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Billet de blog 25 mars 2020

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Journal d'un amoureux de la vie au temps du Corona Virus

9e jour de confinement Mardi 24 mars

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Eh bien ! Une belle journée d’un printemps insolent avec un ciel bleu sans nuage et deux avis de décès de grands hommes : Manu Dibango, saxophoniste génial et homme attachant, camerounais et meilleur ambassadeur de l’Afrique, par son art et par les propos intelligents qu’il tenait lors de ses interviews.
Et puis Lucien Sève, dont j’ai lu quelques ouvrages, marxien convaincu, anti-capitaliste notoire, et penseur incontournable, donc peu apprécié des médias.
Tous deux avaient un âge où disparaître devient décent, quoique 86 ans pour Manu, ce n’était pas si urgent. C’est qu’il soufflait encore fort bien. 93 ans pour Lucien, le Covid-19, n’a fait qu’accélérer le départ qui nous attend tous.
Et Lucien Sève avait intelligemment revisité la vieillesse qui n’est pas, inéluctablement, ce « naufrage » que d’aucuns croient croire. Croâ, croâ, croâ. « Les corbeaux noirs délicieux » de Rimbaud tournent autour des EHPAD, et à Cornimont dans les Vosges, 22 d’un coup, enlevés en quelques jours « à l’amour de leurs proches », enterrés vite fait en très petit comité.
Si l’on ne veut pas voir son « cimetière personnel », celui des gens que l’on a aimés, admirés, qui nous ont aidés à nous faire, il faut mourir jeune.
Pour moi, comme pour tous ceux qui accumulent les ans, mon cimetière commence à avoir la superficie d’un ou deux carrés du Père Lachaise. Très beau cimetière, plein d’arbres et de monuments absolument kitch, marrants, ou d’une simplicité qui force le respect. On y rencontre des « amis », artistes en tous genres, hommes politiques, grands et petits bourgeois. La suffisance des uns, mausolées plus proches du Château du Facteur Cheval en plus académique, traces de gréco-latin, et chapelle votive où l’on aimerait accueillir une descendance fournie. Le bling-bling même après la mort. Concessions perpétuelles qui n’ont de perpétuité que le bon vouloir des descendants, ou des amis du défunt.
Les monuments aident à se souvenir. Les corps sont là en train de se dessécher, de pourrir, et le temps effacera même leur tombeau. Et pourtant, les grands morts sont toujours vivants.
Il suffit de regarder un livre, d’écouter un disque, de visiter un musée. L’éternité des humains n’existe que par ce qu’ils laissent aux générations qui les suivent. Ainsi, Homère n’a rien perdu de son génie, comme Lucrèce, Aristote, et toute la bande des philosophes, des romanciers, des anonymes. Sur les cathédrales, il y a bien des marques, des signes qui authentifient tel ou tel sculpteur ou franc maçon, compagnon tailleur de pierre. Merci à eux et aux architectes qui nous ont légués de telles merveilles de grâce et de défi aux lois de la pesanteur et qui donnent encore du travail aux compagnons du Tour de France qui entretiennent ces monuments élevés autant à la Gloire d’un Dieu qu’à la richesse revendiquée d’une ville. Les donateurs se sont fait représenter sur les vitraux. Les corporations y sont allées de leur obole pour sponsoriser telle chapelle. Rien de bien de nouveau dans le domaine de l’art monumental.


Mais je n’oublie pas, non plus, combien il a fallu exiger de redevances, de taxes, des paysans et des artisans du coin. Ah ! Ces abbayes qui fleurissent la vallée de la Seine de Rouen à Harfleur. Qu’on ne me fasse pas croire que ce furent seulement travaux de moines volontaires. Il y avait bien aussi moult manants astreints à la dîme et aux corvées.
N’est-ce pas pour une taxe sur le beurre que Rouen possède sa Tour de Beurre ? Taxer le beurre, pour les normands qui en mettent partout y compris avec de la crème. Ils ont dû râler les gens de l’époque. Mais un coup de goupillon et une promesse de remise de peine en péchés, avec assurance d’un strapontin au Paradis, et ils ont remballé leurs pourpoints et blouses « jaunes ».


La Nouvelle-Zélande vient de tout arrêter, avec panique générale, magasins dévalisés, gares de ferries saturées. C’est qu’il y a deux grandes îles dépendantes l’une de l’autre, que l’automne vient d’arriver et qu’il s’agit de revenir chez soi. Les néo-zélandais expatriés sont priés de rester là où ils sont sur la planète. Ouaouh ! Rigolent pas les All Black privés d’entraînement comme tous les sportifs.

Et zou ! Par Toutatis, Uderzo, le dessinateur d’Astérix, est lui aussi passé de vie à trépas. Je me souviens de son premier volume paru dans Pilote. Excellente revue de BD. C’était… Dans une autre vie. On peut dire qu’il appartenait à l’école de Bruxelles. Dessin cerné précis et couleurs en à-plat qu'il améliorera. Goscinny possédait un humour assez décapant et portait un regard amusé sur l’époque. Les nouvelles générations ne doivent pas bien comprendre certains gags. Qui se souvient de Guy Lux ou de Pierre Tchernia chez les moins de vingt ans ?

Ai téléphoné à notre amie Simone, Bénédicte à Paris et son mari resté à Madrid, vont mieux. La fièvre est tombée, il est sorti enfin de chez lui pour aller chez le pharmacien qui lui a donné un médicament. Anxiété en baisse, sensation d’épuisement. Apparemment, ils sont sortis de la maladie.
David Z., un ami de mon fils aîné, est cloîtré chez lui avec forte fièvre, frissons, toux… Mais aux dernières nouvelles, ça va mieux sans qu’aucun test n’ait été effectué sur quiconque. Ils arrivent, ils arrivent… Ils vont arriver.


A part cela, le taux de mortalité est étonnamment bas en Allemagne, à croire qu’il y aurait des approches différentes du fléau et/ou que nos amis allemands seraient plus efficaces que nous.


En Italie ça ne s’arrange pas. Ils ont presque 3 fois plus de contaminés que nous. Les italiens émigrés de l’intérieur, sont redescendus vers leur sud d’origine en dépit du confinement obligatoire. Bon ! Bonne nouvelle, le système ultra-libéral mondialisé, le libre marché, TINA la blonde se révèlent absolument nuls face à un fléau mondial.
Maastricht mazeltov ! A vos souhaits ! Et chacun de se replier sur soi. Ah ! Si ! La BCE sort de l’argent pour tenter de sauver les banques, les grandes entreprises, car la crise économique attendue, prévue, annoncée est de retour. Il n'y avait pas un fifrelin pour sauver la Grèce, l'Espagne ou le Portugal. Miracle ! On en sort des masses pour sauver... les banques. Même l’Allemagne laisse filer son « saint déficit », c’est dire si le Corona Virus possède une puissance de feu autrement plus efficace que toutes les armes en réserve.


D’ailleurs, où en sont les guerres en cours ? Trêve générale ? On s’entr’égorgera plus tard, après avoir expectoré une dernière fois le dernier virus ? Est-ce que ce petit virus salopard comme pas, un aurait des qualités ? Virus de la paix ? Où en sont les manœuvres de l’OTAN dans les anciennes républiques soviétiques ? Ils continuent à user de l’essence, du gasoil, du kérosène et à batifoler par champs et forêts ou ils sont cons finés eux aussi ? Pas de nouvelles du front de la provocation contre la Russie, elle aussi touchée par la grâce du Covid-19, avec, pour le moment très peu de morts. Quant à ce qu'il va se passer quand le Virus va entrer dans les camps de réfugiés, je n'ose imaginer l'hécatombe.

Attention ! Les USA de « Trump la mort » maintiennent leur embargo obligatoire envers l’Iran qui commence à bien se placer, en haut de tableau dans les pays les plus contaminés. Le "godilleur en chef" tantôt est tout contre le virus, tantôt tout pour l’économie et les dividendes. Cerveau malade. Manquerait plus qu’il attrape la saloperie mondiale et sûr que l’on assisterait à l’Apocalypse selon Saint Marché.

Les Jeux Olympiques devraient être reportés, mais on attend encore. Le premier ministre japonais était réticent. Mais, les citoyens japonais d’une part, les sportifs d’autre part, considéraient ces jeux prévus cet été, à cheval sur juillet et août, comme impossibles et dangereux pour la santé de tout le monde.
Sauf que Tokyo risque de perdre quelques milliards de dollars dans l’affaire. D’autant que selon le contrat, les JO doivent absolument se dérouler en 2020. Sinon ? Eh bien, plus de JO à Tokyo. Donc, toutes les installations qui leur sont attribuées ne serviraient à quasiment rien ou presque.
Un report à l’automne semblerait possible avec moins de spectateurs, donc moins de rentrées d’argent. L’argent, l’argent, l’argent toujours.
L’automne, c’est la saison des cyclones au Japon. Il y aura donc du spectacle et des records non homologués. Un sprint avec un vent arrière à 125 km/h ça vous fout en l’air les statistiques. Même chose avec le vent de face. Folie.
Depuis l’ère Samaranch, ces JO sont devenus une horreur et un malheur pour toute ville qui veut les organiser. Paris a remporté le droit de s’endetter à mort. Bravo ! La fierté du coq sur son tas de fumier drapeau tricolore en aile n’en peut plus de joie. Pauvres types !
Montréal a failli y passé, Athènes a laissé ses stades et autres lieux de concours à l’abandon avec endettement à la clé. Etc. Ça coûte un pognon de dingue qui serait mieux placé dans les services publics et ils en redemandent.
D’autant que l’idéal, le champion des champions, à terme ce n’est jamais que le sprinter qui arrivera sur la ligne avant d’être sorti de ses plots de départ, où le perchiste qui réussira à se mettre sur orbite. Citius, Altius, Fortius, Conius. Et ce sera Corona Virus. Dis donc, Didon n’y avait pas pensé à celle-là !


Bilan à 19h
En Chine 99 cas nouveaux, en Italie + 5249, aux USA + 8 257, en Espagne + 6587 en Allemagne + 3126 et en France On compte 20 149 cas avérés, soit + 3212 dont + 186 décès sur un total de 862. Or, il y a habituellement environ un peu plus de 800 décès par jour.

22h20

Les JO sont reportés d’un an. Adieu les JO les années bissextiles ? Peu probable. Et le Japon va pouvoir entretenir et utiliser ses installations. Mais, tout est à refaire en matière de recrutement de personnel, de billetterie, de locations de chambres, et les athlètes auront un an de plus, ce qui pose des problèmes à plus d'un. Si, d'ici là, une autre calamité ne s'abat pas sur l'humanité.


Le premier ministre indien a décrété le confinement des 1,3 MM d’indiens. Farceur ! Il y en a quelques centaines de milliers si ce n’est des millions qui vivent sur les trottoirs des grandes villes ou dans des bidonvilles. Donc confinement des riches et des moins pauvres et sauve qui peut pour les autres. Cela porte à 2,6 MM de terriens confinés sur 7,8 MM de vivants vivant dans le satellite Terre que le système en place a mis en état de danger majeur. Nous vivons un sacré moment de l'Histoire de l'humanité. Passionnant. Avec des pertes humaines en vue, dont peut-être la mienne ou celle de ma femme. Pour le moment, le pourcentage de décès demeure autour des 3% par rapport aux contaminés. Mais, ça patauge, on ne sait pas trop, on se contredit, on fait la course au remède miracle, au vaccin qui ne pourra être trouvé que dans quelques mois selon les procédures, les pays.

L'accélération des expériences pourra se faire avec du patient dans la misère sans passer par le stade animal. Cynisme ? Non ! Réalisme et ça ne date pas d'hier. John Le Carré en avait écrit un fort beau livre qui fut porté à l'écran : "La constance du jardinier".

Et pour le moral des lecteurs et lectrices, un petit poème d’Arthur R. :

SENSATION
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai, je ne penserai à rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.

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