Quelques questions

Un camarade m'a posé diverses question. Nous avons pu avoir un bref dialogue, que je vous retranscris ici.

Bonjour Maxim

Bonjour !

D'abord, rappelez nous votre âge.

J'ai 17 ans.

C'est finalement assez remarquable ce que vous accomplissez à 17 ans, entre vos études, votre engagement et votre pensée.

Oui, mais cela vient avant tout d'une révolte à l'intérieur de moi-même. J'ai toujours eu envie d'aider les autres pour ce qui est de l'engagement. Je suis né de parents étrangers, souvent, cela fait pencher la balance dans l'engagement d'une personne. Mon engagement prématuré vient avant tout d'une volonté très forte dès la troisième de changer quelques petites choses dans l'éducation. Avec le temps, j'ai pu élargir et perfectionner ma pensée. Pour ce qui est des études, j'ai toujours eu des facilités, et j'ai toujours été passionné par l'aéronautique, je pense être sur la bonne voie.

Comment ça se passe en classe préparatoire ?

Bien. Le rythme est compliqué à prendre, et mon humilité me joue des tours, mais avec le temps, je pense pouvoir m'en sortir. Au fur et à mesure, on comprend les enjeux de ces deux intenses années d'études. Mes notes ne sont pas trop mauvaises, mais je ne m'emballe pas et je garde la tête froide. Mais les gens sont très sympathiques, à l'opposé du cliché que l'on peut se faire sur la prépa avant d'y entrer. Mais parfois je plains mes camarades de devoir vivre avec un caractère comme le mien ! (rires)

Comment est perçu votre engagement dans ce milieu ?

Il y a différentes perceptions de mon engagement de la part de mes camarades. Certains le saluent, à sa juste valeur, d'autres en rigolent, et me voient même davantage ministre de l'écologie qu'ingénieur (rires). Mais je ne l'ai pas mal pris. Après tout, on a eu de nombreux politiciens qui étaient de brillants savants. D'autre part, certains de ceux qui saluent mon engagement s'y intéressent de près, en me questionnant, en voulant en savoir plus. D'autres ont les idées plus bornées, mais leur expliquer les choses est une perte de temps certaine.

On connaît les classes préparatoires comme un milieu où les élèves sont issus de milieux favorisés. Vos idées sont elles donc en totale opposition avec celles de vos camarades ?

Je n'en ai pas tellement l'impression. Certains effectivement se moquent de ma pensée, mais je n'ai pas l'impression qu'elle me soit un quelconque frein. Lors de nos élections de délégués de classe, même si je ne les prends pas comme un évènement majeur ni important, j'ai finalement fait un discours très populiste, presque affiché de gauche, et je les ai gagnées. En fait, je crois que beaucoup de gens sont de gauche sans vraiment le savoir, pour la simple et bonne raison qu'ils ne se penchent pas sur la question politique.


Vous trouvez encore le temps de vous engager ?

Oui. Je suis toujours Secrétaire National dans un syndicat lycéen. Je suis toujours attaché aux valeurs que sont celles de cette organisation, à savoir la défense d'une éducation émancipatrice, d'une société plus juste et plus égalitaire. J'ai pour mission de développer un journal lycéen d'envergure nationale avec une camarade d'un autre lycée marseillais. Évidemment, je n'ai plus vraiment le temps d'aller en manifestation. En outre, le sujet qui me préoccupera le plus en prépa, c'est la place des femmes dans l'ingénierie, car elles gagnent moins que leur homologues masculins.

Cela vous révolte ?

Bien sûr ! C'est une situation inacceptable. Pourquoi une femme gagnerait-elle moins qu'un homme à niveau de qualification égal ? C'est ahurissant, intolérable, et je pense que sensibiliser mes camarades à cela n'est pas une mauvaise chose : il faut se préparer à ces éventualités là, mais surtout les combattre fièrement et sans peur.

Vous avez d'autres occupations à côté de la prépa ?

Oui. Quand je peux, je vais courir, cela permet de décompresser et de garder la forme. Dès que je peux je joue au football. Sinon, j'écris. Je me suis beaucoup mis à écrire ces derniers temps. Des poèmes, des brèves, des articles. Cela me permet d'exprimer mes sentiments et ma pensée librement. Je m'inspire de mes lectures philosophiques ou poétiques.

Sur quoi écrivez-vous ?

Sur la politique essentiellement. C'est un sujet qui me passionne. Je peux parfois écrire mes idées sur l'éducation pendant des heures. Et je les relis et parfois je les partage avec des camarades pour voir ce qu'ils en pensent.

Vous parliez de vos parents étrangers, racontez nous l'histoire !

Du côté de ma mère, tout le monde est slovaque. Ma mère est née en Slovaquie. Elle est venue s'installer en France jeune, par amour de la culture du pays. Elle a rapidement appris le français, et aujourd'hui elle le parle parfaitement. Elle a rencontré mon père en Corse, où lui, venu du Gabon en Afrique centrale, venait faire son service militaire. Mon père est né au Gabon de grands parents marocains. Des grands parents marocains eux-mêmes issus de racines portugaises, origine de mon nom. Finalement, dans ma famille, je suis un des rares à être né en France.

Est-ce une richesse ou un fardeau que ce multiculturalisme ?

Il s'agit évidemment d'une richesse. Je suis toujours fier de dire que j'ai en moi une palette variée du monde. Et cela fonctionne aussi dans l'autre sens : lorsque je vais en Slovaquie, j'apprécie partager la culture française, et j'ai toujours beaucoup de choses à raconter à ma famille.

Vous parlez slovaque ?

Oui ! Je l'ai appris grâce à ma mère qui me le parlait tout jeune. Et on allait avec elle en Slovaquie chaque été, j'ai donc pu apprendre la langue, bien qu'encore aujourd'hui, j'ai du mal à la maîtriser parfaitement. Je crois qu'apprendre la langue fût un "mal" nécessaire, sinon j'aurais eu énormément de mal à communiquer avec une grande moitié de ma famille. Je ne peux que remercier ma mère pour cela, et je suis toujours content de dire que je suis bilingue d'une langue peu commune. Aujourd'hui, je vais en Slovaquie chaque été, et je vois chaque année grandir mes cousins et ma cousine.

C'est donc ça ! Vous êtes bilingue ... il paraît que les bilingues sont plus intelligents.

Vous savez, ces études sur les bilingues, je les avais entendues, et on en a reparlé en cours récemment. Je ne me considère pas plus intelligent que les autres. Se considérer au dessus dans tel ou tel domaine est une forme de faiblesse, car c'est finalement devancer maladroitement l'avis critique des autres. J'ai toujours été modeste et humble. Je ne pense donc pas que mon bilinguisme m'apporte des capacités en plus, mais je suis certain qu'il m'apporte une vision du monde plus juste et plus large.

Vous avez quand meme sauté une classe, et depuis, votre parcours est quasi sans faute, jusqu'à intégrer une prépa !

Oui, j'ai sauté le CP. À vrai dire, je ne m'en souviens plus trop, donc je ne saurai pas vous donner plus d'informations, mais encore une fois, je minimise cela. Je ne m'en vante pas. Et je pense que cet événement ne relève pas de mon bilinguisme ou de mes capacités intellectuelles, mais de l'éducation que l'on m'a fournie, à savoir un éveil de ma curiosité dès mon enfance. Sur ce qui est de la prépa, je ne suis pas seul, mes camarades autour de moi y sont aussi, et je les félicite toutes et tous car s'ils sont là, ils l'ont mérité. Je le répète, mais je ne suis au dessus de personne.

Il y a des choses que vous aimiez enfant ?

J'adorais les cartes. Les cartes du monde, de l'Europe, les cartes en général. J'adorais aussi aller au musée, et appréciais l'art, que l'on nous enseignait à Aix-en-Provence, ville de Paul Cézanne ou de Pablo Picasso.

Vous êtes également musicien !

Peut-être pas à ce point, mais j'ai fait sept années de batterie, et 5 années de guitare. Aujourd'hui j'ai arrêté les cours, mais je continue à en faire chez moi, sur des coups de blues ou des envies de s'évader.

Finalement, vous êtes multi-fonction.

Je suis éclectique. C'est à dire que je pense qu'il faut s'intéresser à un peu toutes les couleurs du monde.
Ce qui est regrettable aujourd'hui, c'est que les jeunes ne s'intéressent pas plus que ça à la politique, parce que les affaires politiques et les vieux politiciens de l'ancien monde ont sali l'image de la politique.

Vous donnez finalement une image très sérieuse. Est-ce constamment le cas ?

Non, évidemment ! (rires). J'aime beaucoup bouger, rigoler, flâner dans Marseille avec des amis. Je suis toujours motivé pour sortir, aller danser, boire un coup pour discuter et m'évader. Je ne peux pas constamment plonger mon nez dans la politique et les cours. Je suis finalement un jeune comme les autres. Je ne pense pas être spécial.

On en sait un peu plus sur vous désormais. Quels sont vos projets d'avenir ?

Je me vois aiguilleur du ciel, ou ingénieur dans l'aéronautique. Néanmoins je ne me vois pas forcément arrêter mon engagement pour l'égalité et l'éducation pour autant. Je souhaite lutter pour l'égalité Femme-Homme jusqu'au bout.
En outre, mon but sera de fonder une famille, avec laquelle nous irons découvrir le monde entier. Voyager est la plus belle manière de s'ouvrir au monde et d'en avoir un avis et une vision critique et nette. Voyager à deux, avec sa compagne, doit être une chose merveilleuse.

Un dernier message ?

Je dis aux jeunes, aux camarades, de lire beaucoup, afin de se forger un avis critique. Lire de la philosophie, de la poésie, du théâtre, mais aussi plus largement les informations, en sachant discerner la subjectivité que l'on peut y trouver. Et je dis aux jeunes : ouvrez les yeux, voyez ce qu'il se passe, et agissez, car vous le pouvez. Les jeunes filles ne doivent pas se garder un avenir moins radieux que celui de leurs homologues masculins, et les jeunes garçons doivent pouvoir se rendre compte que cette situation est injuste, et que l'on doit changer les choses ensemble.

Merci beaucoup, Maxim !

Merci à vous.

Article rédigé par A. Bardagaud

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