Game of Powers

Game of Thrones vient de se terminer en eau de boudin, avec des destinées inachevées qui peuvent faire croire à de nouveaux épisodes. On verra. Ou pas. Peu importe. Mais, l'Histoire, elle, ne se termine jamais.

 

Dommage, cette fin bâclée pour une série qui avait commencé dans l’épique, le sang, le stupre, les rires et les larmes avec, de temps à autre cette petite musique shakespearienne où des personnages avides de pouvoir s’affrontent par les mots, les armes, les alliances et les trahisons au sein de familles royales, décalcomanies clinquantes de ce qu’il se passe dans les mafias.

Si l’on se passionne quelque peu pour ce genre de divertissement, n’est-ce pas parce qu’il nous en apprend un peu, beaucoup, passionnément sur la réalité du « Game of Powers » tel qu’il se joue dans la vie réelle des « hautes sphères » qui nous est rapportée par la presse et la télévision ?

Or, l’on voit bien que le Game of Powers est constant que ce soit en politique ou dans le monde des affaires.
Les Macron, Mélenchon, Le Pen & Co, Hamon, Philippe, Hollande, Sarkozy et consorts sont autant de personnages manipulés, manipulateurs, qui s’amusent à « faire de la politique » comme d’autres s’amusent à écrire des romans, construire des usines, monter des murs, ou trier les déchets. Quoique. Trier les déchets est œuvre utile de pauvre, réservée à la caste des intouchables, qui n’ont de réelle utilité politique que pour permettre à des bourgeois, petits et grands, d’accéder au pouvoir et de jouer les importants.

Les sociologues Pinson-Charlot nous ont dévoilé les us et coutumes de cette caste des nantis et de leur influence sur les politiques mises en place. Ces collusions entre le monde de l’argent et celui du pouvoir politique. Ces mariages arrangés qui font la fortune de la presse de contes de fées pour ménagères, certaines demeurées éternelles adolescentes, passées de la Barbie à Brigitte de l’Elysée, de lady Dy à Mrs Obama, et toujours friandes de royal babies. La saga des Windsor valant bien celle des Tudor.

Qui ose encore croire que la politique serait un « métier » ? Il faut être naïf. C’est un jeu. On s’y marre. On s’y mire. On s’y perd. D’aucuns en vivent très bien et y font fortune sur le dos des contribuables qu’ils ponctionnent sans vergogne. Les Chirac en sont un bon exemple. Ils ont pratiqué le jeu avec beaucoup de métier. Ils ne sont point les seuls. La liste des cumulards est à demander à la Cour des Comptes.

C’est à qui manipule qui. On fait courir des bruits. On tente des coups, en allant flatter d’ex-adversaires pour les élever à quelque rang, leur procurer quelque maroquin, les assoir à quelque commission jamais gratuite, et ainsi, les tenir à laisse courte jusqu’à ce qu’ils n’en peuvent plus et comme M. Hulot, crie « Je ne joue plus ! ».

Le pouvoir rend fou, autant que la télé.
Hier, vous étiez un citoyen ordinaire que nul ne connaissait, un inconnu dans la foule. Aujourd’hui, comme un nouveau produit « vu à la télé », on vient vous serrer la main, réclamer un selfie, vous applaudir ou vous huer, c’est selon.

Le Canard nous apprend qu’un déplacement présidentiel, de l’ex collabo de chez Rothschild, mobilise 14 compagnies de CRS, alors qu’il n’en fallait QUE 10 pour Nicolas Sarkozy.
Et c’est qu’il a la bougeotte le petit prince d’Amiens… La communication l’oblige à faire croire aux pleupleus et aux planplans qu’il est partout pour eux, partout près d’eux, alors que les quelques zigomars aux barrières de sécu, placés là pour l’applaudir, ont été triés sur le volet, tandis que le peuple est tenu au loin, parfois vague jaune enfumée de bleu clair derrière le bleu de Prusse des forces de l’ordre bourgeois.

Et le logos, le sourire, la répartie facile, la capacité de répondre à tout, avec légèreté, voire en se marrant, car, nos hommes et nos femmes politiques savent bien qu’ils sont un peu justes sur certains points, qu’ils ne savent que faire pour trancher le nœud gordien des incompatibilités qui les rongent comme un chancre.
Ecologie et néo-libéralisme. Indépendance de la France et de l’ UE sous surveillance US. Maintien du prix des carburants presque abordables et lutte contre la pollution des transports routiers. Suppression du glyphosate et satisfaction d’agriculteurs obsédés par les hauts rendements. Lutte contre les fake-news et utilisation courante du mensonge. La liste tend vers l’infini et procure à ceux qui voudraient la compléter un malaise frisant l’écœurement.

 

La démocratie bourgeoise consiste à tout mettre en œuvre pour que les pauvres votent pour les riches et en soient satisfaits et fiers.
Ensuite, ils ont le droit d’exprimer leurs mécontentements dont on ne tient pas compte ou si peu, alors que les dictatures, elles, en sont encore à enfermer leurs opposants, à poursuivre leurs journalistes… Ce qui, d’ailleurs, commence à se pratiquer aussi en France dans le cadre d’une surveillance accrue des folliculaires faisant leur métier.
La peur que les cachotteries sortent à la lumière. La crainte d’être encore plus nu que d’habitude. Le secret des « affaires », des traités secrets, des complicités entre profiteurs, des saloperies d’État révélées au grand soleil… L’irraison d’État devient raison d’État.
La transparence revendiquée, proclamée, réclamée pour les autres s’arrête là où commence la vérité pour tous. Soit l’Égalité. Une horreur pour ces républicains en peau de lapin.
On ne met pas un signe égal, entre un citoyen lambda et un élu. Non, mais ! J’entends, ces grands élus dont les racines commencent avec la mairie d’une grande ville. Rien à voir ou presque avec ces milliers de « petits élus » de droite ou de gauche qui se mettent du mieux qu’ils le peuvent au service de leurs concitoyens en toute honnêteté et que rebutent de plus en plus les égarements et l’insolence des gouvernants des Régions et de l’État.

Justice, police, le savent bien et le font savoir. A coups de condamnations et de matraque, de LBD et de lacrimos. Si les délinquants ordinaires étaient jugés comme le sont les affairistes pris la main dans le sac ou les politiciens véreux, on viderait vite fait en partie les prisons.

Et en écrivant cela, j’entends le rire de ceux qui jouent à nous gouverner. Les élites.
Non point que je me pose en massacreur de ces « premiers de cordée » dont certains ont hésité entre droite et gauche à la sortie de l’ENA, d’aucuns petits marquis, tout aussi chiens de garde du système économico-politique suicidaire en place que certains folliculaires stipendiés habitués des plateaux de télévision, mais, je leur fais savoir que l’élitisme dans mon monde se mérite.

L’autorité, c’est d’abord faire autorité dans son domaine. Je déplore les citoyens qui délèguent un peu trop vite leur pouvoir et qui se doivent d’exiger de leurs représentants, un respect, un dévouement, une abnégation avec lesquels trop d’entre eux se torchent en ne pensant qu’aux émoluments et indemnités que leurs différents maroquins dans les conseils gouvernementaux et privés leur procurent.

Tout cela n’est qu’un jeu nous a prévenu Shakespeare. Machiavel nous en a donné les recettes. Érasme nous en a démontré la folie. Et Spinoza nous a aidé à nous comprendre.
Mais tout cela ne se résume pas à coups de tweets.

Exigeons du temps, de la réflexion, de la patience et surtout la mise en place d’un renouveau de la politique partagée.

Les démocraties, comme les civilisations meurent aussi, nous aurait dit Paul Valéry.
Et je crains fort que « les poètes aient toujours raison » (Aragon)

A nous de prendre nos responsabilités et d’agir. Et pas seulement avec un bulletin de vote. Histoire de ridiculiser, une fois de plus les officines sondagières qui nous prédisent les résultats avant les totaux finals.

 

 

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