Journal d'un amoureux de la vie au temps du Corona Virus

8 e Jour de confinement lundi 23 mars

La nuit a été fraîche, mais il fait grand soleil et cela remonte le moral de tous, s’il n’y avait un sérieux vent de N-E qui vient vous glacer, comme un gifle ultime d’un hiver qui fut plutôt doux et humide.

Un premier médecin de l’hôpital de Compiègne, expédié à Lille a été descendu par Coco Rona. Premier soignant à donner sa vie pour en sauver d’autres. Tout le monde s’incline sur le travail et l’abnégation du personnel soignant. Cela fait quand même quelques années que celui-ci nous mettait en garde contre la diminution constante de leurs moyens et effectifs. N’étaient-ils pas en grève, pendant des mois, comme les pompiers, tout en continuant de travailler ? Parce qu’eux, n’ont pas l’hypocrisie de nos comptables et grands prêtres de la rentabilité.
Il faut lire les propos de la Pénicaud qui, après avoir traité de « lâches » les entreprises du BTP qui arrêtaient les chantiers pour protéger leurs salariés, a mis un chouïa d’eau dans son calice de poison capitaliste, mais continue d’encourager à poursuivre le travail, dans tous les secteurs, même ceux qui sont les moins essentiels à la vie de la société.
Ces gens-là ne voient que croissance infinie, rentabilité maximum, défense des actionnaires. A la limite, on peut se demander si une bonne mortalité des plus de 65 ans n’aurait pas une influence positive sur les économies à faire dans le paiement des retraites. J’exagère ? Sans doute. Mais… inconsciemment, ne serai-je pas proche de la vérité ?
D’ailleurs, on peut se demander si la prudence à utiliser les solutions du professeur Raoult ne relèvent pas un peu de ce calcul. Ils se disent « en guerre » contre le virus, mais leur guerre est surtout celle de combattre les dégâts causés par la crise économique mondiale que l’épidémie n’a fait qu’accélérer.
Trouvé dans le Monde Diplomatique cet article fort intéressant sur les rapports qui existent entre les salaires versés et leur valeur sociale. à lire tranquillement.
New-York et la Californie sont consignées. Trump tergiverse à prendre la décision de confiner les USA. Non sans raison. Encore faudrait-il, dépister systématiquement, les personnes à risque, les soignants systématiquement, tous les deux ou trois jours, et surtout de leur donner les moyens de travailler.
Quant aux citoyens, ils doivent apprendre à vivre avec des distances de sécurité, des masques, des gels hydro-alcooliques à portée de main, et les poignées de porte, les boutons d’ascenseur, les barres des transports en commun, les touches des DAB, devraient être désinfectées régulièrement. Il y a des petits métiers nouveaux à créer, bien plus utiles que ceux qui se triturent la cervelle à trouver des martingales pour échapper au fisc, rentabiliser les capitaux au maximum, et continuer à croître indéfiniment dans un monde fini. Mais un Gus, tout seul, ou même à deux, et plus, chacun éloigné des autres, à courir en pleine nature, je ne vois pas où est le problème de contamination. D’autant que l’on recommande, non sans raison, à certaines catégories de travailleurs de continuer à bosser. Vu aux info de ce soir, des gendarmes en train de « pruner" un marcheur solitaire le long d’un canal du nord. 135€ de gagner. Les goujons seraient-ils sensibles au Corona Virus ? ? ? Oui ! Mais c’est la règle.

Un exemple à suivre : M. Rana de l’entreprise italienne qui fabrique de la Pasta fraîche, sous toutes ses formes a décidé d’augmenter les salaires de 25% pour tous ses employés qui continuent de travailler durant cette période de confinement et d’attribuer une prime mensuelle de 400€ pour ceux qui ont des enfants à faire garder. Augmentation et prime liées à la période de confinement, pas au-delà, quand même.

Les personnels hospitaliers commencent à subir la contagion. Ils sont en première ligne, prennent des précautions mais n’ont pas toujours le matériel ad hoc, fatiguent, et oublient le protocole. 3 médecins sont morts, 345 personnels sont détectés atteints en Île de France et 238 rien qu’au CHU de Strasbourg. Pour la Légion d’Honneur et les funérailles nationales, on verra plus tard. Peut-être jamais. Pourtant, ils méritent bien l’hommage de la Nation et surtout, des excuses pour les politiques menées antérieurement, plus la création de nouveaux postes et des augmentations de salaire, non ?

J’ai presque honte d’avouer que cette après-midi, j’ai désherbé au soleil et dans la bise d’est. Le prunier du Japon est en fleurs. Les églantiers ont enfilé leur parure de fiancée. Et cette odeur de la terre retournée déjà fluide comme si l’eau pourtant tombée abondamment s’était déjà enfoncée dans les profondeurs du sol. Il est vrai que je suis dans la marne, le calcaire, et que la faible épaisseur de terre arable qui recouvre mon terrain, c’est moi qui l’ai étalée depuis des années. Le printemps arrive, pépère, indifférent à cet arrêt, cette stase presque totale de l’hyper-activité des humains. Nul doute que la pollution de l’air va vite diminuer. Merci saloperie virale !

Ensuite, j’ai regardé « Le cavalier électrique » de Sydney Pollack, avec Redford et Jane Fonda, une petite merveille de 1979 qui n’a guère pris de rides. Ah ! Ces images des grands espaces du Grand Ouest US, que nous avons parcourus il y a quelques années et où j’aurais tant aimé revenir pour les parcourir à mon rythme en camping-car. La solitude d’une terre hostile, et une impression d’immensité quasiment vierge, si ce n’étaient les éternelles zébrures des avions dans le ciel. Bien sûr, nous sommes demeurés groupés, dans un car, avec arrêts prévus par le programme. Confinement de luxe pour petits bourgeois en mal de découvertes. Pensée admirative pour les pionniers. Les premiers qui ont osé se lancer dans ces espaces tantôt écrasés de soleil, tantôt figés dans une immensité de neige et de glace avec une faune pas toujours sympathique, et des tribus indiennes rapidement devenues hostiles quand elles se sont aperçues qu’on venait leur voler leur vie.


L’Empereur de la Casa Blanca est en train de mettre en scène son rôle de commandant en « chef de guerre » contre le Corona Virus après l’avoir pris de haut. Goddam, même armés jusqu’aux dents, le petit salopard n’en a rien à cirer des rois de la gâchette. Pardon ! De la queue de détente, messieurs-dames. C’est vrai qu’avec les « guns », il y a toujours des histoires de queue qui traînent. Sorry ! #metoo va me tomber dessus.
Appris dans le Monde du dimanche, que les éditeurs français hésitent à publier les « Mémoires de Woody Allen », sous prétexte qu’il est accusé par deux des enfants qu’il a adoptés quand il était avec Mia Farrow d’en avoir abusé d’une.
J’aimerais entendre et lire sa version des faits. Et puis, merde ! Je commence à en avoir marre de cette violence puritaine qui consiste à exiger de chacun une morale intacte, un comportement de saint ascète, d’autant que nul n’est jamais à l’abri d’une esclandre dans ce genre de chasse aux sorciers et aux sorcières. Attention ! Je n’excuse pas et n’encourage nullement aux abus de quiconque sur autrui. Mais que l’on ne compte pas sur moi pour crier avec le troupeau des « bonnes consciences ». Moralité, ce sont les auteurs et autrices, ah non ! auteures qui font la loi dans l’édition quand ils ou elles sont des bon(ne)s gagnants gagneuses pour ces mêmes marchands de papier. On vit une époque formidable !

Exemple de confiné célèbre : Marcel Proust. Bel exemple pour tout écrivain futur, à condition de n’avoir pas un abus de pouvoir dans le placard.
Et avec le Covid-19, c’est qu’il va y en avoir des cadavres dans le placard. A commencer par la manière où notre cher gouvernement a géré la crise, en commençant par nous rassurer sur une ch’tite grippe un peu plus violente mais bien moins létale que la grippe annuelle. Allez ! Ne rabâchons pas trop ! Même que les sondages donnent notre exécutif des hautes œuvres en augmentation de satisfaction. Ce qui montre bien que le bourre-crâne télévisuel fonctionne parfaitement.


Enfin pour le moment. Les plateaux de télé sont vides, les émissions habituellement enregistrées en public ont disparu, plus de résultats de sport.
Si seulement on avait le matériel, qui arrive, qui arrive, on nous le promet, on aurait pu organiser une espèce d’Intervilles entre CHU, avec concours de ceux qui intubent le plus vite, ou se mettent en tenue anti-Covid-19, le plus rapidement, le tout sponsorisé par la Corona, la bière préférée de feu Chichi. Ça devrait intéresser Christian Jacob. Je souhaite qu’il guérisse au plus vite. Même si cet ancien secrétaire général de la FNSEA a sur la conscience quelques milliers de petites exploitations agricoles mangées par l’agro-alimentaire industriel, avec la complicité des gouvernements et du Crédit Agricole.


Bilan à 19 h 05
Chine + 99 contaminés, Italie + 4 789, Espagne + 4 486, Allemagne + 4891, France +2 442.
Confirmation de la stagnation en Chine, par contre, pour l’Europe, augmentation régulière. Nous sommes encore loin du pic. Gare à nous ! Alerte générale !

A 20 h, le grand Edouard Philippe annonce qu’il faut durcir les consignes de confinement. Deux remarques personnelles :
1°) le confinement a été obligatoire en Chine, à Singapour et semble porter ses fruits puisqu’on a vu que l’épidémie à Wuhan est jugulée, elle stagne au niveau de la Chine, ce qui n’est pas rien ;
2°) je le vis un peu comme une punition infligée à tous les citoyens, à cause de l’incurie DES gouvernements précédents qui ont depuis les années 80, cassé le service public de la santé en ne lui donnant plus les moyens de fonctionner efficacement. Il n’y a qu’à considérer le manque de masques protecteurs, de surtenues, de gants et de lits de réanimation.
Comme je l’ai déjà écrit, et sans doute le répéterai-je, cette épidémie sert de révélateur des dysfonctionnements de la société ultra-libérale capitaliste que l’on nous a imposée.
Puisse-t-elle déboucher sur des changements de politiques positives et plus humaines qu’obsédées par l’accumulation frénétique de capitaux par tous les moyens. Mais j’en doute.


En attendant, les marchés ouverts, ceux de Provence, de Paris et de Navarre vont être fermés. Des commerçants vont se retrouver dans la misère. Et quelle tristesse de ne plus entendre les cris des marchands, les galéjades et autres vannes de ces vendeurs de tout, par tout temps, avec des gauloiseries et des bonheurs de langage parfois lourdingues, parfois charmants.

Allez, on termine en beauté avec Jacquot qui possédait une maison à la pointe du Cotentin et dont il faut visiter le jardin, quand on pourra à nouveau circuler.
On y rencontre des arbres offerts par ses amis, Yves Montand, et les autres. Il y a un ruisseau torrentueux qui descend pendant que nous montons vers le plateau en nous émerveillant du nombre de ses amis et de la beauté de la végétation. Il y fait frais. On y deviendrait vite l’un des enfants de ce paradis.


Le baptême de l’air

Cette rue
autrefois on l’appelait la rue du Luxembourg
à cause du jardin
Aujourd’hui on l’appelle la rue Guynemer
à cause d’un aviateur mort à la guerre
Pourtant
cette rue
c’est toujours la même rue
c’est toujours le même jardin
c’est toujours le Luxembourg
Avec les terrasses… les statues… les bassins
Avec les arbres
les arbres vivants
Avec les oiseaux
les oiseaux vivants
Avec les enfants
tous les enfants vivants
Alors on se demande
on se demande vraiment
ce qu’un aviateur mort vient foutre là-dedans.

 

 

 

 

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