700e anniversaire de la mort de Dante Alighieri

25 mars Dantedi en Italie. Jour de Dante !       Soit l’ouverture de la commémoration de la mort de Dante !

    Nos amis italiens fêtent cette année, le 700e anniversaire de la mort de Dante survenue en septembre 1321.
   

     C’est quand même autre chose que célébrer la mort du Napoleone et même 
 la naissance de Flaubert. Pourtant, Gustave, quel génie de l’écriture ! 
    
    L’autre, « l’Ogre », qui a tué la République, institué une nouvelle monarchie impériale, rétabli l’esclavage, considéré les femmes comme des enfants ou des aliénées mentales, ravagé l’Europe, un mafioso qui a réussi et possède encore ses admirateurs inconditionnels. Grand mangeur d’hommes, il a sa place aux côtés des grands « barbares » de l’Histoire qui n’en manquent pas et qui nous ont laissé des millions de morts. 

    Mais Dante Alighieri, lui, c’est autre chose. Tous les lycéens italiens se doivent de le connaître puisqu’il est celui qui est à l’origine de la langue italienne inspirée du toscan de l’époque. 
    
    La lecture de sa Divine Comédie est incontournable, même si bien des passages nous échappent, que ce soit pour des raisons théologiques ou politiques, parfaitement compréhensibles pour les lecteurs de l’époque, mais qui nous passent un peu par-dessus la tête, aujourd’hui. 
    
    La traduction de Jacqueline Risset chez GF Flammarion, édition bilingue en livre de poche, avec explications, est tout à fait remarquable. Meilleure, à mon avis, que celle de la Pléiade qui osait le français de l'époque de Dante.

    Mais Dante ne se résume pas seulement à la Divine Comédie. Il y a aussi « la Vita nova », ou « De vulgari eloquentia, sa correspondance etc. 
    
    Poète, certes, mais homme politique engagé. Grand amoureux, absolument, mais surtout passionné par son époque, et tellement impliqué qu’il sera banni de Florence pour aller mourir à Ravenne.

    Honnêtement, la biographie de Dante Alighieri manque de documents d’époque pour éviter d’en faire un roman. Elle se trouve en filigrane dans ses écrits que des experts ont réussi à faire parler. 
    Viennent de sortir à ce sujet plusieurs ouvrages  dont celui d’Elisa Brilli et de Giulano Milani « Dante Des vies nouvelles » paru chez fayard.


    Ce qu’il faut avoir à l’esprit quant à l’importance de Dante pour les italiens, c’est qu’il fixe le toscan à une époque où les « sachants » écrivent en latin. 
    En France, ce sera Rabelais, qui rompant avec les autres clercs, va s’exprimer en langue d’oïl et devenir, avec Victor Hugo, les deux auteurs possédant le vocabulaire le plus riche de tous nos écrivains.

    L’italien, tel que nous l’apprenons aujourd’hui, et tel qu’il est parlé à la RAI et dans les assemblées, s’impose aux nombreux dialectes, toujours usités un peu partout en Italie. 
    Ainsi, entre Milan et Côme, 40 km, on compte environ 5 à 6 dialectes dont le milanais tout encombré de mots français et allemands, au gré de l’histoire mouvementée de cette Lombardie convoitée depuis de siècles par les rois de France et les Empereurs romains germaniques.
    
    Cette situation, qui existait aussi en France avant l’instruction obligatoire de l’école de Jules Ferry, est la conséquence d’un pays de montagnes, aux vallées repliées sur elles-mêmes et surtout l’indépendance de villes-états, rivalisant entre elles, se faisant la guerre, tantôt rivales, tantôt unies, avec les puissances continentales, française, espagnole, surtout impériale  romaine germanique puis autrichienne à partir de 1804 auxquels, il faut ajouter ces états pontificaux fluctuant. Lire la très belle « Histoire de l’Italie » du regretté Pierre Milza.
    
    Ainsi, même encore aujourd’hui, regarder en VO un film italien se passant à Napoli ou en Sicilia, avec des acteurs parlant les dialectes locaux, pose problème aux italianisants de l’extérieur et parfois aussi à certains italiens eux-mêmes. 

    La puissance d’imagination de Dante et la richesse de son œuvre sont telles que de nombreux artistes se sont laissés séduire et ont illustré les vers du poète de Firenze. 
    J’ai une préférence pour deux grands : Boticelli et Gustave Doré. 
    
    Mais des auteurs de bandes dessinées n’ont pu résister. Ainsi Gô Nagaï, s’est fortement inspiré de Doré, Mickaël Meier et Marcel Ruijters ont donné leur version. 
    On écoutera volontiers cette conférence sur Dante en postcast sur France Culture.

    Ou l'on ira chercher sur You Tube les récitations, parfois commentées de la Divine Comédie par Benigni, un vrai bonheur pour ceux qui connaissent la langue du "bel paese". (On peut passer sur les explications pour un jeune public et enchaîner vec une déclamation sous-titrée, et enfin voir la foule réunie en extérieur écouter Benigni sur le parvis d'une cathédrale)
   
    En cette époque incertaine, tout comme l’était celle dans laquelle vivait Dante (abréviation de Durante), nous avons besoin de poésie et peut-être aussi de critiquer ceux qui nous gouvernent. 
    Car, ne jamais oublier que Dante a réglé ses comptes avec les politiciens de son époque et des époques antérieures. 

    Ultime stupidité de l’actualité de la « cancel-culture », la traduction de la Divine Comédie en néerlandais a supprimé la référence à Mahomet pour ne point choquer les ignares musulmans qui ensachent leurs femmes et portent barbe et déguisement d’usage comme si l’habit faisait le croyant,  à ne pas confondre avec les érudits de la même religion envers lesquels nous sommes tant redevables.
    Le zéro pointé sera attribué généreusement à ces massacreurs de chef-d’œuvre.

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