La position des kurdes dans la résistance du Gezi Park

Les Kurdes sont la principale force d’opposition face à la politique du gouvernement AKP et l’Etat turc. La mobilisation des kurdes est aujourd’hui sans égale en Turquie et au Moyen-Orient. Devenu un acteur incontournable malgré une répression sauvage et le silence international depuis des décennies,  le mouvement populaire kurde, le PKK,  mène actuellement des négociations directes avec le gouvernement Erdogan, pour résoudre le problème kurde dans le cadre du processus de démocratisation de la Turquie.

Les Kurdes sont la principale force d’opposition face à la politique du gouvernement AKP et l’Etat turc. La mobilisation des kurdes est aujourd’hui sans égale en Turquie et au Moyen-Orient. Devenu un acteur incontournable malgré une répression sauvage et le silence international depuis des décennies,  le mouvement populaire kurde, le PKK,  mène actuellement des négociations directes avec le gouvernement Erdogan, pour résoudre le problème kurde dans le cadre du processus de démocratisation de la Turquie.

Avant d’arriver à ce processus, concrétisé  avec le lancement du retrait des combattants du PKK en dehors de la frontière de la Turquie depuis 8 mai,  une répression sans précédente a été menée par le gouvernement pour étouffer les revendications légitimes du peuple kurde. L’arrestation en masse d’élus, de syndicalistes, de journalistes et d’étudiants font partie de ces campagnes de répression, sous prétexte de lutter contre le « terrorisme ».

Il faut noter que le processus de paix  a été lancé à l’initiative du leader kurde Abdullah Ocalan, emprisonné sur l’Ile d’Imrali depuis 1999, pour ouvrir la voie vers une véritable démocratisation au moment où le gouvernement était dans l’impasse face aux bouleversements et les conflits au Moyen-Orient.

Toute tentative d’intimidation visant le parti légal kurde BDP et les opérations militaires contre le PKK ont échoué. Le processus de paix actuel peut donc être considéré comme la preuve de détermination du peuple kurde, mais aussi la réaffirmation de leur volonté de paix. Il ne faut pas non plus oublier l’effet indéniable de la révolution kurde en Syrie. Même si le gouvernement Erdogan poursuit le dialogue avec le PKK, il reste une force antidémocratique.

Les kurdes ne sont pas une source de problèmes, mais une véritable dynamique pour la démocratisation de la Turquie et le Moyen-Orient entier.

FAIRE TAIRE LES ARMES POUR LIBERER LA RUE

Pour Selahattin Demirtas, co-président du BDP, « si les kurdes font taire les armes, c’est libérer la rue. C’est pour que les gens s’expriment librement dans la rue ».

La résistance populaire déclenchée le 29 mai par un projet d’aménagement visant le parc Gezi, situé sur la place Taksim, correspond parfaitement avec la lutte du peuple kurde qui revendique une autonomie démocratique dans une Turquie démocratique, dans le cadre d’un projet plus vaste, soit une confédération démocratique du Moyen-Orient.

La violence policière contre les manifestants dans les rues depuis près de deux semaines est aussi contraire à l’esprit du processus de paix. La répression policière et miliaire fait partie de la vie quotidienne des kurdes depuis 30 ans.

« Le processus de résolution démocratique n’a pas seulement pour but de trouver une solution démocratique au problème kurde, il s’agit d’un processus de démocratisation de l’ensemble de la Turquie » souligne l'Union des Communautés du Kurdistan (KCK) qui chapeaute le mouvement politique kurde dont le PKK, affirmant que le but de ce processus est la création d’une nouvelle Turquie démocratique.

« Il est clair que la résistance populaire du parc Gezi est un message pour une nouvelle constitution et (…) une nouvelle Turquie démocratique » ajoute la KCK dans un communiqué.

Le député du parti kurde BDP, Sirri Surreya Onder, est à l’origine du mouvement Gezi Park. Après qu’il a bloqué  les bulldozers et stoppé les travaux, le 28 mai, la police a lancé un assaut violent contre les manifestants. Sirri Süreyya Onder lui-même a été hospitalisé après avoir été touché par une grenade lacrymogène à l'épaule.

POURQUI LES KURDES N’IMPOSENT PAS LEURS REVENDICATIONS ?

Les kurdes ne sont pas participés massivement à ce mouvement pour ne pas donner lieu à des provocations racistes et nationalistes qui pourraient saboter la résistance populaire. Toutes revendications et manifestations de kurdes étaient perçues jusqu’ici comme une tentative de diviser le pays.

Mais les jeunes kurdes restent la principale dynamique dans de toutes les organisations qui participent à la résistance.

Après l’appel aux Kurdes de la KCK, le 5 juin, pour « prendre l’initiative aux côtés des forces démocratiques de la Turquie et remplir leurs responsabilités », les jeunes kurdes ont commencé renforcer leur présence lors des manifestations. Mais, ils agissent toujours avec responsabilité pour ne pas imposer cette présence. Donc, une participation massive dépende plutôt de la nécessité sur le terrain.

NI AKP NI KEMALISME

La position des jeunes kurdes est écrite sur une banderole affichée sur la place Taksim : « Ni AKP ni Kemalisme. Le fascisme ne passera pas ! ».

Le drapeau du PKK et celui à l'effigie du leader kurde Abdullah Ocalan ont également été hissés sur la place. Pour soutenir la résistance dans les métropoles, les kurdes renforcent plutôt le rôle de l'HDK, Congrès démocratique des peuples qui rassemblent des partis kurdes et des groupes de gauche.

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Grossissant de plus en plus les cortèges, les kurdes restent vigilants contre les tentatives de détournement de la résistance par les kémalistes et les ultra-nationalistes.

OCALAN SALUE LA RESISTANCE

Le leader kurde Abdullah Ocalan a salué le 7 juin la résistance populaire de Gezi, lors d’une visite du co-président du BDP, Selahattin Demirtas, à la prison d’Imrali dans le cadre du processus de paix. « Je trouve le mouvement de résistance plein de sens et je le salue » a déclaré M. Ocalan, soulignant que la résistance a entraîné « une nouvelle fracture politique ». Il a également appelé les milieux démocratiques, révolutionnaires patriotiques et progressistes de Turquie « à ne pas permettre aux kémalistes, putschistes et nationalistes de s’emparer de la résistance. »

Par Maxime Azadi

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