L’accord de "paix" entre les Kurdes et l’ASL

Un accord de paix a été signé entre les forces kurdes et l’armée syrienne libre (ASL), après quinze jours d’affrontements dans la ville de Rass al-Ain (Sêrékaniyé en kurde). L’accord prévoit notamment un combat commun pour libérer les autres villes.
L'accord de paix entre les Kurdes et l'ASL © Actu Kurde
L'accord de paix entre les Kurdes et l'ASL © Actu Kurde

Un accord de paix a été signé entre les forces kurdes et l’armée syrienne libre (ASL), après quinze jours d’affrontements dans la ville de Rass al-Ain (Sêrékaniyé en kurde). L’accord prévoit notamment un combat commun pour libérer les autres villes.

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Le 16 janvier, des milliers de membres des groupes armés, infiltrés par la Turquie pour la plupart avec des armes lourdes et des chars, ont lancé une vaste attaque contre la ville de Sêrékaniyé. Des combats violents ont eu lieu pendant quinze jours entre les Unités de Défense du Peuple (YPG), armée kurde composée de femmes et d’hommes, et les groupes soutenus par l’Occident, la Turquie et les Monarchies du Golfe. Subissant de lourdes pertes, ces groupes armés ont demandé un cessez-le-feu après avoir été repoussés et bloqués dans le quartier de Mahat, situé sur la frontière avec la Turquie.

L’armée kurde a saisi de nombreuses armes durant la bataille, ainsi que deux ambulances dont une avec plaque d’immatriculation français «CP-253-DE », le 29 janvier, contenant des objets volés par ces « rebelles ». L’autre ambulance, saisie le 25 janvier dans le quartier d'Abra, libéré par les forces kurdes, contenait des armes. Un mot allemand « Katastrophenschutz » (mesures de prévention contre les catastrophes) était écrit sur l’ambulance avec une plaque d’immatriculation « GG-131-N ».

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Les habitants de la ville auraient été victimes de vols par des « rebelles » qui ont ensuite mis le feu à plusieurs maisons avant de s’enfuir. Les « rebelles » auraient en outre dévalisé et pillé complètement un entrepôt de nourriture destiné aux habitants. Ces nourritures et d’autres matériels auraient été transportés vers la Turquie.

Le 6 février, des négociations ont été entamées entre une délégation de l’opposition syrienne dirigée par Michel Kilo et le Conseil Suprême Kurde qui représente le Kurdistan syrien. Arrêté en mai 2006 et libéré le 20 mai 2009, Michel Kilo avait lancé en avril 2012 au Caire son propre mouvement politique le Forum démocratique, avec des personnalités de la société civile de l'intérieur de la Syrie.

« Je reconnais l’autonomie démocratique, revendiquée par les kurdes. C’est une revendication légitime. Les Kurdes doivent obtenir leurs droits » a déclaré M. Kilo, dans une interview accordée à l’agence de presse kurde Firatnews, le 13 février.

Quelques jours plus tard, le 17 février, un accord de paix a été conclu entre les Kurdes et l’ASL. Les parties s’engagent désormais d’agir dans l’esprit d’unité et sous le slogan de « Syrie appartient aux syriens ».

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Les points de l’accord

L’accord prévoit notamment « le retrait de tous les groupes armés », la création d’un « comité pour surveiller la mise en œuvre de l’accord », la création d’un « conseil civil du peuple », « le contrôle par ce conseil de la porte-frontière », la mise en place des « points de contrôle communs à l’entrée de la ville surveillés par les forces kurdes et l’ASL » et l’arrêt de se blâmer via la presse.

Le point le plus important de l’accord est celui qui précise qu’un combat commun pour la libération d’autres villes sera mis à l’action. L’accord prévoit également la reconnaissance en tant que « villes libérées » de cinq villes kurdes où cohabitent différentes communautés. Il s’agit de Til Temir, Dirbessiyé, Amude, Girké Légué et Dérik, sous contrôle des kurdes.

Sous la pression de la Turquie, les groupes armés ont lancé plusieurs attaques ces derniers mois contre les Kurdes pour s’emparer de la ville stratégique de Sêrékaniyé pour pouvoir attaquer les autres villes et prendre le contrôle de la région kurde de Djazira, connue pour sa richesse en pétrole. Ils été contraints de reculer après chaque tentative et ont été infligés de lourdes pertes par la défense des unités de YPG.

En décembre 2012, un cessez-le-feu avait été conclu dans cette ville entre les Kurdes et l’Armée syrienne libre, suite à un accord qui prévoyait la création d’un conseil du peuple pour diriger la ville et le retrait des groupes armés. Selon les sources kurdes, des dizaines de « rebelles » avaient été tués lors des affrontements entre les 12 et 14 décembre. Les groupes réunis sous la bannière de l’ASL n’ont pas respecté cet accord.

Violents affrontements à Alep

Par ailleurs, les Kurdes ont renforcé la sécurité de deux quartiers kurdes à Alep, après de violents affrontements avec l’armée syrienne.

De violents combats avaient eu lieu pendant quatre jours dans les quartiers d'Achrafieh et Sheikh Maqsoud, entre l'armée syrienne et les Unités de défense du peuple. Selon la brigade kurde d'Alep, au moins 48 soldats syriens ont été tués et 22 autres ont été fait prisonniers, entre les 8 et 11 février. La brigade affirmait avoir perdu au total sept combattants dans ses rangs dont cinq sauvagement torturés avant d'être assassinés. Les affrontements avaient éclaté après le bombardement d'un quartier kurde par l'aviation syrienne, le 31 janvier, faisant 23 morts civils.

Blog de Maxime Azadi avec ActuKurde

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