La prime COVID des soignants, c'est en cash !

En France de nombreuses personnes ont quitté leur service pour venir renforcer les EHPAD et les Centres Hospitaliers. La prime COVID a été calculée à partir du service d'origine de l'agent. Dans un souci d'équité des cadres, des infirmiers coordonnateurs ont décidé de faire une cagnotte avec ce surplus. Puis de le diviser avec l’ensemble des équipes.

    On est le 31 c'est le jour de paye ne passez pas par la case départ et empochez la moitié !

    Jean ouvre son bulletin de salaire, il a touché 500 €. A la lecture de son bulletin de salaire il ne comprend pas. Certes il est heureux car il pourra très prochainement changer son rétroviseur qui coûte 690 €. Il est heureux d'avoir pris un tel risque pour se payer un rétroviseur.

Soudain son téléphone sonne. C'est Didier son ami et collaborateur.

   " Salut Jean, alors on part en vacances"

  " Et bien ne rigole pas, il faudra faire un choix entre réparer la voiture pour le contrôle technique et partir en vacances"

   " Tu déconnes, tu vas pouvoir faire les deux" répondit Didier

  " Et bien non j'ai touché 500 €" affirma Jean

   " 500 ils ont dû se tromper, j'ai touché 1000 €"  

   "Je t'assure que j'ai eu 500€ " répondit Jean

   "Appelle les ressources humaines ce n'est pas possible" s'exclama Didier

    Après cet appel, Jean appela les ressources humaines.

En effet il ne touche que 500 € car il travaille pour le centre hospitalier qui n'a pas été touché par le Covid. Néanmoins pendant cette période de guerre il a été renforcé les EHPAD. Il a travaillé  les weekends et  les jours fériés mais il n’est pas rattaché à l’EHPAD de façon administrative.  

    Didier lui est sous contrat avec l'EHPAD. Il n'a rien changé dans son rythme de travail mis à part la mise en place des mesures barrières. Il a donc touché logiquement les 1000 €.

    Jean et Didier,  c'est une amitié au travail de plus de 15 ans. Bien sur il y a eu des chamailleries, des rigolades, des moments intenses mais surtout un esprit de solidarité. Il partage une forme de relation différenciée, une conviction commune de partager une même vocation. C'est avant tout, l'histoire d'une rencontre sur les bancs de l'école pour le diplôme d'aide soignant. Ce sont des vacances passées ensemble, à se promettre de ne pas parler travail, à partir avec les enfants. Ils n'oublient jamais de s'offrir un cadeau à Noël ainsi qu’aux anniversaires. Bref,  c'est la grande famille hospitalière.

    Jean n'est pas en forme. Pour la première fois, il éprouve de la jalousie envers son ami mais aussi envers ses collègues car 500 € lui aurait permis de ne pas hésiter. Lui n'a pas hésité dans ces moments. D'ailleurs il n'a pas eu son mot à dire quand il a fallu venir renforcer. Un profond sentiment d'injustice vient s'ajouter à cela.

    Aujourd'hui par une simple application bureaucratique, Jean ne fait pas partie de la bonne case. Cela peut paraître paradoxal mais Jean est envahi d'un sentiment de honte. Il dira avec humour à ses enfants : "C’est comme pour le loto il n'avait pas les bons numéros".

    Didier le voit bien, au travail, les esprits s'échauffent, il y a une mauvaise ambiance. L'argent ne fait pas le bonheur mais cette forme de discrimination crée des tensions car l'argent est attendu.

    Certains ont décidé de ralentir la cadence,  ils travaillent au rythme d'une prime de 500 €. Jean est d'habitude plutôt bavard pendant les transmissions mais là le professionnalisme vacille.

   Après quelques jours dans cette situation tendue,  Didier décide d'appeler Jean et lui dit:

    "Écoute mon ami,  je n'ai pas pitié mais je n'hésite pas, je suis un ami de ton régiment nous avons été ensemble dans ces moments de doute alors tu vas accepter que je partage mes 500 € supplémentaires avec toi."

 

    En France de nombreuses personnes ont quitté leur service,  quitté leurs fonctions pour venir renforcer les EHPAD et les Centres Hospitaliers. La prime COVID a été calculée à partir du service d'origine de l'agent. Dans un souci d'équité et afin de ne pas créer plus de tensions, des cadres, des infirmiers coordonnateurs ont décidé de faire une cagnotte avec ce surplus. Puis de le diviser avec l’ensemble des équipes.

Il en est de même pour la Police Nationale entre ceux qui ont travaillé la nuit et ceux qui ont travaillé le jour…

La prime c'est en cash !

 

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