

 

La crainte des "docteurs" en théologie islamique, c'était que le commun des croyants confonde les représentations humaines avec des icônes et en fasse des idoles.

C'est ce que l'on constate quelque peu dans les liturgies catholiques et orthodoxes, avec ces embrassements de croix, ces baisements d'icônes, ces dévotions aux reliques et autres agenouillements devant les représentations de Jésus, Marie et de la ribambelle des saints qui se sont substitués aux dieux anciens, celtes, romains et grecs.

 

Dans le christianisme, les protestants ont réformé le catholicisme en éliminant toute cette représentation parfois somptueuse du triple dieu en un et de la mythologie qui l'entoure.

 

Les manifestations violentes des musulmans de certains pays contre les dessins de Charlie Hebdo sont inquiétantes :

 

- ils ne savent pas lire un dessin, encore moins une caricature, culture différente dans un monde mondialisé ;

 

- ils se sentent atteints dans leur honneur, dans leur foi comme si, l'image qu'il récuse était une idôle sacrée. Ce qui prouve leur peu de foi et surtout leur peu de connaissance de ce que sont les images ;

 

- preuve qu'au-delà de leur frustration, il y a des manipulations de foules, de peuples, avec des visées politiques internes et extérieures ;

 

- preuve que nous vivons sur une même planète mais dans des temps différents.

 

D'autant que ce sont ces mêmes manifestants qui regardent la télévision, vont au cinéma, et se tapent des pornos en cachette via Internet qu'ils savent si bien utiliser, du moins les plus radicaux d'entre eux, pour faire connaître et imposer leur vision de l'islam.

 

Personnellement, je me sens agressé par les tenues vestimentaires de ceux et de celles qui m'imposent leur appartenance à une religion quelle qu'elle soit ! Je ne vais pas pour autant, les insulter, leur cracher dessus et brûler des effigies de leurs dieux, ni brûler les drapeaux.

 

A partir du moment où les monothéismes reposent sur des écrits, l'on peut considérer qu'ils relèvent de la Littérature et, ils sont bien la preuve que toute religion est une création des hommes.

 

J'ai toujours été à la fois, admiratif et révulsé par la prétention de ces auteurs à s'affirmer comme inspirés par les prophètes et le dieu qu'ils ont inventés. En effet, comme le nounours de notre enfance, il est facile de faire parler ce dieu en fonction de ses envies, de ses délires, de ses folies.

L'exégèse intervient, et là, c'est l'ouverture à encore plus de littérature et à cette science "merveilleuse", la théologie.

 

Or, pour un athée, la théologie est à la philosophie, ce que l'astrologie est à à l'astronomie.

 

Mais il ne fait pas bon affirmer une telle vérité ! Car, il n'y a, pour ces religions prétendument révélées que la parole de dieu qui s'impose à tous et dont certains représentants et croyants sont les médiums indiscutables.

Qui oserait remettre en question la parole de dieu ?

 

Paradoxalement, ce sont les religieux et les croyants eux-mêmes qui, en toute humilité, retoquent la création divine.

Ainsi, les corps auraient des parties honteuses,(dieu a saboté son travail ?), les homosexuels seraient des malades, ce qui consiste donc à nier que les maladies relèvent de la création, la soumission des femmes aux hommes serait, elle, naturelle et bien sûr, une volonté divine, j'en passe et des bien bonnes.

 

On sait pourtant que les premières manifestations religieuses illustrent la Vie au travers de déesses-mères, parfois callipyges, parfois multimammaires. Mais, les hommes ont tôt fait d'imposer leur instinct de mort de chasseurs-cuilleurs et, avec l'élevage à placer leurs compagnes au même rang que leur bétail. D'où le patriarcat rencontré un peu partout sur la planète.

Au regard de ces découvertes archéologiques, nous avons la confirmation que les dieux ont été créés à l'image des hommes.

D'ailleurs, dans les monothéismes, dieu n'est jamais que l'opposé de l'homme, son "négatif": à la chair s'oppose l'esprit, à son ignorance s'oppose sa connaissance infinie, à la présence de l'homme en un seul lieu s'oppose la présence de dieu partout, à la mort s'oppose l'éternité soit ni commencement ni fin etc.

 

Enfin, les religions ont servi à mettre en place des tabous. "Tu ne tueras !"

 

Ce qui se traduit par la nécessité d'avoir des aumôniers militaires des différentes confessions chargés de "lever le tabou" afin de conquérir et d'encourager les guerriers à aller se faire trouer la peau. Encouragement indispensable avec promesse de paradis, de vie au-delà de la mort, et même avec récompenses libidineuses pour le "martyr musulman", ben voyons ! Mais, ce n'est que très rarement que le conseilleur, le prophète, le prêtre, le pasteur, le rabbin montre l'exemple et part à l'assaut ou se fait exploser. Pas fous les gus !

 

"Prions mes frères et en avant ! Sus ! Tuez-les tous, dieu reconnaîtra les siens !"

 

Autre caractéristique des religions, à partir des mêmes textes, de la même foi, comme on trouve tout et son contraire dans les Livres, certains croyants sont admirables de fraternité, de générosité, d'humanisme et d'autres deviennent des ennemis de l'humanité, des assassins, des tortionnaires, des voyous et bandits de grands chemins.

 

L'hypocrisie prédomine. On vient de le constater avec cette déclaration sympathique de Francesco : "Les chrétiens n'ont pas vocation à se reproduire comme des lapins". Benissime ! Mais, apparemment, pas question de recommander le condom ou les moyens contraceptifs modernes. Pas quand même ! MAIS, nul doute qu'ils seront systématiquement pardonnés lors de la confession auriculaire.

 

"Oui ! Mais s'il n'y a plus de religions, s'il n'y a pas de dieu, s'il n'y a pas de justice divine, alors tout est permis !" Vieille antienne ressassée et qui ne tient pas la route.

 

N'y a-t-il pas un des héros de la Peste d'A. Camus qui se demande si le plus important aujourd'hui c'est de savoir "si l'on peut devenir un saint sans croire en dieu" ?

 

Avouons que même les athées possèdent eux aussi un sens du sacré. Par exemple, la liberté d'expression, la raison, les arts et les lettres, le respect pour des institutions respectables, le sens de l'Etat, du collectif, la nécessité de se donner de bonnes lois pour pouvoir vivre ensemble et non les uns contre les autres, voire les humains et leurs petits.

 

Croire dans l'Humanité c'est lui donner des valeurs morales pour qu'elle puisse vivre en harmonie avec elle-même, pour que les uns et les autres se respectent, pour que les libertés soient équilibrées par des devoirs, pour tout mettre en œuvre afin que chacun puisse s'épanouir sans gêner son voisin, pour ne pas faire aux autres ce que l'on ne voudrait pas qu'on nous fît, pour rechercher la joie, le bonheur et ne plus craindre la vie car on n'en a qu'une seule et que, de ce fait, elle est sacrée et, pour finir, avoir toujours à l'esprit "que la fin ne justifie pas tous les moyens".

 

De là, à faire de l'athéisme une nouvelle religion...

Halte à la folie ! Et c'est bien là le problème.

 

 

 

 

 

 

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