100e Anniversaire de la Commune de… Cronstadt

Au moment où la Russie en révolution fêtait le 50e anniversaire de la Commune de Paris, le pouvoir bolchevik écrasait la Commune de Cronstadt.

    Il faut rappeler que notre regretté Marc Ferro, en regardant les actualités tournées à Petrograd, soit Saint Pétersbourg, prises d’en haut avec vue sur la perspective Nevski, en enfilade et les manifestants qui défilent, s’aperçut qu’au fil des jours, de février à octobre 1917, les manifestant sont essentiellement composés de soldats, de petits bourgeois, de femmes et de moins en moins d’ouvriers qui se contentent de regarder passer la manifestation.

    Conclusion logique, n’en déplaise aux marxistes pur jus, la Révolution d’Octobre ne fut pas le fait de la classe ouvrière comme prévu par Marx et Engels, rectifiés Lénine. Constation qui relève quasiment du blasphème et coûtera cher à Marc Ferro auprès de ses confrères marxisants qui le considéreront toujours plus ou moins comme un renégat. Ben oui ! Les documents historiques sont là. C’est chiant ! Mais à moins de les effacer ou de les torturer comme dans « 1984 », l’honnêteté intellectuelle oblige à réviser ce que l’on croyait juste.

    Que s’est-il passé ? De février à octobre, en s’inspirant de la Commune de Paris, naissent un peu partout, dans les casernes, les ateliers, des « soviets », soit des « conseils » composés de représentants élus par la base, révocables, responsables, et qui doivent se coordonner avec les autres soviets de la ville, des villes, du pays.
    
    Révolution anarchisante donc, populaire, respectueuse de la démocratie, authentiquement révolutionnaire, dans la mesure où c’est de la base et pour la base que travaillent ces élus.
    
    Ah ! Mais ce n’est pas comme ça que c’était prévu selon les théoriciens du socialisme « scientifique » ! Halte là ! 
    Le parti bolchevik dirigé par Lénine, revenu de Suisse grâce aux services secrets allemands, et Trotski à la tête de l’armée rouge en cours de construction n’ont qu’une idée : mise en place de la « dictature du prolétariat ». Soit le remplacement du tsarisme par un autre totalitarisme. 
    Obéissance absolue au parti bolchevik, lutte contre les « démocraties bourgeoises » qui tentent d’envahir la Russie pendant que les aristocrates et leurs supplétifs, orphelins du tsar, mènent une contre-révolution implacable. 
    Alors les soviets, avec leurs discussions, leurs palabres, leurs envies de liberté, de destruction de l’Etat… non mais ça ne va pas la tête ? 
    
    Et c’est ainsi que nos voisins russes n’ont toujours pas connu les joies de la démocratie quelle qu’elle soit ! Le poutinisme n’étant jamais qu’un retour à une forme de tsarisme plus ou moins électif, béni par l’Eglise orthodoxe, réactionnaire et nationaliste. Les opposants ne peuvent être que manipulés de l’extérieur, et surtout se comportent en quasi apatrides, anti-russes, mécréants.

    Mais revenons en 1921, le plus beau dans cette lutte de la marine de Cronstadt qui vient aider les grèves qui se déroulent à Saint Pétersbourg, c’est qu’il s’agit de cette même marine qui sera glorifiée par sa mutinerie en 1905, par le film d’Eisenstein « Le cuirassé Potemkine », un chef d’œuvre du cinéma muet, et chanté avec talent par notre ami et camarade Jean Ferrat.
    Et le cuirassé  Aurore est entretenu à Saint Pétersbourg, témoin de la Révolution de 1917 « gloire et honneur » comme le proclama Léon Trotski. 
    Sauf qu’en 1921, ces mêmes marins, qui viennent défendre les soviets et les grévistes, se doivent d’être remis à leur place. Des mutins contre le pouvoir en place, soit le parti bolchevik. On leur enverra l’armée rouge bien encadrée par les kapos bolcheviks, baptisés « conseillers politiques », mais en réalité, flics appointés au parti, ayant droit de vie ou de mort sur tout citoyen russe. 

    Pour les anarchistes, Trotski qui commanda la répression y gagna le surnom de « Gallifet de Cronstadt » en référence à notre Gaston Gallifet, massacreur de notre Commune parisienne. Les anarchistes sont décidément incompatibles avec quel que régime que ce soit. Cette lutte des bolcheviks contre les anarchistes, on la retrouvera en Catalogne, au moment de la guerre civile espagnole.

Plutôt Franco que le Poum !

Merci qui ? Merci" le petit père des peup' " !

    ( Lire Alexandre Skida « Kronstadt 1921. Soviets libre contre dictature de parti ». Spartacus Paris 2017) 

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