Terminé Ebola ?

Après le dégonflement médiatique et sanitaire mettant fin à un état d'alerte occidental anxiogène, quand est-il aujourd'hui de l'épidémie Ebola ?Actuellement, on ne parle plus d'épidémie mais d'une simple maladie transmissible endémique, surtout pour le Libéria. Quid des autres pays africains touchés ? Cette récente « poussée » du virus Ebola (dont la première souche a été découverte en 1976) a donc fait plus de 10 000 morts (les chiffres sont sous-estimés) et continuera probablement encore de tuer.

Après le dégonflement médiatique et sanitaire mettant fin à un état d'alerte occidental anxiogène, quand est-il aujourd'hui de l'épidémie Ebola ?

Actuellement, on ne parle plus d'épidémie mais d'une simple maladie transmissible endémique, surtout pour le Libéria. Quid des autres pays africains touchés ? 

Cette récente « poussée » du virus Ebola (dont la première souche a été découverte en 1976) a donc fait plus de 10 000 morts (les chiffres sont sous-estimés) et continuera probablement encore de tuer.

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Ce qui est observable d'un point de vue occidental, c'est le néant d’information actuel. Mais ce jusqu'à la semaine dernière, où une retentissante découverte a réveillé les médias par surprise. En effet, Ebola serait toujours dans le corps de ses victimes "guéries". Cette découverte ouvre donc à une discussion autour de nombreuses hypothèses d'évolution du virus et de prise en charge par l'OMS qui ne semble pas avoir été parfaitement efficace dans ces différentes prises de décisions.

Avec un taux de mortalité semble t-il inférieur à 50%, cela représente donc un certain nombre de personnes "guéries" qui devront faire l'objet d'un suivi. Selon Sylvain Baize, responsable du centre national de référence des fièvres hémorragiques de l’Institut Pasteur :

Il existe dans les corps des organes dits immunologiquement préservés, par exemple les testicules, l’œil et l’oreille interne. Et il est fort possible que le virus subsiste pendant une période assez longue dans ces zones-réservoirs auquel le système immunitaire n’a pas accès et où il ne peut donc pas nettoyer le virus

Ajoutez à cela la capacité d'un virus à muter et vous obtenez un champ de probabilités d'évolution gigantesque. Ces patients guéris ne semblent "plus" être contagieux mais peuvent-ils l'être à nouveau ? Si oui, le virus aura-t-il muté ? Existe-t-il des facteurs environnementaux et/ou physiologiques pouvant réactiver précocement le syndrome typique et ainsi redéclencher une nouvelle épidémie ?

D’après la première étude sur ces symptômes « post Ebola », il s’agirait d’uvéite unilatérale associée à une hypertension oculaire, rien à voir donc avec le syndrome typique. La comparaison des analyses sanguines (lors de l’infection primaire) et de l’humeur vitrée (lors des symptômes secondaires) montre plusieurs mutations d’origines inconnues. Néanmoins, il ne semble pas y avoir de pathogénicité notable hors de l’humeur vitrée (les conjonctives et les larmes ne contiendraient donc pas le virus Ebola). Quant au mécanisme de persistance du virus, il reste inconnu à ce jour, mais le phénomène de localisation secondaire dans des organes immunologiquement préservées peut amener les chercheurs vers de bonnes pistes. 

En outre, il est évident que même les cas "guéris" devront faire l'objet d'un suivi particulier.

 


 

Guéris et pourtant…

Georges Canguilhem dans son Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique définit bien qu'aucune guérison n'est un retour à l'innocence physiologique car il y a irréversibilité de la normativité biologique antérieure. Il s'agit donc d'un nouvelle normativité à laquelle ces patients a priori guéris d'Ebola devront faire face. 

Pourtant, dans les rangs de Médecins Sans Frontières, l'optimisme était de mise, comme en témoigne ce billet de blog d'un medecin colombien intitulé : Three miracles…

« Hier fut le jour de trois miracles - deux patients malades ont été guéris et un bébé a survécu malgré les mauvaises augures » introduit-elle. Elle nous raconte ensuite l'histoire croisée d'Hassan faisant preuve d'une motivation hors du commun et de Mohamed, deux sierraléonais qui devinrent amis dans un centre Ebola. Puis, celle d'un petit bébé victime de forte fièvre sans avoir été infecté par Ebola malgré qu'il fut allaité par sa mère, elle, diagnostiquée. 

Le médecin poursuit : « Un grand nombre de nos patients sont bientôt guéris, ils attendent juste leur test négatif final, donc l'atmosphère de la zone à haut-risque est très positive. » 

La médecine n'a rien d'ésotérique.

 

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