Climat : quand la Banque mondiale et le secteur privé détournent des financements

 Présenté comme un véritable succès lors de la conférence de Cancun, le fonds Vert pour le Climat n'existe toujours pas, un an plus tard. Mais il est l'objet de convoitisesdu secteur privé et financier. Business asusual

 

Présenté comme un véritable succès lors de la conférence de Cancun, le fonds Vert pour le Climat n'existe toujours pas, un an plus tard. Mais il est l'objet de convoitisesdu secteur privé et financier. Business asusual

Pas de Banque Mondiale dans les financements climat ! © Alter-Echos (www.alter-echos.org) Pas de Banque Mondiale dans les financements climat ! © Alter-Echos (www.alter-echos.org)

 

Un Comité de Transition avait été nommé pour faire des propositions de fonctionnement, de représentants et préciser les sources de financement. Lors de la dernière réunion du Cap (Afrique du Sud), les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite ont refusé les propositions qui étaient sur la table. Si bien que le comité de transition a présenté à Durban un rapport et des propositions qui ne font pas consensus.

 

Depuis l'ouverture de la conférence de Durban, les groupes de pays s'opposent sur la marche à suivre. Notamment les pays pouvant en être les bénéficiaires. Le groupe G77 + Chine n'a pas une position commune en la matière. Faut-il rouvrir les négociations et prendre le risque que le fonds ne voit pas le jour à l'issue de la conférence de Durban ? Faut-il en rester aux propositions actuelles ? Par exemple les pays de l'ALBA (Bolivie, Equateur, etc...), soutenus par l'Egypte souhaitent rouvrir les négociations. Selon eux, le document actuel manque clairement de précisions sur la personnalité juridique du fonds, sur son articulation avec le processus de négociations des COP, et sur les garanties d'absence de conflits d'intérêts entre l'organe de décisions du Fonds et le fait que les projets soient menés au niveau national. L'Union Européenne et les Etats insulaires, eux, ne veulent pas rouvrir ce débat.

 

Boîte de Pandore

 

Et du côté des ONG, associations et mouvements sociaux ? Eco, la lettre d'infos quotidienne rédigée par le Climate Action Network - coalition des grosses ONG telles que WWF - s'inquiète de voir ouverte une nouvelle boîte de Pandore, et pointe les « risques ». Rappelant l'exigence de sortir de Durban avec un fonds « opérationnel », Eco souhaite que soit décidé « d'où viennent les financements et comment le fond sera abondé au cours du temps ».

 

C'est justement le sujet qui fait bondir les organisations pour la justice climatique. Le 1er décembre, 163 organisations de 39 pays différents, parmi lesquelles Attac France, l'Aitec et les Amis de la Terre pour la France, ont rendu publique une lettre adressée aux membres du Comité de Transition et aux parties de la COP, s'inquiétant de voir le Fonds Vert pour le Climat transformé en un « Greedy Coporate Fund »1. Rappelant que ce fonds devait être créé « pour soutenir les populations des pays en développement les plus affectées par les dérèglements climatiques et les moins responsables pour cela », ces organisations considèrent qu'en l'état, ce fond servirait « les intérêts des entreprises multinationales et du secteur financier plutôt que de garantir le financement d'activités visant à protéger la planète et à lutter contre la pauvreté dans les pays en développement ».

 

Détournement de financements

 

Pour Meena Raman du Third World Network, ce qui se déroule dans ces négociations à Durban est « honteux ». La lettre précise que « l'objectif du FVC n'est pas de subventionner les entreprises multinationales ou les institutions financières ». « Détourner les financements destinés aux pays en développement est proprement scandaleux » selon Kare Orenstein des Amis de la Terre Etats-Unis. Il n'est pas exclu que le fonds utilise des instruments spéculatifs pour lever des capitaux sur les marchés financiers ou qu'ils s'appuient sur les marchés carbone pourtant grandement inopérants et inefficaces à ce jour. Pour Lidy Nacpil, de Jubilee South Asia, « permettre au secteur privé d'émarger directement au Fonds Verts pour le Climat sape toute possibilité pour un processus participatif et démocratique permettant de satisfaire les besoins des populations luttant contre les dérèglements climatiques ». Et tous de dénoncer le rôle donné à la Banque Mondiale dans l'administration de ce fonds.

 

Dans une lettre du mois de septembre, ces mêmes organisations avaient rappelé leurs exigences de base : « Les contributions au Fonds devraient être prévisibles, additionnelles et publiques » et « leur utilisation devrait être définie par les pays en voie de développement, sur la base de processus de planifications participatives et souveraines ». Autant de critiques et d'exigences qui ont été scandées lors de l'action « Pas de Banque mondiale et de secteur privé dans les Financements Climat » (diaporama ci-dessous) qui s'est déroulé ce jeudi 1er décembre, sur le terre-plein faisant face à la conférence des Nations-Unies. Pas sûr néanmoins que cela soit suffisant pour être entendu de l'intérieur des négociations et éviter que Durban ne se transforme en Conférence des Pollueurs...

 

Maxime Combes, membre de l'Aitec et d'Attac, engagé dans le cadre du projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

 

Pour aller plus loin :

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1Jeu de mots à partir de la dénomination anglaise du Fonds « Green Climate Fund » : « Greedy Coporate Fund » pourrait être traduit par « Fonds pour Entreprise Avide d'argent ».


 © Après Occupy Wall Street, Occupy la Terre ? © Après Occupy Wall Street, Occupy la Terre ?

 

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