Vegan ? Non ! Merci.

Qu’il faille que l’humanité diminue sa consommation de viande, soit ! C’est absolument vital pour sa survie.

Que cette nécessité soit accompagnée de toute une rhétorique sur la souffrance animale, la honte que nous aurions à consommer des viandes nécessairement mortes, parfois, que dis-je, trop souvent élevées et tuées dans des conditions indignes, gare ! Élevages industriels, abattoirs à scandales ne peuvent être soutenus et encouragés. Mais, de là à rayer de la carte une agriculture et un élevage respectueux de la terre et des animaux, je dis pouce !

Dois-je rappeler que la vie procède de la mort ?
Tout être vivant est condamné à devenir un prédateur, à ingurgiter du vivant qu’il soit animal ou végétal pour demeurer lui-même en vie.
Il existe suffisamment d’excellents documentaires animaliers pour nous décrire la réalité impitoyable de la Nature.
Les gros mangent les petits. Les très petits parasitent les gros. Les carnivores se servent des herbivores, et les plantes arrachent au sol les nutriments indispensables à leur croissance.
On sait qu’il existe aussi des plantes carnivores. Sont-elles comestibles ? Faudrait-il les faire disparaître ?

Pas de bactéries, pas de vers de terre, pas de champignons, pas d’humus. C’est qu’il s’en passe des vertes et des pas mûres dans mon potager, dans mon compost.

Que certains soient végétariens, soit ! Cela ne me dérange pas. Quoique, quand la famille se trouve réunie à table, je me vois obligé de faire des plats différents pour les uns et les autres. Question de respect, d’autant que mes petites-filles, ou ma belle-fille ont des arguments respectables, mais pas toujours raisonnables.
Si j’observe l’Inde, la majorité de la population est végétarienne. Ouf ! Mais si je considère les populations qui vivaient au nord du cercle polaire, elles avaient une nourriture quasi exclusivement carnée. Les trois fruits, trois légumes par jour… Pas possible. Or, depuis, qu’ils partagent notre mal bouffe industrialisée, ne pratiquent plus guère la chasse et la pêche, le diabète est apparu, ainsi que l’obésité. Merci au sucre, aux conserves, aux plats préparés et à l’alcool, généreusement vendus.

Peut-on vivre sans élevage, sans viande, sans œufs, sans laitages, sans poisson ? Oui !
Mais c’est oublier quand même que ce qui caractérise l’espèce animale que constituent les humains, c’est qu’ils ont su transformer une nécessité, l’alimentation, en art : l’art culinaire. Et ce n’est pas rien.
De même que le besoin de reproduction, l’accouplement, n’en déplaise aux religions du Livre qui ont le culot de rectifier la Création par leur complexe de prétendue supériorité morale, est devenu l’art de l’amour, l’érotisme qui transcende les instincts animaux et constituent une exaltation des sens. « Il faut que le corps exulte ! Ne pas confondre l’érotisme et la gymnastique, soit la pornographie ». Jacques Brel nous l’a chanté.

Cela fait quand même quelques millénaires que les humains sont omnivores. La prise de conscience de leur démographie exponentielle, liée à une surconsommation de viande, va-t-elle les conduire à se rapprocher des herbivores ? Qui sait ?

Mais l’élevage respectueux des animaux existe. Les paysages que nous admirons sont la création des hommes et de leurs animaux. Bien plus, l’entretien et la conservation de certaines plantes nécessitent la présence de l’élevage d’ovins qui piétinent et enrichissent la prairie. Pas de pâturage, plus de violette de Rouen, plus d’orchidées sauvages. Et zou ! Il n’y a pas que les espèces animales qui disparaissent. Et paradoxe, les deux sont liées.

En conséquence, la voie de la sagesse, nous indique qu’il faut, en effet, restreindre sérieusement notre consommation de viande, mais que la supprimer totalement, consisterait à faire disparaître toutes les variétés de bovins que des générations d’éleveurs se sont acharnés à créer. Rien qu’en France, il existe des dizaines de vaches, toutes différentes, menacées, à la fois par le profit qui n’aime tant qu’à éliminer celles qui rapportent peu et par cette mode, parfois khmer-vert, qui va jusqu’à ne plus manger l’un de nos 365 fromages.

Gardons nous de toute démesure.

Et un petit bonjour amical à Hypolite Varlin dont je biens seulement de lire l'excellent billet.

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