Turquie : la plus grande prison du monde pour les enseignants

Le gouvernement AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdogan a transformé la Turquie en une grande prison pour les enseignants, comme pour les journalistes, étudiants et les élus. Environ 40 membres de la Confédération des syndicats des fonctionnaires publics (KESK), dont plus de 20 enseignants, sont actuellement derrières les barreaux.

Le gouvernement AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdogan a transformé la Turquie en une grande prison pour les enseignants, comme pour les journalistes, étudiants et les élus. Environ 40 membres de la Confédération des syndicats des fonctionnaires publics (KESK), dont plus de 20 enseignants, sont actuellement derrières les barreaux.

Le gouvernement AKP et son idéologue, la confrérie de Fethullah Gulen, deviennent de plus en plus menaçants pour la liberté d'expression et d’association, réprimant systématiquement et brutalement les opposants.

Plus de 20 enseignants en prison

En neuf ans, le pays est devenu la plus grande prison du monde pour les journalistes avec environ 70, pour les étudiants avec 500 et pour les élus, dont 18 maires et 6 députés BDP, principal parti kurde, ainsi que 2 députés CHP, le parti kémaliste et principale formation de l'opposition qui reste toujours loin d’être un vrai parti de gauche.

Le gouvernement Erdogan a lancé en 2009 une campagne d’arrestations systématique dans le cadre de l’affaire KCK, accusé d’être la branche politique du PKK qui, selon Erdogan, œuvre pour un État « parallèle », quelques semaines après le succès historique du parti kurde lors des élections municipales de Mars 2009.

Cette affaire, considérée comme un complot politique par les kurdes, est devenue une arme redoutable de la justice sous contrôle d’AKP, pour intimider et arrêter tous les opposants. Depuis 2009, près de 8 000 membres du BDP ont été arrêtées pour des faits d'exercice de la liberté d'expression, sans compter l’arrestation des milliers d’autres personnes accusées d'entretenir des liens avec le PKK

Intimidation

L’un des cibles de ces opérations sont les activités de la Confédération des syndicats des fonctionnaires publics. Environ 40 membres et responsables de cette confédération ont été incarcérés. Parmi eux figurent 21 enseignants, membres du syndicat des enseignants Egitim-Sen, au sein de la confédération KESK.

« Près de 120 fonctionnaires publics ont été tués dans les années 1990. Aujourd’hui, le concept n’a pas changé mais la forme » a dit à l’ActiKurde Mehmet Bozgeyik, le secrétaire générale du syndicat des enseignants. Pour lui, l’AKP et la confrérie Gulen veulent intimider les opposants pour renforcer les syndicats et les organisations « partisans ».

« Nettoyage » dans l’enseignement

Les écoles et les foyers de cette confrérie dans la région kurde mènent une politique d'assimilation des Kurdes, sans jamais reconnaitre la légitimité de leurs revendications. Apres la prise de contrôle de la police, de l’armée, des services secrets et de la justice, l’AKP et la confrérie ont lancée une veritable opération de « nettoyage » dans l’enseignement, visant notamment les étudiants et les enseignants kurdes.

« Que la police, enseignants, travailleurs sanitaires et procureurs aillent (dans la région kurde), entrent dans leurs érythrocytes et leucocytes. Qu’ils les envahissent, encerclent, bouleversent » disait récemment Fethullah Gulen, dans un message vidéo.

La confrérie Gulen gouverne la Turquie

« C’est un moment difficile pour les travailleurs du secteur public » affirme Bozgeyik, ajoutant que la police arrête les opposants avec des « accusations mensongères », sans aucune preuve. Il souligne que plusieurs autres enseignants kurdes ont été exilés vers l’ouest du pays, dénonçant le conservatisme dans l’enseignement.

Attirant l’attention sur le clientélisme répandu dans le domaine de l’éducation, il affirme que les nouveaux enseignants sont désignés par la confrérie. « C’est Fethullah Gulen qui gouverne maintenant la Turquie. Les membres du KESK et du syndicat Egitim-Sen deviennent naturellement leurs cibles » a-t-il ajouté.

Ergenekon vert

Fethullah Gulen, qui vit actuellement sur une parcelle de terrain achetée au milieu des montagnes Pocono en Pennsylvanie au États-Unis, est accusé d’avoir instauré une organisation secrète, appelée « Ergenekon vert » ou « Ötüken », à la place d’Ergenekon kemaliste, considéré comme « Etat profond ». Ce dernier a été partiellement démantelé par le gouvernement sous l’accusation d’avoir comploté pour renverser l’AKP, afin de le remplacer par le sien. Aucun jugement pour des crimes innombrables commis contre les kurdes !

Le PKK a récemment annoncé avoir détenir des documents sur « Ergenekon vert », ajoutant être prêt à les rendre à des journalistes « courageux » qui n’hésiteraient pas à publier ces documents.

Le mouvement Gulen est également accusé d’être un projet d’islam modéré soutenu par Washington. « Relocalisée en Pennsylvanie peu après les attentats du 11-Septembre, la confrérie de Gülen dispose effectivement de liens étroits avec le renseignement américain. L’imam prêche un islam modéré qui permet à Washington de contrer l’influence des groupes djihadistes » résumait Intelligence Online, le magazine français.

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