Les dommages collatéraux du Covid-19

A l’heure du déconfinement, de nombreux professionnels constatent que cette période d’isolement a eu un impact néfaste sur l’autonomie des personnes âgées. Le constat est identique sur le développement moteur ou cognitif des enfants en situation de handicap.

Le respect des mesures barrières restreint de façon objective et comptable le temps d’activité pour chaque personne en France. Le ratio temps d’éducation et d’activités par patient/résident/enfant est en chute libre depuis ce 17 mars 2020. Les éducateurs dans les IME et ITEP et les professionnels dans les foyers de vie pour personnes adultes handicapées, et à tant d'autres qui avec le respect des mesures barrières ne peuvent accorder que quelques minutes à chaque personne quand ils réalisaient une prise en charge de plusieurs heures par jour avant ce Covid. Dans les EHPAD, combien de minutes sont occupées nos ainés en dehors des soins de nursing ?

 A l’heure du déconfinement, de nombreux professionnels constatent que cette période d’isolement a eu un impact néfaste sur l’autonomie des personnes âgées. De même sur le développement moteur ou cognitif des enfants en situation de handicap privés de structures.

 L'été a commencé, il ne manque que la canicule. Ces personnes fragiles devront une fois de plus réduire leurs déplacements et rester dans des pièces avec une température modérée. De plus, pour cette période, de nombreux professionnels de l'animation et de l'éducation vont prendre des congés et ne seront probablement pas remplacés, diminuant de fait l'encadrement de ces personnes à risque dans une période cruciale.

Pourtant, le temps de la réhabilitation, de la réadaptation est venu pour que ces milliers de personnes retrouvent leurs rythmes de vie et leurs habitudes. Pour cela, il faut un surcroit d’activités pour retrouver « la forme » psychique et fonctionnelle d’avant Covid ! Le risque, c’est que l’impact de ce confinement fixe définitivement les pertes motrices et cognitives de ces personnes à risque de dépendance ou de majoration du handicap. Chaque jour ce déficit d’activité majore ce risque. Ceux sont les premiers dommages collatéraux du Covid.

 J’ai décidé de partager, de porter mon expertise aux décideurs et financeurs de notre milieu.

 

Depuis mi-avril, j’ai sollicité :

-Tous les Présidentes et Présidents des Régions et des Départements qui ont reçu cette suggestion.

-Certains Députés de la mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences l'épidémie de Covid-19 ont été sollicités

-La Directrice du CNSA et la Présidente de la Conférence Nationale des Directeurs d'Etablissements pour Personnes Agées et Handicapées ;

-La Présidente de l'Agence du Service Civique ;

-La Direction Générale de la Cohésion Sociale (cellule de crise DGCS) ;

-Le Ministère de lʼEnseignement supérieur, de la Recherche et de lʼInnovation, celui de

l’emploi et celui des Solidarités et de la Santé;

-Le Directeur de France Assos Santé;

-Le Président de la Société Française de Gériatrie & Gérontologie.

 L'assise de cette réflexion universitaire repose sur  les grands axes de l’exercice de la responsabilité populationnelle pour un public à risque de fragilité. Il ne manque que les conditions requises pour déployer des actions de prévention de la perte d'autonomie. Cette responsabilité est une approche ayant fait ses preuves au Québec et dans certains pays nordiques. C’est la capacité à faire bénéficier de contextes de vie et des services dont la population a besoin, au moment opportun.

 J'ai suggéré un tutorat étudiant qui reflète parfaitement cet exercice. Après avoir échangé avec de nombreuses Présidences et cabinets, celui-ci a en effet des intérêts pour toutes les parties prenantes mais les domaines de compétence sont à la croisée des chemins entre celle du Département, de la Région et de l’Etat.  Ces actions de prévention concerneraient le lien social. Il ne faut pas de compétences spécifiques pour jouer de la musique, jouer aux cartes, faire de la peinture, lire le journal,… Ce sont des missions d’intérêt général, mutualistes ou relevant de l’économie sociale et solidaire, reconnues et validées par la communauté scientifique dans la prévention de la perte d’autonomie.

 Pour les étudiants, bon nombre n’ont pas eu de stages, d’interactions directes avec un public et certains sont en fin de cursus, à l’aube, de se lancer sur le marché de l’emploi. Ils ont besoin d’une expérience (même infime) pour leur CV alors que certaines tribunes évoquent depuis mai des diplômes « au rabais ».

 Lorsque l'Exécutif aura formalisé un programme de tutorat en direction des étudiants, alors cette proposition pourrait voir le jour. Dans notre canton, les résultats préliminaires d'une enquête auprès des EHPAD  suggèrent que les personnes en GIR 3-4 seraient les plus impactés. Quant aux adultes et enfants en situation de handicap, les structures  peinent à retrouver un fonctionnement ordinaire au service de leurs usagers...C'est une véritable course contre la montre qui s'engage pour les professionnels de l'autonomie et leurs familles.

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