LA CIBLE PERMANENTE

Dans un monde médiatique où une information chasse l’autre, où l’on s’attarde le plus souvent sur la superficialité des choses, où le journalisme d’investigation surnage avec peine alors que son avatar qu’est le « micro-trottoir » déferle sur nos écrans, où tout est fait pour que l’essentiel s’oublie, soit tu ou transformé, il est curieux de remarquer qu’un homme politique fait l’objet d’un soin..

Dans un monde médiatique où une information chasse l’autre, où l’on s’attarde le plus souvent sur la superficialité des choses, où le journalisme d’investigation surnage avec peine alors que son avatar qu’est le « micro-trottoir » déferle sur nos écrans, où tout est fait pour que l’essentiel s’oublie, soit tu ou transformé, il est curieux de remarquer qu’un homme politique fait l’objet d’un soin particulièrement attentif consistant à lancer constamment contre lui des attaques dans le registre du dénigrement de sa personne tendant à donner de lui une image peu amène, mais qui en réalité ont pour objectif de dénaturer voire caricaturer les positions de fond et les choix stratégiques qu’il porte. Ces attaques, menées par ses adversaires, parfois et de plus en plus par ses alliés ou supposés tels, méticuleusement relayées et amplifiées par le Média’Orchestra, sont d’une bassesse, d’une violence et d’une mauvaise foi inouïes. Vous avez sans doute deviné de qui il s’agit… de Jean-Luc Mélenchon bien évidemment.

 

Nous pouvons d’ores et déjà établir un relevé conséquent  de ces attaques purement politiciennes dont l’objectif demeure essentiellement d’écarter la seule alternative qui d’une part remet fondamentalement en cause le système et d’autre part ouvre vers d’autres pratiques politiques et d’autres horizons sociaux, environnementaux, économiques et institutionnels que les partis anciens ne peuvent tolérer. Listons :

 

1-Il propose sa candidature pour 2017 : il est l’objet d’une risée médiatique qui le taxe d’homme seul, de bonaparte alors que le PCF  se joint à ce dénigrement au motif qu’il n’a pas été entretenu de l’initiative, PCF qui par ailleurs ne semblait pas abandonner son arrimage au PS et dont les cadres vont rapidement rejeter tout soutien à cette proposition de candidature « césariste » ! Il faut se rappeler qu’entre 2012 et 2014/15, face à la catastrophe stratégique et de fond qu’était devenu le Front de Gauche totalement illisible pour cause d’alliances à géométrie variable initiées par le PCF et uniquement destinées à tenter de sauver pour son compte quelques places dont beaucoup  du reste furent perdues (élections intermédiaires), JLM, parce qu’il avait analysé avant tout le monde ce qui allait advenir et a tenu un discours clair et cohérent, fut dénigré non-stop par son ancien allié et par l’ensemble de ce qui se prétendait toujours la gauche, PS en tête.

JLM, l’homme seul qui allait rapidement voir des centaines de milliers de citoyens soutenir sa proposition de candidature, avait déjà anticipé les lenteurs et surtout les pièges des accords d’appareils par ailleurs discrédités auprès de et rejetés par l’opinion.

Aujourd’hui la réalité lui donne raison.

 

2-Arrive la séquence des primaires : on peut se reporter à l’analyse que j’avais déjà développée dans quelques articles précédents sur l’inanité, la dangerosité et la perversité de cette « consultation », déjà illustrée par certains pontes du PS appelant, lors de la primaire de droite, les électeurs de gauche à voter Juppé pour éviter Sarkosy, on sait ce qu’il advint.., la stratégie de la défaite volontaire et admise sans combattre était enclenchée. JLM et son équipe avait déjà dénoncé le principe même de la primaire et cette pratique propre aux tricheurs patentés de tripots clandestins. Arrive la primaire du PS dite de la Belle Alliance Populaire, et voilà que, malgré l’analyse et la démonstration imparables de JLM qui en toute logique refuse de participer à une telle pitrerie, le grand orchestre médiatique et politique de la soit disant gauche tombent à bras raccourcis sur JLM en le sommant de participer à cette comédie. On échafaude même une sorte de comité de bien-pensants de « gauche » plus ou moins intello pour faire croire à un souffle démocratique dont il serait suicidaire de se départir. Et voilà que réapparaissent les dirigeants du PCF qui, malgré la décision de leurs adhérents de soutenir, contre le vote de leurs cadres, la candidature de JLM, replongent dans leurs atermoiements insupportables pour tenter de soutenir cette idée de primaire tortillant du popotin entre les différentes configurations qui se sont succédées et dont ils n’étaient en rien maitres. Bref, aujourd’hui on se rend compte que les évènements ont montré combien JLM avait eu raison de ne pas s’inscrire dans cette galère.

 

3-Succède à cet épisode agité le résultat de la primaire du PS. Hamon est élu candidat du PS à la présidentielle. Et voilà la machinerie médiatique et politique repartie dans sa mission d’exploser JLM : toutes les stupidités argumentaires sont de nouveau de sortie (la légitimité de 2 millions de personnes -sur 47 millions d’inscrits-, la dynamique qui va automatiquement se déclencher en faveur de ce candidat, les sondages « bidons » qui donnent Hamon à 16-17% et JLM retombant à 10%), bref l’armada socialiste qui ne sait pas encore qu’elle va être emportée par une tempête jusque-là inégalée et qui ne comprend pas que les citoyens ont voté contre Valls plus que pour Hamon, se jettent, avec l’appui médiatique, à pieds-joints sur JLM, le sommant de se ranger derrière le candidat « légitime » et placé largement devant par les sondages. Le refus ferme de JLM justifié par une analyse de haute tenue de la société française à l’égard du politique et aussi et surtout de l’état de délabrement éthique et idéologique du PS que tous les commentateurs aux ordres s’abstiennent de décliner comme contre argument, déchaîne contre lui une violence rarement atteinte ; il est désigné par avance comme le responsable de la défaite de la gauche par ceux-là mêmes qui l’avaient déjà actée depuis la primaire de la droite en ayant appelé les gens de gauche à voter Juppé, futur président. Oups !!

Les dirigeants PCF participent allègrement à l’hallali malgré leur soutien contraint par les adhérents et ambigu par la formulation donnée au vote de ces derniers. Ils ajoutent à la confusion en prétendant pouvoir favoriser l’introuvable accord, encore et toujours entre appareils. Ils auraient bien changé de candidat mais aller contre leurs adhérents était impossible, alors ils dansent la valse-hésitation jusqu’à faire le chantage aux parrainages. Mais dès que les sondages vont donner JLM largement devant Hamon ces mêmes dirigeants communistes ne vont pas hésiter à décréter JLM comme le seul espoir pour la gauche ! Oups !!

Les résultats montreront que JLM avait eu encore une fois raison dans l’analyse politique. Ils montreront aussi l’énorme responsabilité de Hamon dans l’absence de la gauche au second tour par le maintien inconsidéré de sa candidature alors que les proches de son équipe lui demandaient de se retirer au cours de la dernière semaine avant le premier tour. Le comportement girouette de la Direction et de nombreux cadres du PCF n’a pas non  plus été étranger au loupage de justesse du second tour.

 

4-Le mouvement France Insoumise est basé sur les fondations contraires aux vieux appareils dont notamment les sommations de toutes sortes. C’est un mouvement au fonctionnement essentiellement horizontal et autonome dont les membres se considèrent adultes et aptes à prendre leurs décisions sans être chaperonnés. C’est ainsi qu’au soir du premier tour je n’ai pas été choqué que JLM n’ait pas édicté un choix ou fait part du sien à ses 7 millions d’électeurs. C’est le contraire qui m’aurait contrarié. Non, les injonctions ou consignes de vote, y compris quand on les nomme hypocritement « indications », ne sont plus de mise et même apparaissent insupportables aux yeux des citoyens. Ce sont des pratiques qui font partie de l’ancien monde. Par contre les appels précipités à voter Macron notamment par ceux qui sont sensément profondément ancrés dans la vraie gauche m’ont irrité. Tous ces responsables qui ont largement contribué à éliminer la gauche du second tour, qui ont pris des mois pour ne soutenir que du bout des lèvres JLM, non seulement se sont précipités à appeler à voter Macron mais se sont tout aussi précipités à attaquer voire à injurier JLM. Ce dernier a très bien compris l’état d’esprit des insoumis et son attitude au soir du premier tour incluait bien évidemment cette dimension. Il était hors de question qu’à la veille quasiment des législatives notre porte-parole  alimente une division. Le seul point vraiment rassembleur était le rejet du vote FN, ce qui a été affirmé sans surprise. Là encore JLM a eu raison n’en déplaise à tous les cassandres, le résultat de la consultation ayant montré un certain équilibre entre les 3 propositions de vote (Cf mon dernier article qui traite de l’inanité du « faire barrage au FN » si les politiques menées ne ferment pas le robinet qui alimente le FN)

 

5-Enfin, le dernier exemple en date qui montre l’association médiatico-politique dans le ciblage permanent de JLM : sa candidature dans la 4ème circonscription de Marseille. Les orgues se sont de nouveau déchaînées en l’accablant de tous les maux et de toutes les lâchetés, ces gentillesses venant de politicards se sentant soudainement en danger et peu recommandables tellement ancrés qu’ils sont dans le fromage politique marseillais des combines de toutes sortes dans le cadre d’un clientélisme mortifère pour la ville et ses habitants. Les réactions ad hominem de Menucci et la « grande » manifestation des élus de droite (ils étaient 5 ou 6) sur le Vieux-Port pour contester la candidature de JLM à Marseille illustrent parfaitement le fait d’une incontournable nécessité de ventiler ce microcosme d’entre soi qui tue notre ville. Que Mélenchon soit notre mistral politique pour aérer cette atmosphère rance et puante !

Pour masquer la défense de son pré carré, Menucci la joue local-bocal et attaque JLM sur son manque de courage parce qu’il ne va pas affronter un FN fort ailleurs. L’élu socialiste qui a perdu « tout seul » sa mairie d’arrondissement en 2014 et qui a, soit dit en passant, favorisé l’élection du maire FN Ravier dans les quartiers Nord en refusant les alliances nécessaires, ne sait sans doute pas (oh si pourtant !) qu’une législative est une élection nationale pour un mandat national dont le titulaire vote des lois pour la France et contrôle le gouvernement du pays. En aucun cas ce scrutin ne s’inscrit dans le local-bocal sauf à considérer le clientélisme comme l’alpha et l’oméga du rôle de député. C’est bien le cas, hélas, de Menucci. Par ailleurs ce dernier qui déblatère sur le courage de JLM fait partie de ceux qui, avec d’autres de ses amis influents, ironisèrent quand JLM alla affronter Marine Le Pen à Hénin Beaumont, le traitant de mégalo, l’accusant d’avoir un égo démesuré, soutinrent le socialo du coin dont le PS local était arrivé au degré extrême de corruption, et contribuèrent ainsi activement à l’échec de JLM. (Rappelons que le candidat PS local fut élu de justesse au second tour et que cette opération anti-JLM s’est soldée en 2014 par la chute de la ville dans l’escarcelle des mairies FN !). Personne en réalité ne souhaitait que JLM entre à l’Assemblée Nationale et c’est toujours le cas aujourd’hui. Mais cette entrée est tout à fait réalisable, la très possible défaite de Menucci était déjà dans les tuyaux avant même l’annonce de la candidature de JLM au considérant de l’état général du PS, alors oui le coup de grâce est urgent et JLM a bien fait de choisir une circonscription accessible. Un tel responsable politique dans la caisse de résonnance qu’est l’Assemblée Nationale sera une présence essentielle pour nos idées

 

Cette haine politico-médiatique (je pense qu’on peut le dire ainsi) contre Mélenchon n’a strictement rien à voir avec sa personnalité ou son caractère (bla, bla, bla). Ce sort qui n’est réservé à personne d’autre que lui est uniquement lié à la raison suivante : JLM est le seul porte-parole d’un mouvement qui remet fondamentalement en cause le système capitaliste, qui ouvre des chemins en dehors du cadre, qui pose des perspectives tirant la société positivement et par le haut, bref c’est le seul qui vient en opposition frontale aux petits arrangements entre amis qui consistaient jusqu’à présent à permettre aux guignols LR/UDI et aux guignols PS d’être assurés de poursuivre, avec l’aide du troisième larron, épouvantail de son état, le FN, leur politique destructrice en faveur de la finance. Le gouvernement qui vient d'être constitué est représentatif du point d'orgue de cette dramatique comédie en transformant sous nos yeux cette alternance complice en alliance officielle et affirmée.

Et comme je l’ai analysé depuis longtemps déjà, les copains et les coquins sont aujourd’hui réunis dans ce qui est le début de cette grande coalition en ayant quitté pour nombre d’entre eux leur coquille respective qui s’évide de plus en plus. Malheureusement pour eux, malgré les attaques dont illustrations ci-dessus, ils n’ont pas réussi à empêcher l’émergence d’une vraie alternative, celle de la France Insoumise avec Jean-Luc Mélenchon, et c’est cela qui change la donne. Je pense par ailleurs que le FN dont les dirigeants sont aux abonnés absents, sort affaibli après cette présidentielle et ce dès le 1er tour avec un score bien loin de ses espérances annoncées depuis des mois par les « sondages de la peur » et un début de grignotage de ses électeurs par la FI, sachant que le débat de l’entre-deux tours n’a fait que déconsidérer cette formation politique aux yeux même de ses propres électeurs.

Ainsi ces législatives à venir sont d’une grande importance : elles peuvent à minima formaliser une forte opposition progressiste et humaniste face aux efforts de destruction annoncés par Macron and Co, au mieux constituer une majorité pour mettre en application le programme « l’Avenir en commun ».

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