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Billet de blog 6 juin 2020

Naïtre 2x - Combattre un virus et La Mort

L'histoire de mon combat contre la mort, quand je suis sorti tétraplégique d'un coma inattendu de 2 semaines au Brésil à cause d'un virus, un coma dont je garde tous les souvenirs.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

(pour en savoir plus sur cette histoire, rendez-vous sur naitre2x.fr - Instagram)

Français de 33 ans, voyageur, curieux, j'ai décidé de m'installer quelques temps au Brésil.
Mais cela ne s'est pas passé exactement comme je le voulais...
Piqué par un moustique qui colportait une version rarissime et gravissime du Chikungunya, j’ai fait une méningo-encéphalo-myélite (cerveau, cervelet et moelle épinière touchés).
Toutes mes connexions neurologiques ont été déconnectées.
Pendant mon coma, j'étais sur le point de mourir pour une raison différente chaque jour. Chaque jour pendant 2 semaines, on disait à mes parents qu'il fallait se préparer à me dire au revoir.

Je me suis réveillé tétraplégique (ou « tétraparétique » puisque finalement, cela n'a pas duré)... mais aujourd'hui je remarche à peu près droit malgré un syndrome cérébelleux qui tend à disparaître avec le temps...
Considéré comme fort d'esprit par mes proches et de composition athlétique, j'ai eu la chance de pouvoir jouer de ces atouts afin de surmonter une des grandes épreuves que peut mettre la vie sur votre chemin. J'aimerais transformer cette épreuve surmontée en message d'espoir pour chacun à travers un livre déjà bien avancé désormais et disponible en prévente sur KICKSTARTER. Et je voudrais faire de cet évènement malheureux quelque-chose de positif, pour moi comme pour vous.

Pendant ces quelques mois, après m'être remis psychologiquement, j'ai gardé le silence pour ne pas faire de cette histoire l'élément central de ma vie, mais aujourd'hui, nous avons été confinés à cause d'un autre virus et risquons de l'être à nouveau. Et un grand nombre de personnes passent par l'épreuve du coma à cause de ce virus, bien que eux sachent pourquoi on les plonge dans le coma.

Ceux qui survivent passent ensuite par l'épreuve de la récupération de la motricité. Ce par quoi je suis passé. Accompagné de troubles neurologiques tels que les douleurs neuropathiques, l'incapacité d'uriner nécessitant aujourd'hui l'auto-sondage quotidien, les troubles de la concentration et j'en passe. A ceux-là, j'aimerais offrir de l'espoir : on peut récupérer !

Mais beaucoup d'autres n'ont pas survécu : des pères, des mères, des enfants, des frères, des sœurs, des êtres aimés... Et j'aimerais offrir à leurs proches endeuillés, un certain apaisement bien que le manque ressenti par le fait de ne plus pouvoir passer ce temps précieux en leur compagnie ne puisse être amoindri, car j'ai eu un aperçu très concret de la paix absolue alors ressentie lorsqu'on passe de l'autre côté... Je le sais pour y avoir été.

J'aimerais aussi mettre à l'honneur chaque personne qui a contribué à me sauver la vie, autant le personnel médical qui s'est battu sans économiser ses forces et a continué à m'apporter ses soins ensuite, que ma famille et mes ami(e)s sans lesquels rien n'aurait été possible.

Pour les curieux, nous avons tous besoin de passer le temps ! ;) Alors pourquoi ne pas lire un livre sur une histoire vraie qui fait écho à l'actualité. 

Mais pour écrire un livre de qualité, il faut y consacrer du temps. Étant travailleur indépendant, les mois durant lesquels j'étais dans le coma puis en rééducation pour réapprendre à marcher, manger, etc. m'ont coûté cher.

A la suite de ce livre, j'ai dans l'idée de produire une vidéo documentaire basée sur les photos et vidéos très détaillées dont je dispose - puisque ma famille s'est dit que si je survivais, je voudrais tout voir - tout en rajoutant quelques images tournées.

Voici un bref aperçu de cette histoire :

Alors que je m'installais au Brésil, un moustique tigre m'injecte une rare version du virus du Chikungunya et le 1er juin 2019, alors plongé dans le coma, allongé dans ce néant noir infini sans matière, je commence un combat éreintant contre La Mort, cette force qui me happe par le dos, de la nuque aux fesses et qui tente de m'entraîner vers le fond. Alors incapable de poser des mots sur ce que je ressens, je sens pourtant que si je lâche, cela sera la fin de mon existence. Et cette paix la plus parfaite qui m'envahirait si je me laissais aller va devenir par la suite un ennemi intime des plus séducteurs. De l'autre côté, les médecins se battent contre mes symptômes puisque personne ne sait pourquoi je suis dans cet état. J'ai une méningo-encéphalo-myélite (cerveau, cervelet et moelle épinière touchés) déconnectant toutes mes connexions neurologiques et je perds petit à petit l'usage de chaque organe pour des raisons différentes chaque jour, jusqu'à l'usage de mes poumons sur-infectés alors que je suis en choc septique.

Mais au Brésil, j'ai aussi rencontré l'amour, Diana, alors âgée de 23 ans, pour laquelle j'ai appris la langue afin d'arrêter de communiquer à travers Google Traducteur. Et elle est le 1er élément primordial d'une incroyable chaîne qui m'a sauvé la vie. Mes parents ont rapidement pris le relais, le reste de ma famille s'est ensuite également mobilisé et puis tous mes amis.

Avec une encéphalite par infection au Chikungunya, c'est 1 personne sur 2 qui meurt. Dans mon cas de cumulard, on n'est vraiment pas censé survivre. Si on survit, on reste généralement paraplégique ou tétraplégique selon les dires des médecins qui m'ont accompagnés.

Que ce soit au Brésil dans le pire des états mais ayant survécu, ou en France, récupérant petit à petit mes fonctions motrices et mes connexions neurologiques, absolument chaque médecin que j'ai rencontré m'a dit que cela leur faisait du bien de constater que malgré mon état, on pouvait s'en sortir, eux qui ont répété chaque jour à mes parents et Diana alors présents qu'il fallait se préparer à me dire au revoir, eux qui considéraient ensuite que je ne me débarrasserais peut-être jamais de mon syndrome cérébelleux (perte de l'équilibre et de la coordination des mouvements), eux qui ont l'habitude d'annoncer des terribles nouvelles à des familles désespérées. Mais je n'ai rien lâché comme me l'a enseigné mon père, et comme l'a dit ma mère, "on l'a fait naître une deuxième fois", alors je ne vais pas gâcher cette chance pour laquelle nous nous sommes battus avec autant de force et de volonté tous ensemble.

Je me souviens de mon combat pendant le coma, des images nettes de ce que j'y ai vécu. Vient ensuite la lutte contre les hallucinations alors que je suis tétraparétique, car puisque j'ai le foie en hépatite médicamenteuse et que mes reins ne fonctionnent quasiment plus non plus, mon corps qui ne m'appartient plus est incapable d'éliminer les sédatifs pendant 1 semaine.

Des Transformers sortent de ma cuisse, mon corps part en liquide se coller au plafond, chaque personne qui entre dans la pièce a un visage de grand brûlé, et bien plus encore. Et je ne peux pas parler ni même bouger pour m'exprimer.

Rien ne s'est déroulé comme prévu, que ce soit l'avant, pendant ou l'après, mais c'est ce qui fait que cette aventure est fantastique et qu'elle a donné de l'espoir et fait couler les larmes de chaque personne à qui je l'ai racontée ! 

Mais j'essaie de vous raconter tout cela avec un peu d'humour, puisque c'est le médicament de l'âme, et dans un style léger afin de mieux véhiculer les émotions qu'implique cette aventure.


(Diana et ma famille restent à mon chevet chaque jour et chaque nuit.)

Ce livre relate aussi mon point de vue sur le contexte culturel brésilien, sans enjoliver la réalité. Je me permets cette approche puisque le racisme et les préjugés brésiliens ont failli me coûter la vie car Diana étant belle et noire, accompagnée d'une amie blanche également jolie, le médecin du 1er hôpital public dans lequel nous nous sommes rendus conclut que ce sont des prostituées qui m'ont drogué "pour dépouiller le gringo" et que "cela va redescendre, on ne peut rien faire pour lui". Je parle de la chance que nous avons en France d'avoir un système de santé basé d'une certaine manière sur la solidarité puisqu'entre mon hospitalisation au Brésil et en France, j'en suis à plus de 300 000€ de frais dont au moins 135 000€ pris en charge par la Sécurité Sociale. Je parle également de quelques dysfonctionnements et d'améliorations possibles et de bien d'autres choses...

Ce récit, bien qu'accompagné d'un peu de fantaisie puisque je parle aussi de ma vie amoureuse originale, devrait vous procurer quelques émotions qui poussent à l'introspection, à la réflexion, à la révision de nos valeurs humaines et à l'ouverture de nos esprits vers l'autre et vers notre propre nature.

Malgré mon expérience surnaturelle, plongé pendant un temps dans un autre monde, je vous raconte sans pudeur, puisque de toute façon, on la perd lorsqu'on est à l'hôpital et handicapé... mon aventure bien réelle de manière pragmatique.

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