Avenir de l'humanité ou avenir du capitalisme ?

Au regard de ce que nous vivons, on est en droit de se poser la question de savoir si le capitalisme a encore de l’avenir. Constatation qui peut paraître naïve mais qu’il serait criminelle de ne pas poser. Pour tenter d’y répondre faisons le bilan et proposons quelques éléments de sortie possible.

   Quelle est la finalité du capitalisme ?
    Accumuler du capital. 

    Comment ?
    De deux manières : 
    1°) en investissant dans des machines et de la main d’œuvre qui fabriqueront de la valeur, en plus des objets ; 
    2°) en jouant avec l’argent selon des principes variés et des martingales plus ou moins savantes, soit la financiarisation du capital.

    Quelle contradiction observe-t-on ?
    Les intérêts des détenteurs de capitaux sont antinomiques avec ceux des salariés, qui créent de la valeur, ce qui peut conduire à une remise en question du système, dans la mesure où il crée à la fois de la richesse pour un petit nombre, et de la pauvreté pour le plus grand nombre, avec le sacrifice de salaires presque corrects pour les couches intermédiaires qui constituent ce que l’on désigne par couches moyennes et qui sont les alliés objectifs du système en place.

    Comment peut-on surmonter cette contradiction ?
    En payant bien ceux qui encadrent la production de valeur, en faisant fluctuer les salaires en fonction du taux de chômage, en transformant les citoyens en consommateurs, selon les vieux principes fordistes : « Je paie bien mes ouvriers pour qu’ils puissent acheter les voitures qu’ils construisent ». Principe aujourd’hui remis en question par l’arrivée des automatismes et de la robotique. 
    Mais surtout, il faut séduire et casser l’idée même de cette contradiction en persuadant les exploités qu’ils ont des intérêts communs avec leurs exploiteurs. 
    
    D’où la nécessité de mettre sur le marché des produits renouvelés et parfois inutiles, mais à valeur sociétale élevée, marque de la réussite sociale (montres, stylos, voitures, fringues de marque etc) et la solidarité indispensable (sic) entre le patron et ses salariés. Valable dans les petites entreprises, dangereuse lorsque ce sont les actionnaires, les fonds de pension qui se révèlent les vrais décideurs. Alors tous les salariés, du balayeur au directeur ou chef d’exploitation, deviennent des variables d’ajustement, perdant ainsi toute humanité. Telle est la « morale » dominante du capitalisme triomphant.

    D’où cette légende d’une lutte des classes qui serait devenue totalement obsolète alors qu’elle n’a jamais autant fait rage. 

    Car, quoi qu’en dise la meute des « chiens de garde » du système capitaliste qui gagne peu et perd même parfois de l’argent avec les médias dans lesquels, il a investi, la société est divisée en classes sociales aux intérêts contradictoires. Mais le tout est gentiment touillé dans les démocraties bien plus bourgeoises que démocrates.
    
    Depuis les années 80, on a redistribué la production des biens de consommation, liée à la nécessaire division du travail,  à l’échelle planétaire, fabricant là où la main d’œuvre est la moins chère et la plus soumise, ce qui signifie souvent, bien encadrée, bien surveillée et écrasée par le talon de fer d’une dictature et des donneurs d’ordre. D’où les délocalisations, le basculement vers la Chine et l’Extrême-Orient, et une décomposition des syndicats revendicatifs français qui, lutte après lutte, ont perdu la partie pour ne plus rien représenter si ce n’est à la marge. Les capitalistes en place, tout comme leurs marionnettes politiques, ne cèdent plus grand chose quant aux revendications légitimes des syndicats. D’autant que certaines centrales, dites consensuelles ne sont jamais que des syndicats patronaux, parfaits défenseurs de la philosophie du capitalisme qu’il ne remettent absolument pas en cause fondamentalement. La CFDT est l’interlocuteur privilégié du Medef et des gouvernements, depuis qu’il arrive à FO d’avoir des velléités de remise en question du système exploiteur.

    Bien ! Abandonnons ces considérations et observons les faits. Il n’y a que cela qui compte. Les faits, les faits et encore les faits.

    D’abord, bien avoir à l’esprit que nous sommes TOUS, que ça nous plaise ou non, des terriens, soit des voyageurs embarqués le temps de leur vie sur un petit satellite d’un petit soleil.
    J’insiste ! Il est absolument nécessaire d’avoir conscience de cette condition humaine si l’on veut comprendre ce qu’il nous arrive. 

    Ensuite, il n’y a pas de planète de rechange, sauf pour les amateurs de S-F, et les milliardaires à la Musk qui envisagent de fuir la Terre qu’ils auront rendue inhabitable. Considérons les délires de ce milliardaire pour ce qu’ils sont : un aveu, qu’après avoir mis au pas les classes travailleuses, la planète ne sera bientôt plus vivable.

    Pourquoi ?

    Le système capitaliste repose sur la croissance infinie. Il faut accumuler du capital, s’enrichir perpétuellement, l’argent doit faire de l’argent sinon c’est la guerre sous toutes ses formes. Voir l’importance du secteur militaro-industriel à l’échelle planétaire avec une tentative d’exclusivité de l’arme atomique entre les mains de certaines puissances qui s’entendent pour ne point trop élargir le club. 
    Tout le monde sait que les sommes investies dans la mort pourraient effacer la malnutrition et l’extrême pauvreté. Oui, mais du coup, ce serait encore plus d’êtres humains sur le satellite. Donc, on n’aide les plus pauvres que lorsque l’on ne peut plus écouler ce que l’on produit, histoire de se donner bonne conscience ou plutôt de faire croire que l’on a encore une conscience.
    
    Le capitalisme a d’ailleurs pris l’habitude de régler ses dérèglements par la guerre avec, à son actif, deux guerres mondiales et avant la prochaine ou plutôt l’actuelle qui prend des aspects différents de ce que nous avons connu, des guerres dispersées un peu partout en Asie, au Moyen-Orient, et surtout en Afrique. 
    Derrière ces guerres, il y a bien sûr le contrôle des matières premières indispensables au développement industriel et la consommation de la production d’armes lourdes et légères, qui permettent des entrées de devises qui équilibrent un peu nos sorties. 
    L’Arabie saoudite, en dépit de son wahhabisme, de son aide aux extrémistes islamistes, de sa guerre au Yémen demeure un allié des States, donc de la France qui lui vend de quoi martyriser les yéménites. 
    
    Tout pays démocratique, dont le peuple, par une élection,  se donne un gouvernement qui ose remettre en question le système capitaliste et l’hégémonie des USA, son principal représentant, sera déstabilisé et son gouvernement renversé par tous les moyens.
    
    Les exemples les plus fameux sont la chute d’Allende, les coups d’état dans les pays d’Amérique du Sud et Centrale, le soutien des si humanistes démocraties libérales à tous les dictateurs et potentats amis. 
    Plus près de nous, souvenons-nous comment la Grèce a été traitée, au sein même de cette UE, si rigoureuse avec la dette des pays qui auraient du mal à rembourser jusqu’à ce que le Covid remette en question, la rigueur francfortienne dans un « sauve qui peut général ». Mais avec l’intention de rembourser. 
    Du moins, faut-il le proclamer haut et fort même si chacun sait que ce ne sera guère possible sans augmentation magistrale de la misère dans les pays riches. 
    
    Par conséquent, la preuve est donnée qu’en réalité la démocratie bourgeoise n’est qu’une illusion. C’est une forme atténuée de dictature qui, d’ailleurs, le devient vraiment dès que les citoyens désirent prendre leurs affaires en mains et humaniser l’économie réelle. 
    Les GJ éborgnés, aux mains arrachées, emprisonnés, poursuivis, condamnés l’ont vécue dans leur chair. Les suspicions à l’égard des volontaires anti-daesh de retour du Kurdistan syrien et/ou irakien la vivent.
    Mais c’est valable pour toutes les victimes qui réclament plus de justice, d’égalité, de respect. 
    Les luttes des gens de couleurs contre le racisme, les luttes des féministes sont aussi des luttes contre ce système inique qui joue sur les inégalités, sur les différences, sur les divisions, en mettant tout en œuvre pour que les masses s’étripent entre elles.
    
    C’est pourquoi, les fascismes renaissent un peu partout in the world. Ils sont la phase ultime de la démocratie bourgeoise acculée dans ses contradictions et surtout qui commence à comprendre que son idéal devient suicidaire dans la mesure où la couche gazeuse qui entoure le satellite est commune à tous ainsi que les océans.

    En effet, l’augmentation exponentielle de la démographie, même si elle est freinée par la scolarité des filles et l’accès aux moyens contraceptifs, liée à la juste revendication de vivre confortablement, conduit à une production de gaz à effet de serre qui va bouleverser la vie de millards d’êtres humains qui vivent à proximité des rivages côtiers et des fleuves par élévation des océans. 
    Tous les météorologues s’accordent pour reconnaître une amplification des phénomènes météorologiques : cyclones plus violents, sécheresses plus longues, inondations plus intenses… Les reportages sur la Californie en flammes, le Texas gelé et enneigé, l’Australie en flammes puis inondée sont autant de preuves que continuent à nier certains climato-sceptiques qui sévissent au plus haut degré de responsabilité : hier et peut-être demain Trump, aujourd’hui Bolsonaro, auquel il faut ajouter l’hypocrisie de la France et de l’UE qui « communiquent », belles déclarations, belles signatures, embrassades et lois édulcorées pour ne point chagriner « la sainte croissance » des bénéfices. 
    Auquel vient s’ajouter l’épuisement des « soutes du satellite », à savoir les réserves minières non-renouvelables. Enfin, la pollution des océans, la destruction des forêts, la disparition des espèces animales et la mise en contact des humains avec des espèces sauvages contagieuses porteuses de virus sont l’aboutissement de ce système frénétique d’accumulation de capital. 
    
    La pandémie de Sars-Cov-2 sert de révélateur à cette réalité. Or, il n’y a pas pire qu’une bête prédatrice acculée pour se défendre jusqu’à la mort en entraînant tout le monde dans sa folie. 
    Les populations ont le devoir de se prendre en mains. C’est ce à quoi l’on assiste un peu partout dans tous les secteurs et dans tous les pays. 
    Mais au fur et à mesure que le système dominant se trouve menacé, égratigné, il envoie ses polices et son armée, abattre, emprisonner, torturer, et même bombarder des villes. 
    Le plus bel exemple étant la situation syrienne. Le Liban, à côté, est dans l’effondrement, l’Egypte en état de dictature amie, la Libye en ruines, et les pays de l’UE sous haute surveillance avec des projets de reconnaissance faciale, de surveillance des moyens de communication, des couvre-feu, des interdictions de toutes sortes, des mises en danger des populations pour que l’économie ne s’arrête surtout pas ! 
    
    Certes, pour éviter le crash et surtout les masses dans la rue, les vannes des indemnisations, des prêts, des compensations ont été ouvertes. Même M. Biden aux USA, a des réminiscences rooseveltiennes. C’est dire ! Maiday, maiday ! Le virus, qui se fiche pas mal de la fortune de ceux qu’il attaque, menace le beau système qui l’a engendré. 
    Camouflage et contre-attaque s’imposent. Il faut qu’avant les prochaines échéances électorales, les citoyens soient absolument persuadés que la capitalisme mondialisé et financiarisé n’y est pour rien et, bien plus, qu’il a tout fait pour amortir les dégâts. 
    
    Entreprise difficile, d’aucuns ont choisi de cajoler l’électorat le plus âgé puisque réputé le plus conservateur. (Je pouffe en ce qui me concerne). Mais surtout, tous les citoyens à peu près conscients savent qu’ils paient trente ans de démantèlement du service hospitalier, la mise à bas de toutes les avancées sociales obtenues au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, (merci Medef), et qu’il semble bien qu’en dépit de cela, les gouvernements actuels continueront leur travail de sape et de rejet de tout syndicat, de tout parti qui pourrait entraver la marche vers la privatisation totale des services publics hors les services ministères régaliens de l’Intérieur, de l’Economie, de la Défense qu’on n’ose plus appelé Armée, et de la Justice… 
    Bien em… celle-là quand elle fait honnêtement son travail selon les principes révolutionnaires de l’Egalité de tous devant la loi. Quel scandale ! (voir Sarkozy pris la main dans le sac et se déclarant victime, ou la nomination d’un ministre de la Justice ex-avocat impliqué dans des affaires en cours). C’est beau, c’est grand, c’est macronien !
    
    Le respect des lois, la tolérance zéro, la chasse aux délinquants ne sont valables que pour les petits, les colorés, les quartiers, les zadistes et autres anars, et black-blocs ou G.J. Le crime et les malversations en col blanc se doivent d’être traités avec lenteur et délicatesse.

    Une fois établi ce tableau non exhaustif, que faire ?
    
    Croire qu’un bulletin dans l’urne va changer les choses et permettre l’arrivée d’un gouvernement totalement différent qui oserait s’attaquer au fondement même du système dominant, c’est aller à Lourdes en priant le Père Noël. 
    
    Croire que les privilégiés vont admettre sans rechigner qu’ils ont perdu la partie et qu’en effet, il serait souhaitable qu’une abolition de leurs privilèges, une diminution de leur fortune, un rapatriement de leurs avoirs depuis les paradis fiscaux sont tout à fait compréhensibles puisqu’ayant été défaits démocratiquement, c’est mettre un cierge à Saint Antoine.
    
    Que reste-t-il ? Tenter de coordonner toutes les luttes. 
    Descendre dans les rues ? Pourquoi pas, mais ça pue le gaz et les LBD, ça décoiffe. 
    Par contre, encombrer les serveurs des institutions, hacker les postes de commandement, occuper son bureau, son entreprise et exiger un changement radical, allient nouveauté et tradition. 
    Ensuite, étatiser les entreprises clés, banques, assurances, centres de distribution, possible.
    Mettre en place un salaire minimum pour tous à partir de 18 ans, faisable. 
    Nationaliser toute propriété d’un responsable économique qui aurait fui à Coblenz ou ailleurs, ça s’est déjà fait. 
    Récupérer les infrastructures auto-routières que des gouvernements de traîtres ont bradées au privé sans indemnisation, c’est la moindre des choses.
    Convaincre police, gendarmerie, armée qu’ils se doivent d’être aux côtés du peuple d’où ils sont issus, c’est déjà arrivé. 
    S’organiser en communes libres qui se fédèrent, pas impossible.
    Sortir de l’UE telle qu’elle est, indispensable. 
    Généraliser cette sortie en reconstruisant une Europe des peuples, souhaitable. 
    
    Non, le plus difficile, ce sera de convaincre les citoyens eux-mêmes qu’ils ont le pouvoir souverain des masses, qu’ils sont les plus nombreux, que, sans eux, le système s’effondre et qu’ils ont le choix, ou continuer à vivre enchaînés par un système qui les broie, ou imaginer une autre société, qui ne sera jamais parfaite, mais qui pourra être un peu plus équitable, un peu plus juste, un peu plus respectueuse de l’environnement quitte à moins consommer pour ceux qui avaient les moyens de consommer frénétiquement. 

    Et puis, avouons-le, faisons-le connaître, inscrivons-le dans les esprit : la pandémie de Covid est une occasion à ne pas rater. C’est le moment de refuser de continuer à vivre COMME AVANT. 
   

D’autant que cette épidémie en annonce d’autres. Il est probable que la fonte du permafrost va libérer d’autres virus, d’autres bacilles, de nouvelles bactéries et que l’actuel virus va continuer de muter, de s’adapter puisque, comme tout organisme vivant, il sait que l’adaptation c’est la vie.


Ces quelques lignes ont été inspirées par les articles de Médiapart, du Monde et du Monde Diplomatique ainsi que les ouvrages de Frédéric Lordon, Giorgio Agamben, Bernard Friot, Hervé Kempf, Didier Fassin… qui ont donc alimenté les « naïvetés » qui précèdent. 

    
    

    

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