Fugue bien tempérée.

Première escapade en camping-car dans l'ouest ensoleillé et visites familiales. Il n'y a pas que les hirondelles qui annoncent le printemps. Les camping-caristes aussi, et surtout lorsqu'ils sont étrangers.

En même temps, ce fut une cure de désintoxication des "niouses" comme on "cause" à c't'heure. Pas de "ouifi", plus de Médiapart, plus de lectures commentées, plus d'écriture de billets comme autant de bouteilles à la mer, ou de pissous pour marquer son territoire. J'ai dû résister à ce "manque" des blogs que je fréquente, comme un fumeur en rupture de scarferlati ou de niñas. Dur. L'impression d'être en retrait de la société des hommes et des femmes. Juste la route, les paysages changeant de notre belle France, aux entrées de ville défigurées par le consumérisme en ordre de bataille avec les mêmes enseignes, les mêmes temples de la consommation, les mêmes parcages et, pour peu que l'on s'aventure dans le centre de ces villes, des boutiques et des bistrots fermés, à l'abandon. Grandes surfaces et e-commerce bousillent la vie de nos petites villes aussi fermement qu'ils suppriment des emplois. Et cela se fait avec notre complicité. Avec nos "zélus" qui cèdent aux injonctions des maîtres de la consommation industrialisée, de ces grandes surfaces à l'américaine, parfois ouvertes le dimanche et pas encore la nuit. Mais ça viendra ! C'est cela l'Occident, une inexorable américanisation des comportements.

La radio nous a apporté son lot de drames et les commentaires "éclairés" des éternels "spécialistes". Lassitude et écœurement.

Ces jeunes assassins sont le produit de ce que nous sommes devenus et ils nous renvoient ce que certains d'entre nous haïssons aussi. Ils sont l'aboutissement de notre soumission à l'Empire US depuis la première Guerre d'Irak, et même avant. Allez ! On sait bien que tout a commencé avec les traités d'après la Iere Guerre Mondiale, suivis de ceux de la Seconde, ces deux fleurons de la supériorité morale et intellectuelle de la si belle "Civilisation Occidentale" dont les exactions se chiffrent en dizaines de millions de morts prématurées. Ces frontières tracées à la règle sur des cartes approximatives, par des "experts" en diplomatie, surveillés de près par des économistes friands de ressources naturelles, ignorent avec mépris les hommes et les femmes qui habitaient et habitent toujours ces espaces convoités. Et que je t'ajoute à cela des remords hypocrites quant à la complicité des classes dirigeantes à l'égard du nazisme, et c'est ainsi que l'on "invente" l'Etat d'Israël avec des arguments absurdes de légitimité divine, de nécessité de donner aux rescapés des camps de la mort un havre de paix, comme s'il n'y avait eu ni arabes, ni leurs cousins juifs qui vivaient là en bonne entente depuis des siècles. Deux générations plus tard, le gouvernement israélien actuel se comporte en colonisateur implacable, traitant les palestiniens musulmans en sous-hommes, en "indiens" bons à parquer dans des réserves tandis qu'au mépris des lois internationales et des recommandations de l'ONU, il poursuit sa partie de Go qui rend désormais impossible l'existence de deux états. La réalité sur le terrain nie les vieilles cartes de la Cisjordanie qui n'est plus qu'un archipel d'enclaves mité par les colonies infâmes, sous le regard de Ponce Pilate des prétendues grandes démocraties de cette planète.

Quand tout espoir dans une vie meilleure sur terre se trouve annihilée par les faits, quand aucun système politique n'est satisfaisant, quand aucun parti n'est digne de confiance, quand on subit le racisme au quotidien, donc à l'embauche, les contrôles au faciès, le repli sur soi, la démission des parents, les inégalités persistantes, les peurs entretenues, la fatalité voire un fatalisme ancestral, ne reste plus que la Grande Illusion de la religion, avec promesse de vie meilleure dans l'au-delà, comme si, chaque être humain avaient deux vies : une sur terre et une autre, ailleurs. Où ?

En dehors de la nécessité d'améliorer le renseignement, d'avoir des hommes et des femmes partout, à défaut de surveiller les mails, les téléphones, de filmer notre quotidien de supprimer nos libertés, de fliquer chaque citoyen en le considérant comme un éventuel terroriste ou complice, on se garde bien de "dénoncer l'Infâme" comme le faisaient les philosophes des Lumières. Non, non ! Ne surtout pas remettre en question ces religions abrahamiques inventées jadis pour donner une mauvaise réponse à de vraies questions et soumettre les hommes à des morales patriarcales considérant les femmes comme du cheptel et héritières de ce suppôt de Satan que fut Eve, qui, par son défi à Dieu, transforma ce nigaud d'Adam d'animal stupide en être conscient, soit en humain. Conscient parfois de sa folie, ce qui en fait un sage.

"Il n'y a pas d'autre vie que la vie", pour reprendre une tautologie orientale quelque peu revue et corrigée. Donc, toute vie est sacrée ! Dieu a une histoire et constitue une "invention" humaine, écrite à plusieurs mains, sur plusieurs siècles; ce qui en fait un personnage de la littérature et non une vérité. Il n'y a donc pas de guerre juste, de guerre sainte, et de paradis offert aux imbéciles qui se font sauter en compagnie de leurs "ennemis" en proférant le principe fameux "Tuez-les tous, dieu reconnaîtra les siens". Tout cela n'est qu'une vaste couillonnade dont profitent les plus riches, les accapareurs, les caïds, les chefs, les sultans, les soit disant "grands de ce monde". Ils ont intérêt à ce que la peur règne. Ils sont favorables à la soumission des croyants envers leurs dogmes, quels qu'ils soient. Ils financent les religions parce qu'elles leur garantissent la prospérité de leurs affaires, leur perpétuel enrichissement.

 

 Inventer une société plus juste, plus équitable, avec une meilleure répartition des richesses, rompre avec le dogme de "la croissance infinie dans un monde fini", de l'accumulation du capital par manie, par addiction, ne plus croire que l'argent est le but suprême,  penser la vie autrement, prendre conscience que les moyens technologiques doivent être au service des masses en leur permettant de ne plus travailler autant, voire de ne plus travailler du tout au sens antique du terme, refuser l'alignement des conditions de travail des pays riches sur celui des pays en voie de décollage, ce sont autant de perspectives, de futur immédiat et à long terme qui doivent se substituer aux vieux schémas de pensée que nous déblatèrent les fondés de pouvoir de la finance que sont nos hommes et nos femmes politiques en place, tous partis confondus.

Et ce sont des idées, des désirs d'avenir qui existent depuis le milieu des années soixante et dix et même avant. Lire André Gorz, Jacques Ellul, la liste est longue inversement proportionnelle à la vue courte des "responsables" que nous élisons régulièrement et inconsciemment en oubliant nos classiques comme "De la servitude volontaire" de La Boétie et tous les auteurs libertaires qui sont l'avenir. Car eux, au moins, respectent la vie, veulent le bonheur et la liberté pour chacun, respectent les autres, haïssent les complexes militaro-industriels et prônent la paix. Mais ce n'est pas demain que vont exploser les unions du sabre et du goupillon, du cimeterre et du croissant, du Uzi et de la kippa. Prendre en considération une telle pensée humanise et libertaire, ce serait aller à l'encontre de la raison d'être des médias : former l'opinion pour les intérêts de leurs commenditaires et des puissants en place. Chien de garde ne devient point chien courant s'il veut conserver le droit de bronzer sous les spots des plateaux de télévision.

Quant au comportement de l'UE face aux problèmes des migrants et du terrorisme, il est la preuve que cette UE n'est qu'un Marché très Commun, égoïste, veule, où le chacun pour soi l'emporte sur la solidarité. L'Europe est une dangereuse illusion dont l'existence à éclipses est porteuse de menaces pour notre satellite. Les peuples qui la composent auraient grand besoin de se ressaisir, de croire en eux-mêmes, de recouvrer cet humanisme libérateur qu'ils essayèrent d'infliger au reste du monde en colonisant des peuples qu'ils prétendaient inférieurs et dont le comportement était souvent bien plus moral et bien plus porteur de bonheur à défaut de modernité technologique. Nous risquons de payer cher notre égoïsme et notre arrogance.

 

Tout cela me chagrine et me met en rage.

Je suis tenté par la fuite, la mise en marge, et je me repose de toutes ces insanités, de ces petitesses, de ces mesquineries, de ces crimes, de ces stupidités, de ces combats de coqs, de ces comportements de gamins gâtés en cour de récré, de ces porte-couilles en furie pour atteindre le siège convoité de roi-président, en lisant le "Virgile", lu, revu et corrigé par ce filou de coquin de conteur que fut Jean Giono, décidément l'auteur qui m'a le plus apporté de bonheur de vivre. Un rêveur, un poète, un pacifiste, un menteur directement inspiré par les dieux autrement plus efficace et porteur de joie que n'importe quel autre anonyme écrivaillon de texte prétendument sacré.

 

Je vais sûrement bientôt refuguer, pour peu que le soleil soit de retour et que les températures soient de plus en plus tempérées.

 

 

 

 

 

 

 

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