Nous vivons une époque passionnante !

A mon ami Vingtras qui fête ses 86 automnes, ce jour. Si ! Si ! J’adore ce moment que nous sommes en train de vivre. Cette incertitude. Ces peurs. Ces craintes. Ces contradictions. Situation cornélienne, tragico-comique. L’ Histoire hoquette. Je suis sûr que même les plus riches, ce 1% d’ultra-privilégiés de la planète commence à avoir des sueurs. Et cela, ça me réjouit.

Quand même, voir Carlos Ghosn en garde à vue, ça ne vous donne aucun frisson ? Moi, ça me réchauffe le cœur et l’esprit, même si je ne me fais pas trop d’illusions. Il va sûrement surmonter cet inconvénient. Ou alors, le Japon et sa justice donneraient une leçon de morale à l’ensemble des démocraties représentatives en prouvant qu’elle ne serait point une «justice de classe» comme les autres. Quasiment un début de révolution.

Et chez nous, si tout le monde n’est pas affublé d’un gilet jaune, 72% des sondés leur sont solidaires. Ils proclament trop haut et trop forts qu’ils ne font pas de politique, alors que leur action est éminemment politique. Quasi pré-révolutionnaire, dans la mesure où elle s’inscrit dans un désir de justice, d’équité, et de volonté de vivre, et non de survivre. Ce qui ne va pas sans contradictions : «on en a marre de payer des impôts pour des fonctionnaires qui ne fichent rien», « ce qu’on veut c’est que les services publics ne nous soient pas retirés !» «Quelle Terre allons-nous céder à nos enfants et petits-enfants ?» « On n’a pas les moyens d’acheter des bagnoles plus propres, ou de ne pas avoir de voiture !» «Macron démission !» Ben voyons ! Et qui à la place ? Marine Le Pen ? Dupont-Aignan ? J-L Mélenchon ? Tartempion, retraité des chemins de fer ?

Un peu confus, chaotique, mais pas plus que ce que l’Histoire de France a connu. C’est toujours du chaos qu’apparaît un semblant de construction nouvelle. Pas d’avancées sociales sans luttes sociales. C’est toujours le peuple dans la rue qui fait avancer le progrès social, si ce n’est le progrès humain. Et si j’en juge, aujourd’hui 26 novembre 2018, avec plus de huit jours de manifestations on ne déplore que deux morts et quelques centaines de blessés. Ouf ! Nous sommes loin des massacres de 1830, de 1848 ou de 1871. Et j’espère bien que l’on évitera cela, même si les images de Tien An Men sont dans toutes les mémoires.
Je vois mal un nouveau Buonaparte tirer à mitraille contre les manifestants. Le canon à poudre a été remplacé par le canon à eau. Progrès.
Mais les cadeaux fiscaux faits aux plus riches, retour des «privilèges». Retour en arrière. N’oublions jamais que la Grande Révolution a commencé à cause de l’iniquité de la répartition de l’impôt, avec la noblesse et le clergé dispensés de le supporter et l’Etat au bord de la faillite.

Tenez ! A propos de révolution justement. Avec les pollutions des océans qu’on ne peut plus cacher, avec celle de l’air que l’on ne peut plus respirer sans danger, avec la nourriture qui nous empoisonne à petites doses, avec la multiplication des cancers, des allergies, y compris chez ceux qui utilisent des produits phytosanitaires pour produire plus, pour gagner plus, avec la fonte des glaces, avec les tornades, les typhons, les cyclones, les sécheresses, les pluies toujours plus énormes, plus plus plus, on commence à prendre conscience que nous sommes bien entrés, TOUS, dans l’anthropocène. Cette nouvelle ère où les activités humaines modifient la vie du satellite Terre, d’où nous ne pouvons pas partir et que nous sommes en train d’épuiser, avec disparitions systématiques des espèces animales.
Or, nous sommes une de ces espèces. Nous nous révélons comme la plus dangereuse pour la vie sur terre. Et, n’en déplaise à quelques optimistes invétérés, nous pouvons dire que le système néo-libéral en place, nous conduit inexorablement à la disparition accélérée de l’humanité, même si celle-ci est, dans tous les cas, inéluctable.

 

Quoi faire face à cela ?

Deux solutions : continuer comme devant et advienne que pourra ; ou changer de comportement, de manière de vivre, accomplir un bouleversement radical de ce à quoi nous sommes habitués.

La première solution est la plus simple.

Elle est assez bien ancrée dans la plupart des cerveaux. C’est la négation de l’Histoire et le déni de la «lutte des classes» tels que définis par les économistes de l’école de Chicago et Fukuyama.
C’est le triomphe de l’égoïsme. «Après nous le Déluge !» Les générations futures ? Mais qu’est-ce qu’on en a à faire ? Elles se démerderont comme nous nous sommes gavés. Et puis la science....
Pauvre science ! Comme si ce n’était pas elle, justement, qui nous prouve que nous allons vers le gouffre. Alors continuons à rouler au pétrole, à nous déplacer en avion, à manger en décembre des produits qui ont parcouru un demi tour de planète. Vive le tout bagnoles, le tout transports routiers. Nous n’avons pas connu autre chose depuis que nous sommes nés. ON, le système consumériste, le capitalisme mondialisé a tout mis en œuvre pour qu’il en soit ainsi. Il n’y aurait pas de saine économie sans croissance infinie. Une absurdité que nous commençons à payer très cher.

Bien plus, la rentabilité des services publics est une priorité qui se paie avec l’appauvrissement de ceux qui les utilisent. Désertification des zones rurales, des petites villes. Concentration de l’enseignement, de la justice, de la police, des commerces, dans les villes moyennes et agglomérations urbaines. Que ceux qui n’ont pas les moyens ni l’envie d'habiter en ville crèvent ! Mais qu’ils ne comptent pas sur des services publics qui servaient jadis d’unité de la société ! Un seul et unique cri : le fric, le fric, le fric ! Et «divisons pour régner !» Et puis, qu’ils roulent à leurs frais !
La «Française des Jeux» privatisée est là pour leur donner un peu d’espoir à tous ces «misérables» sans emploi, aux fins de mois difficiles, à la perpétuelle fatigue, à l’angoisse entretenue par la précarité, les peurs de ne plus en avoir assez pour mettre du carburant dans la bagnole qui permet d’aller au boulot, la peur de ne pas pouvoir rembourser les traites de la maison, de la voiture, de l’électro-ménager, des abonnements à Internet, au téléphone, à l’électricité et même à l’eau et d’être saisi... Et il y en a même qui n’ont plus de maison, plus d’appartement, qui vivent dans leur bagnole. Oh ! Mais ils ont encore une bagnole...Eh, eh !
Les pauvres des pays riches sont encore plus riches que ceux des pays pauvres.
C’est peut-être pour cela que l’on voit arriver des terriens qui migrent d’un pays à un autre.

Et ce n’est que le début des grandes migrations.
Et là, je me marre. Jaune. Les pouces dans le gilet.

D’abord, parce que ces migrations sont la conséquence de quelques siècles d’exploitation des continents africain, moyen-oriental et asiatique.
Ensuite, parce que les guerres menées par l’URSS jadis, et par les USA, n’ont absolument rien réglé et sont même porteuses de haine contre l’Occident qui possède à son compteur, deux guerres mondiales dont une, atomique. Indéniable supériorité technologique de cette «civilisation occidentale judéo-chrétienne», mais absolue infériorité morale totalement méprisable.
La défense des intérêts économiques des pays riches l’a emporté sur les considérations humanistes en faisant évoluer la période coloniale en indépendance sous dépendance avec multiplication de régimes corrompus, dictatoriaux, garants des intérêts des anciens colonialistes. Pétrole, gaz, uranium, terres rares, or, diamants, minerais, forêts ne doivent point échapper à la rapacité des compagnies multinationales. La misère des peuples exploités fait la richesse des pays de l’hémisphère nord et contraint les plus courageux de ces damnés de la Terre à tenter leur chance dans les pays riches au risque de leur vie.
Les guerres au sein des populations menées par des groupes terroristes islamisés constituent la réponse à cette hégémonie des riches pays occidentaux, qui luttent contre ces groupes tout en les alimentant en armes de toutes sortes.
La guerre éternelle que constitue la guerre contre le terrorisme permet une surveillance accrue des populations des pays les plus développés, justifie une restriction des libertés et des droits fondamentaux, et une pression sur les salaires.
Sans parler des bénéfices du secteur militaro-industriel, de la concurrence des services de renseignements, et l’émulation des compagnies privées dans le secteur de la sécurité et de la défense. La lutte contre le terrorisme permet de surveiller les partis anti-capitalistes, écologistes, les syndicats, les habitués des réseaux sociaux avec une efficacité très relative si l’on considère le succès de cet appel lancé sur Facebook à dénoncer cette hausse ultime du prix du gasoil. Mais ne nous faisons pas d’illusions. A moins de passer par des réseaux cryptés, les GJ sont sur surveillance. Avec un temps de retard. Toujours, puisque tout cela se fait à la vitesse des transmissions. Un peu comme ces fluctuations boursières dévolues à des ordinateurs qui achètent et vendent à la vitesse de la lumière, 24 h/24, entre banques et selon des martingales imaginées par des économistes afin de permettre aux spéculateurs de s’enrichir en dormant le sommeil du juste.

Mais détournons l’attention des gens de ces pratiques si modernes vers des peurs plus faciles, en réveillant les instincts mauvais que chacun possède : la peur de «l’étrange étranger» comme l’écrivit J. Prévert.

D’où, un accroissement des peurs des populations menacées par l’arrivée de ces migrants, produite par le système néo-libéral, celui-là même qui a phagocyté tous les gouvernements et la majorité des institutions. Ce qui a eu comme principal effet une perte de confiance dans les élites, les partis politiques de gauche comme de droite qui ont trahi leurs électeurs et donc un dégoût des peuples à l’égard de la politique.
Le racisme, un moment honteux, a repris du pouvoir sur les citoyens les plus fragiles, non seulement en France mais un peu partout en Europe. Et d’aucuns s’avouent sans honte «racistes», ce qui est une renaissance bien triste désavouée par la grande majorité de la population toujours plus éduquée.
Cela permet l’arrivée de régimes dits «forts», un peu partout en Occident, un repli sur soi, un renforcement des frontières, une accumulation d’injustices et la mise sous le boisseau des principes des droits de l’Homme, que l’on ridiculise par d’odieux comportements à l’égard des plus pauvres, quelle que soit la couleur de leur peau.

Enfin, l’incapacité des pays riches à partager, à se transformer, à réviser leur manière de vivre, engendre le réchauffement climatique avec pour conséquence l’obligation faite à certaines populations de devoir migrer sous peine de mourir de faim, de soif, ou de noyade avec la montée inexorable des océans.

On aurait pu croire, qu’à l’heure de la conquête de l’espace, de la station spatiale internationale, les gens auraient compris qu’ils sont eux aussi les voyageurs d’un petit satellite d’un petit soleil perdu dans un univers dont peu semblent avoir le commencement d’un début d’idée de sa réalité, donc de son ampleur.
Quitte à inlassablement me répéter, les seuls étrangers que nous devons craindre seraient d’hypothétiques extra-terrestres qui, pour le moment, n’existent que dans l’imagination des auteurs de livres et de scénarios de S-F ou dans les esprits dérangés adeptes des complots en tous genres, et croyances à gogos.

Et après avoir rappelé cette vérité ultra-moderne, force est de constater que les habitants de cette planète tiennent absolument à demeurer divisés, repliés sur leur patrie, leur région, leur temple quelle que soit la religion qui y est pratiquée. Ces divisions, ces antagonismes, ces haines, ces nationalismes, ces concurrences, ces rivalités, sont les fondements sur lesquels reposent les oligarchies et les castes. Diviser pour régner. Ceux qui en subissent les conséquences néfastes sont les premiers à tomber dans le panneau.
Le pire qu’il puisse arriver aux castes supérieures serait une unité des castes inférieures contre les privilèges des puissants.

C’est pourquoi, les velléités de M. Macron à mettre en place une «armée européenne», constitue à la fois, (il aime cela) un défi et une vaste rigolade.
Est-ce vraiment par une armée commune qu’il faut commencer pour que les européens s’unissent ? Qui est prêt à mourir pour l’Europe qui n’a jamais été et qui demeure un Marché très commun et plus inique qu’unique ?
A moins que cette Europe se trouve un ennemi commun : les pauvres non-européens qui veulent leur juste part du gâteau. Et nous avons le thème de la peur des autres qui réapparait, le boulevard qui s’ouvre pour l’extrême droite, avec des penseurs agitant «le grand remplacement», ou des agitateurs d’inepties comme les Zemmour et autres Le Pen & filles. Sauf qu’eux sont anti-européens pur jus sauf si les partis d’extrême droite accèdent tous au pouvoir pour ressusciter une espèce de Reich des racistes pétochards.

 L’hypocrisie des technocrates et des élus européens est insupportable. Tout le monde, aujourd’hui, sait bien que les lois, les règlements, les taxes, les obligations qui nous tombent sur la tête proviennent des différents lobbys qui soudoient les représentants des peuples qui se sentent, à juste raison, trahis.
Alors, une armée européenne... Avec quelle langue commune si ce n’est le globish, soit la langue de l’ OTAN ? Une armée européenne qui interviendrait un peu partout dans le monde ? Qui déciderait de la politique étrangère de l’UE ? Déjà que les banques nationales ont vu leurs prérogatives tomber à une portion congrue, je vois mal les présidents, les premiers ministres et les parlements déléguer leurs pouvoirs au Président du Conseil de l’Europe.

Les allemands savent fabriquer d’excellentes armes, et les vendre, mais quant à les utiliser ailleurs que contre une attaque directe de l’Allemagne, pas question de compter sur eux. Leur mémoire collective les empêche d’envoyer la Wehrmacht jouer les envahisseurs au-delà de leurs frontières. Ou alors, discrètement. Incognito. Ou presque.
Les anglais sont sur leur île et immuablement tête de pont des forces américaines. Les armées du Bénélux paradent. Celles de l’Espagne, de l’Italie, du Portugal, de la Grèce savent défiler et participer parfois à des interventions de l’OTAN, mais piano, piano. Quant aux va-t-en-guerre nationalistes du groupe de Visegrad, ils ont à garder leurs frontières, pas question d’aller guerroyer dans une autre partie du monde.
Ne restent plus que les français. Peuple héritier d’un empire. Possédant des liens étroits avec les pays «indépendants» d’Afrique sub-saharienne où nous avons des intérêts économiques vitaux, ne serait-ce que l’uranium indispensable à nos vieilles centrales comme à celles que nous peinons à terminer.

Une époque formidable, je vous dis. Parions qu’au cours de la prochaine élection européenne, le thème central se fera sur le dos des immigrés, un moyen formidable pour ne pas parler des différences de niveau de vie au sein de l’UE et de repousser aux calendes grecques cette merveilleuse Europe unie et heureuse.

Une autre solution pourrait voir le jour.

Posséder un esprit européen, certains en sont capables. Il existe de plus en plus de couples mixtes européens. Multiplier les échanges linguistiques, obliger les jeunes à faire des stages dans plusieurs pays européens, constitueraient un moyen de mieux abattre les frontières. Mais on ne saurait donner un sens à cette Europe unie, qu’en en enseignant l’histoire faite de guerres, de deux suicides collectifs au cours des deux guerres mondiales, de remodelages des frontières au gré des caprices des princes et des sociétés capitalistes.

Une Europe unie des peuples passe par des salaires égaux d’un pays à un autre, par des lois sociales communes copiées sur les plus avantageuses aux citoyens, sur des coopérations plus que sur des mises en concurrence, sur une monnaie unique étendue à tous les membres, ce qui suppose des sacrifices des pays les plus avancés de l’UE en faveur de ceux qui ont pris du retard.
Il faudrait que se reproduise à l’échelle européenne ce que la RFA a réalisé pour la RDA lors de la réunification de l’Allemagne. Je n’entends aucun candidat proposer une telle démarche pourtant incontournable pour que l’UE soit une véritable puissance, ce que craignent d’ailleurs les USA, la Russie, la Chine et l’Inde.
Pas d’états-unis d’Europe, ce que souhaitait déjà Victor Hugo, sans un respect mutuel des états du nord et de ceux de l’est et du sud.
Certes, des progrès ont été réalisés, mais il n’en demeure pas moins que l’attitude de l’UE à l’égard de la Grèce et de l’Italie, confrontées aux arrivées de migrants, s’est révélée abjecte. La soumission des instances dirigeantes de Bruxelles à la doxa néo-libérale n’a d’égale que l’attitude anti-russe des pays jadis dans l’orbite de l’URSS et leur agenouillement devant l’Empire US, dont l’actuelle administration présente une menace pour la paix mondiale, dont ils seraient les premières victimes.
Et puis, n’oublions jamais que les différences de salaires, de protection sociale, d’imposition variable, permet des enrichissements des actionnaires des entreprises européennes qui jouent en confiant leurs productions et leurs transports aux moins disants, ce qui permet d’augmenter le chômage ici, et de réduire les salaires, de mettre à merci les syndicats, pendant que les travailleurs des pays de l’est européen, même avec des salaires moindres commencent à entrevoir un avenir meilleur.
L’internationalisme des riches est bien plus efficace et effective que celle des pauvres, pourtant bien plus nombreux et détenteurs réels du pouvoir s’ils s’unissaient.

Par ailleurs, on n’efface pas en quelques années plus de vingt siècles d’Histoire et il ne doit pas en être question.
Nul n’est prêt à abandonner sa langue maternelle, ses traditions, ses coutumes, son originalité, sa cuisine, sa manière d’aimer, d’engendrer et de mourir. Car tout est politique. Certes, des clichés stupides entretiennent des moqueries, des haines, des suspicions, des antagonismes multi-séculaires, mais pas insurmontables. Qu’on se souvienne comment la Yougoslavie, créée en 1919 a fini dans les années 90.
Or, l’arrogance et l’égoïsme des pays les plus riches à l’égard des états du sud et de l’est peuvent conduire à une implosion semblable.

Cela signifie qu’il faille enseigner à savoir vivre à la fois en tant que français, allemand, italien ET européen. Ce n’est pas pour rien que nos passeports sont nationaux et européens. Mais cela, la majorité de la population ne le sait pas puisqu’elle est souvent dépourvue de passeport et n’est même pas sortie des frontières de son pays d’origine. Il existe encore des millions de français qui n’ont jamais vu la mer ou la montagne. Alors, aller se promener en Europe...

L’augmentation du prix des produits carbonés, cette goutte d’eau qui a fait déborder le vase des inégalités et des injustices en France, pour le moment, n’est pourtant pas prête de baisser. D’aucuns opposent leur fin de mois à la fin du monde que le système néo-libéral nous inflige et que les plus lucides des chercheurs, des historiens, des économistes, des intellectuels et des citoyens rationnels dénoncent preuves à l’appui.

Nous sommes en train de vivre une période historique révolutionnaire.

Non pas seulement à cause des mouvements d’humeur des plus fragiles, mais parce qu’il est de plus en plus urgent de modifier complètement notre manière de vivre.

L’american way of life a fait son temps. Le capitalisme de la séduction, le consumérisme sont à enterrer pour être remplacés par une satisfaction raisonnée des besoins.
Cela va prendre quelques années et nécessitera une acceptation de la part des peuples.

Tous les secteurs économiques doivent être révisés. Notre quotidien va être bouleversé.
Pas la peine de paniquer. On ne retournera pas à la bougie et à la diligence. Mais il va falloir restreindre notre frénésie de déplacements. Nous refuser de consommer pour le plaisir de frimer en possédant le dernier gadget à la mode. Exiger que nos outils, nos engins, nos appareils soient réparables, et sans obsolescence programmée. Pas d’autre solution que de réutiliser des choses encore en état de fonctionner, d’être portées, avant usure définitive.
La mondialisation heureuse passe nécessairement par une satisfaction modeste de nos besoins. Il est devenu criminel de faire parcourir des milliers de kilomètres à des produits industriels, à des fruits et légumes, à des pièces mécaniques qui font gagner des millions à des actionnaires qui crachent sur les générations futures en vivant dans le déni.

Qu’est-ce que ce monde où des crevettes pêchées en Mer du Nord vont se faire décortiquer au Maroc pour être vendues à Amsterdam et venir abonder les étals de France et d’Allemagne ?
C’est quoi ce système où des porcs nés en France vont aller grossir en Allemagne ou en Pologne pour revenir dans les usines françaises où l’on fabriquera de la saucisse de Morteau avec du boyau venu de Chine ?
Idem pour les véhicules automobiles dont les pièces arrivent d’un peu partout, pour être montées dans des usines loin des consommateurs.

La rapacité des possédants est insatiable.

On le sait. Mais lorsque ce vice devient une menace pour l’existence même de l’humanité, elle relève de la cour d’assises.

Encore faudrait-il que les gouvernements possédassent une vision à long terme de l’avenir des peuples qu’ils ont à gouverner et soient moins obnubilés par leur propre réélection.
Encore faudrait-il que les citoyens l’emportassent sur les consommateurs et possèdassent les moyens de vivre décemment en s’intéressant plus à la politique.

Une redistribution des cartes, un new-deal pour parler gallo-ricain, s’avère indispensable. Les plus aisés, les profiteurs, mais aussi les classes moyennes hautes vont devoir en rabattre au profit de ceux qui sont en état de survie.
Cela passe par une baisse drastique des taux d’intérêt des prêts consacrés à l’amélioration écologique de l’habitat compensé par des taux plus élevés pour des biens relevant du luxe : voitures trop polluantes, bateaux de croisière ou de promenade, résidences secondaires, matériel de sport à risques, voyages d’agrément lointains...

Eh oui ! Les restaurateurs, les agences de voyages, les ports de plaisance, les stations de sports d’hiver ont du souci à se faire.
De toute façon, ces dernières subissent déjà les conséquences du réchauffement climatique, se montrent ultra-consommatrices d’eau et d’électricité pour suppléer au manque d’enneigement, en fabriquant de la neige artificielle, en multipliant les remontées mécaniques qui défigurent les paysages et dont les pistes massacrent les forêts.

On pourra toujours voyager, attention ! Le train n’est pas fait pour les chiens. Se déplacer à vélo possède des charmes infinis, comme descendre des rivières et des fleuves en canoë. La marche à pied est déjà très à la mode. Donc, rien de bien nouveau, si ce n’est la disparition de ces millions de bagnoles à l’arrêt dans les embouteillages des week-ends d’été ou des migrations vers les stations de sports d’hiver.

Ceux qui ont connu cela auront des regrets. Les autres, les jeunes, trouveront cela très naturel, comme de manger de la viande qu’une ou deux fois par semaine. Et même pour certains de ne plus en manger du tout, en oubliant que nous sommes des animaux omnivores depuis déjà quelque temps.

Sauver le satellite Terre, passe non seulement par une manière de vivre différente, reposant sur une sobriété heureuse, mais aussi sur un désarmement nucléaire et une démilitarisation des puissances.
Les arsenaux existant constituent avec les centrales nucléaires civiles, des menaces insupportables pour la survie de l’humanité. Tous les «spécialistes» honnêtes savent bien que ceux qui osent parler de nucléaire «propre» présentent les premiers symptômes d’une démence précoce. Nous ne savons pas quoi faire des déchets contaminés ultimes qui possèdent des durées de vie variables allant jusqu’à quelques siècles. Tel est le legs que nous allons transmettre aux générations futures qui nous haïront pour notre égoïsme criminel.

Enfin, si la courbe exponentielle de la teneur en CO2 de l’atmosphère commence au XIXe siècle avec l’ère industrielle, il faut aussi observer la courbe ascendante de la démographie mondiale.
Bien entendu, on assiste à des querelles «d’experts». Certains natalistes osent croire que la planète pourrait encore fort bien nourrir quelques milliards d’êtres humains supplémentaires sans souci, alors qu’un enfant meurt toutes les dix secondes de malnutrition sur cette planète. D’autres, nous alertent sur les conséquences de cette augmentation démographique qui ne peut se traduire que par un accroissement des pollutions en tous genres, par des famines à répétition, par des migrations de populations, par des guerres, voire par des épidémies salvatrices telles que l’on peut déjà les observer en Afrique.
Certes, l’urbanisation des populations et surtout l’éducation des garçons ET des filles agissent vers une stabilité de la population si ce n’est à son vieillissement. Mais une politique malthusienne me semble vitale si l’on ne veut pas faire disparaître l’humanité prématurément.


Oui ! Nous vivons une époque exceptionnelle.

Pour la première fois dans l’Histoire de l’humanité, celle-ci doit prendre conscience très rapidement de sa fragilité et de sa nocivité pour elle-même et le satellite qu’elle habite, due à la manière dont elle a mis en place un système libéral pas assez contrôlé et reposant sur cette croyance, irrationnelle comme toutes les croyances, que le marché peut s’auto-réguler naturellement.

Il est plus qu’urgent que les hommes et les femmes politiques se donnent les moyens de s’affranchir des ficelles tenues par les marionnettistes de la finance et se rebellent. A eux d’imposer au marché des lois et des règles nouvelles, à eux de mettre un terme aux détournements des richesses produites par la majorité des citoyens. A eux d’humaniser le système capitaliste sans pour autant tomber dans un système hyper-étatique ultra-fonctionnarisé.
Utopie ? Oui. Pour ceux qui croyaient jadis que JAMAIS l’homme pourrait voler ou aller dans la lune. NON.  Car les utopies d’aujourd’hui sont parfois la réalité de demain.

 

 

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