Quel "exemple allemand" ?

Les élections allemandes font tirer les mouchoirs des éditorialistes et des citoyens "honnêtes". Quoi ! L'extrême-droite raciste, pétocharde, nationaliste est de retour ! Le vil "populisme" ravage nos si belles "démocraties" ! Honte ! Ou plutôt "shame" ! Car chez ces gens-là, Monsieur, on jacte l'english pour faire "in".

Or, cette horreur n'est jamais que la conséquence logique, rationnelle, de la politique d'austérité mise en place depuis des décennies. C'est même le gouvernement SPD de Gerhard Schröder qui a mis en place le Hartz IV donnant toute satisfaction au patronat allemand en multipliant les petits boulots sous-payés, en pratiquant le dumping salarial, en pratiquant la flexibilité et la précarité pour tous.

Le "modèle allemand" si cher à nos ultra-libéraux s'est imposé à l'Europe par le truchement de l'Euro-DM, propriété de M. Schäuble. Intouchable ! Avec obligation à tous les membres de l'UE de pratiquer l'austérité, payer les dettes aux banques, y compris à celles qui ont joué avec de l'argent sale, précipité les économies dans des crises à répétition que les citoyens règlent selon le principe de "la socialisation des pertes, et la privatisation des bénéfices".

Un pays où la population ne cesse de vieillir a un besoin urgent de main d'œuvre fraîche. D'où l'accueil chaleureux à l'égard de populations fuyant la guerre et les armes fabriquées aussi en Allemagne, surtout lorsque ces migrants sont diplômés ou prêts à accomplir des tâches dévolues ailleurs aux "intouchables".

Les couches populaires quelque peu méprisées par les couches moyennes menacées de précarité, et l'élite ploutocratique au pouvoir, ne comprennent pas les bienfaits de cette "merveilleuse" politique qui les frustre, les met en concurrence avec des travailleurs venus des pays voisins ou de plus loin.

Car le système dominant a tout intérêt à diviser les forces vives de la nation, à diluer et camoufler le gouffre qui s'élargit entre les revenus les plus hauts et les revenus les plus faibles. Certes, le taux de chômage en Allemagne est bien plus bas que chez nous. Mais il faut aussi le comparer avec l'augmentation de travailleurs pauvres et le retard du travail féminin.

 Donc, Mme Angela Merkel est bien la principale responsable de cette montée de la colère, de cette haine accumulée, de cette peur d'un melting-pot trop rapide, voire difficile à concevoir et donc à rejeter pour bon nombre de citoyens qui vivent au quotidien l'inéluctable transformation de nos pays européens en dépit de leurs différences. Le discours de l'AFD rappelle celui d'un certain parti National-Socialiste qui fut surtout national, et socialiste à la marge. A l'extrême marge.

 Il va falloir rapidement faire le bilan de l'ère Merkel qui ne pourra gouverner qu'avec une coalition avec le FDP, autre parti de droite-droite. Cela demande une approche d'historien "honnête" car tout n'est pas négatif. Mais l'entrée de l'extrême droite au Bundestag retentit comme un coup de tonnerre. Trouver cela "normal" comme nous avons tendance à le croire, à le subir, un peu partout en Europe, serait une erreur fatale. Mais cela montre aussi que le libéralisme dominant préfère encore la menace de l'extrême droite que celle de la vraie gauche. Il va donc falloir faire preuve d'imagination et d'intelligence pour réviser en profondeur les causes de cet état de fait. N'en déplaise aux autres pays européens, à commencer par la France de M. Macron, dont les ordonnances sont inspirées des lois Hartz IV dont on vit les conséquences.

 

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