Auschwitz, retour sur quelques "détails" de l'Histoire.

 

 

Il y a 70 ans l'Armée Rouge entrait dans le camp d'extermination d'Auschwitz. Et hier, J-M Le Pen a été brûlé sans gravité par un début d'incendie accidentel dans sa demeure.

 

Oui ! Je sais ! C'est lourd comme du Charlie-Hebdo. Mais, il y a ceux qui ont de la mémoire, des fidélités et de la lucidité, et les autres, les hypocrites, les pressés, les chasseurs de scoops. Nous vivons dans un monde où un article chasse l'autre, où un évènement plonge dans le noir ceux qui illuminaient les unes d'hier. Vite, vite, vite !

 

"Plus jamais ça !" Le cri de ralliement des politiques et des braves gens.

 

C'est à cela que servent les commémorations, les voyages "zéducatifs", "le devoir de mémoire". Sauf que l'humanité, comme dans la chanson "a la mémoire qui flanche / Je n'me souviens plus très bien..."

 

Auschwitz Birkenau, c'est le miroir de ce que les hommes sont capables de mettre en place. Pas les autres. Nous. Vous. Moi.

 

Voir et revoir "La Vague", ce film où il est démontré que des braves gens peuvent en toute inconscience, faute d'éducation morale solide, devenir des bourreaux.

https://www.youtube.com/watch?v=uPic-Q4F38A

C'est fou ce que les humains sont capables de faire pour leur "plus grand bien". Nous portons en nous le mal, qui que nous soyons, et nous devons en être conscients, à tout moment, pour ne pas souffler dans le visage des autres les miasmes de ce mal.

Certes, ce n'est jamais que la conséquence de la Nature, telle qu'elle est et contre laquelle nous devons nous battre pour vivre. Lutter sans cesse contre tout ce qui nous agresse est la condition pour repousser notre propre finitude.

Car la vie procède de la mort.

 

Le simple fait de vouloir continuer à vivre fait de chacun de nous un prédateur obligé d'absorber du vivant, qu'il soit végétal ou/et animal.

 

Mais de là à considérer certains de nos semblables comme indignes de faire partie de l'humanité et tout mettre en œuvre pour les éliminer de la surface de la Terre, il y a eu une limite qui a été franchie par deux fois :

 

- la première avec l'industrialisation de la mort par les nazis au travers des camps d'extermination où juifs, tsiganes, communistes, homosexuels, malades mentaux ont été tués et brûlés;

- la deuxième avec les bombardements systématiques de civils par des bombes incendiaires puis avec les deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki.

 

Les uns et les autres ont agi avec de "bonnes raisons" : la purification de la race ( une totale absurdité dans la mesure où il n'y a qu'une seule race, la race humaine), et les autres "pour épargner la vie de nos petits gars" (choix égoïste que d'aucuns comprennent avec une larme à l'oeil).

 

"Plus jamais cela !"

 

C'est ce qu'ont cru les poilus de 14-18 persuadés d'avoir fait la der des der.

Or, dès la Libération de la France et juste après le 8 mai 1945, en Algérie, ce sont les massacres de Sétif, Guelma et Kherata :

https://www.youtube.com/watch?v=28GyxxRq6mU

 

Puis il y eut la guerre d'Indochine, la guerre de Corée, les révolutions avortées en Amérique du Sud et les guerres civiles où les USA placèrent leurs "dictateurs amis", la guerre d'Algérie, les guerres de décolonisation, la guerre du Viet-Nam, les massacres du Cambodge, les guerres d'Afghanistan, d'Irak-Iran, puis d'Irak, les guerres des Balkans puis aujourd'hui la Syrie, Daech, Boko Haram, l'Ukraine et encore et toujours des massacres, des viols, le long cri des hommes et des femmes qu'on tue au nom des dieux, au nom de la Liberté, au nom de la libre entreprise, au nom des ressources du sous-sol, et toujours avec des regrets et cette hypocrisie bien pensante qui couvre d'un voile rouge toutes les infamies.

 

C'est épuisant, fatiguant de continuellement faire attention à ne pas se laisser aller à la vengeance, à la haine, au mépris, au mal.

 

70 ans après, les Untermenschen, ces sous-hommes indignes de vivre, existent toujours.

Ils vivent sur les confetti de ce qu'il leur reste de territoires, ils sont quotidiennement humiliés, leurs maisons sont arrosées de liquides nauséeux, leurs oliviers sont arrachés, on capte et détourne l'eau indispensable à leur vie, on les maintient enfermés dans un vaste camp à Gaza, on leur rogne inlassablement le peu de territoires qui leur reste en multipliant les colonies que viennent grossir des juifs venus du monde entier.

 

Certes ! Pas d'industrialisation de la mort. Non ! Pas quand même ! Mais des bombardements, une torture collective pour rendre les palestiniens arabes, étrangers dans leur propre pays, pour les rendre fous, pour les inciter à risquer leur vie afin de mieux leur donner la mort après qu'ils aient commis des attentats suicides, des lancements de roquettes, des enlèvements qu'ils paient à chaque fois au centuple.

 

"Plus jamais cela !" vont psalmodier un rassemblement d'hypocrites représentants les "démocraties" de la planète. J'ai honte pour eux.

D'autant que citoyen de l'un de ces pays, je suis un peu complice de cette infamie puisque j'ai aidé à en élire l'un de leurs représentants.

Quand allons-nous avoir le courage de nous regarder dans le miroir, tels que nous sommes  et en tirer des conclusions pour enfin, apprendre à vivre ensemble ?

 

 

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