Turquie: 15 ans de prison pour deux journalistes kurdes

La justice turque a condamné jeudi 24 février deux journalistes kurdes à 15 ans et 10 mois de prison pour « appartenance à une organisation terroriste » et « violation de la loi sur les rassemblements et les manifestations ».

La justice turque a condamné jeudi 24 février deux journalistes kurdes à 15 ans et 10 mois de prison pour « appartenance à une organisation terroriste » et « violation de la loi sur les rassemblements et les manifestations ».

Le correspondant de l’agence Dicle, Vedat Yildiz, et celui du journal Guney Dogu Ekspres, Lokman Dayan, a été condamné chacun à 7 ans et 11 mois de prison par la 4e cour d’assise de Diyarbakir, chef-lieu du Kurdistan de Turquie, en raison d’une manifestation violente, organisée le 21 octobre 2008, en faveur du leader kurde Abdullah Ocalan, emprisonné depuis 1999 sur l'île d'Imrali. Ils avaient été arrêtés par la police alors qu’ils couvraient la manifestation. Le correspondant de l’agence Dicle avait été violemment tabassé par des policiers lors de son arrestation.

La cour a condamné également 23 autres personnes pour les mêmes accusations. Parmi eux, 15 prévenus ont été condamnés chacun à 7 ans et 11 mois de prison et les autres à 10 mois.

Aucun de 25 prévenus, condamnées pour une peine totale de 204 ans de prison, ne s’est présenté à l’audience. L’avocat de défense, Veysel Vesek, a annoncé son intention de recourir en cour de Cassation.

L’ancienne rédactrice d'Azadiya Welat, seul quotidien en langue kurde de Turquie, Emine Demir, âgée de 24 ans, accusée d'avoir soutenu la cause du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), avait été condamnée le 30 décembre 2010, à une peine de 138 ans de prison, en vertu de l'article 314 du code pénal turc et de l'article 7 alinéa 2 de la loi anti-terroriste (LAT), pour 84 articles écrits entre 2008 et 2009.

45 JOURNALISTES ET ECRIVAINS EN PRISON

La Turquie est à la 138e place sur 178 pays du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Au moins 45 journalistes et écrivains sont toujours en prison, selon un rapport de l’association des droits de l’homme (IHD), récemment publié à Istanbul. Aucune amélioration n’a été constatée malgré les reformes dans le cadre de la liberté d’expression et de la presse, dénonce le rapport.

LES PROPOS D’ERDOGAN DEMENTI

Aucun media n’a été réduit au silence depuis 8 ans du pouvoir AKP, avait déclaré le 18 février Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre, lors d’une réunion de son parti, malgré les démentis des organisations de défense des droits de l’homme et de la presse.

Un rapport de la branche d’Istanbul de l’association des droits de l’homme (IHD), publié le même jour, dément le premier ministre : Cinq journaux ont été suspendus pendant 120 jours, un revue a été saisi trois fois, 13 sites d’information et de partage de vidéos ont été bloqués à Istanbul au cours de l’année 2010.

Selon un autre rapport de cette association, 655 personnes dont 197 journalistes ont été jugées au cours des neuf premiers mois de 2010, contre 323 personnes dont 123 journalistes en 2009, dans le cadre de la liberté d'expression. En outre, au moins 12 journaux ont été suspendus, kurdes pour la plupart, et des milliers de sites d'internet ont été interdits sur les mêmes périodes.

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