Nous vivons une époque formidable.

En effet, il semblerait que nos très chers «responsables» politiques, passés par les bonnes et grandes écoles toutes sous l’influence de l’école de Chicago, viennent de découvrir que le système économique mondial financiarisé n’est jamais que le domaine exclusif de l’Empire US. Quelle surprise !

Quand l’Empereur décide de rompre les accords commerciaux existants, unilatéralement, quand il décide d’un embargo sur un pays de son choix, tous les pays de l’Empire, sont tenus de se soumettre sous peine d’amendes, de rétorsions économiques sur leurs filiales aux USA, et le système «libéral» de frontières ouvertes dans le cadre du «libre-échange» se révèle une illusion majeure. "America first !"
Quelle découverte !
Bien entendu, des ringards, has been survivants d’un "vieux monde", le savaient et le dénonçaient depuis des décennies. Vainement. Mais la réalité vient de rattraper nos jeunes fascinés par l’american way of life, débarqué avec les GI libérateurs au cours de «The Invasion» en juin 1944.

Par ailleurs, dans une très belle continuité, toute volonté d’un désir d’un autre monde, et la prise du pouvoir par la volonté du peuple, constituent une menace pour la bourgeoisie qui ne supporte la démocratie que si elle est favorable à ses intérêts.
Voilà les italiens que l’UE a laissé se débrouiller avec les migrants qui débarquent sur ses côtes, pas contents, qui votent pour une extrême droite anti-migrants et un mouvement fourre-tout, lui aussi surfant sur le danger des migrations. Horreur !
Pour un peu la France, dont on connaît la générosité et l’accueil chaleureux aux malheureux de la terre, donnerait des leçons à nos amis italiens. Décidément la lâcheté et l’hypocrisie se portent à merveille.

Maintenant, je ne me fais pas d'illusions, même si Di Maio parle de "Terza Reppublica", on donnera l'illusion de tout changer pour que rien ne change selon la formule célèbre de Lampedusa.


L’Europe du fric, du deutscheuromark, voit ses membres se donner des gouvernements d’extrême droite, pétochards, dictatoriaux, fermés sur eux-mêmes, jaloux de leur niveau de vie, et se vautrant dans les inégalités sociales imposées par les technocrates de Bruxelles, tout en désignant les migrants comme les principaux responsables de leurs peurs. Mais, dans la lutte des classes, ce sont les capitalistes qui ont vaincu, alors vive le capitalisme ! Ne vivons-nous pas en toute sécurité ? N’avons-nous pas de multiples raisons d’être fiers de ce résultat fabuleux où 1% des terriens possèdent plus que les 99% ? Honte aux esprits chagrins qui ronchonnent devant cette merveille. Des jaloux, des moins que rien...

Nul ne veut faire connaître la réalité de notre condition humaine.
TOUS, nous sommes des descendants de migrants venus de l’est de l’Afrique. TOUS, nous sommes les passagers d’un petit satellite d’un petit soleil perdu dans l’univers. TOUS, nous sommes menacés par notre dogme en la croissance infinie de la population, comme si les ressources, les soutes de notre satellite étaient inépuisables.
Or, sachons-le, ce ne sont que les premières vagues de migrations dont une partie se noie dans l’azur de la Méditerranée où les européens riches du Nord vont aller se tremper le cul.
L’épuisement des sols, le réchauffement climatique, la remontée de l‘aridité, l’élévation du niveau des océans, maintenant irréversibles, vont entraîner des migrations de population autrement plus importantes que celles auxquelles nous sommes confrontés. A commencer d’ailleurs par celles de certaines de nos régions côtières.

Et pourtant, lorsqu’on parcourt la France, non pas par les autoroutes ou par le TGV, mais par les départementales, l’on est, chaque année, de plus en plus étonnés de traverser des bourgs, des villes moyennes aux commerces abandonnés, aux immeubles et maisons fermées, y compris en période estivale. La campagne riante alentour est parfois en jachères, à l’abandon, des usines s’écroulent sur elles-mêmes, la politique d’urbanisation en métropoles fabrique ces «déserts». Merci qui ? Le merveilleux système économique dominant. Ce «monstre doux» tel que décrit par Rafaele Simone. Et auquel la majorité adhère parce qu’il est si séduisant, si agréable, si suave de s’adonner au consumérisme sans partage. Chacun pour soi et que les générations futures se débrouilleront !

Nous leur léguons généreusement des océans pollués, des déchets nucléaires de plus en plus nombreux, des espèces de plus en plus rares qu’elles soient animales et végétales.

Il est tellement agréable de ne plus avoir les pare-brise mouchetés d’insectes divers dont des abeilles.

Le seul domaine qui fonctionne encore est celui des sciences. C’est pourquoi, dans son immense sagesse, le gouvernement français fait le maximum pour encourager la recherche. Un docteur en université, en début de carrière, gagne 1850 € par mois, soit Bac + 6 ou 7 ans. Ses travaux peuvent bouleverser notre quotidien dans les années à venir. Mais, le choix du fric se pose sur un footballeur de talent, doré sur tranche qui fera vibrer les masses en les décervelant. Tel est notre monde de rêve et d’illusions.

Mais quand les premières bombes atomiques vont commencer à péter, on nous convaincra, qu’avec l’hiver nucléaire qui va s’en suivre, le réchauffement climatique sera vaincu. Ne réfléchissez pas trop ! Laissez-vous endormir par les princes de la communication. Car on va vous vendre la prochaine tuerie avec pompom girls et Loto pour les volontaires au casse-pipes.


Quelle merveilleuse époque !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.