Un tutorat civique étudiant pour renforcer les rangs du médico-social cet été

Des milliers de personnes âgées s’ennuient, manquent d’activités au contraste de cette jeunesse pleine de vivacité d’esprit qui pourrait venir grossir les rangs du personnel dans le champ médico-social pour cet été. C'est par l'intermédiaire d'un tutorat civique gratifié qu'ils pourraient renforcer ces équipes de professionnels qui n’ont pas attendu cette pandémie pour être à genoux.

Je m’appelle Michael Bulvestre, je suis coordonnateur d'une unité de prévention de la fragilité des séniors au Centre Hospitalier de Saint-Pons-de-Thomières dans l'Hérault. Je suis également enseignant vacataire à l’université de Montpellier, Amiens et Bordeaux. Pendant cette pandémie, j’ai dû interrompre mon travail à l’université et j’ai renforcé l’équipe d’animation de l’EHPAD qui compte 130 résidents. En parallèle, je suis des étudiants à distance pour du suivi de stage et je réceptionne leurs inquiétudes portant parfois sur leurs conditions de vie (peu d’emplois saisonniers).

 

Depuis le mois d’avril, j’essaye de créer pour les étudiants : « un tutorat civique pour lutter contre la perte d’autonomie des résidents et des personnes en situation de handicap ainsi que pour leur curriculum vitae ».

 L’assise de cette longue réflexion repose sur les problèmes et les enjeux de santé des personnes dans les établissements du champ médico-social. A l’heure du déconfinement, de nombreux professionnels constatent que cette période d’isolement a eu un impact néfaste sur l’autonomie des personnes âgées, sur le développement moteur ou cognitif des enfants privés de structures,… Pour les étudiants, bon nombre n’ont pas eu de stages, d’interactions directes avec un public et certains sont en fin de cursus, à l’aube, de se lancer sur le marché de l’emploi. Ils ont besoin d’une expérience (même infime) pour leur CV alors que certaines tribunes évoquent depuis mai des diplômes « au rabais ».

 J’attire votre attention sur ces constats :

-Le respect des mesures barrières restreint de façon objective et comptable le temps d’activité pour chaque personne en France. Le ratio temps d’éducation d’activités thérapeutiques par patient/résident/enfant est en chute libre depuis ce 17 mars 2020. Aux psychologues qui doivent réaliser un suivi auprès de chaque résident, combien de temps peuvent-ils vraiment accorder lors de ces échanges ? Aux animateurs d’EHPAD qui doivent augmenter le nombre d’activités pour que les résidents ne restent pas isolés dans leur chambre au risque de glisser dans la perte d'autonomie. Combien de minutes sont occupées nos ainés en dehors des soins de nursing ?

-Aux éducateurs dans les IME et ITEP et aux professionnels dans les foyers de vie pour personnes adultes handicapées, et à tant d'autres qui avec le respect des mesures barrières ne peuvent accorder que quelques minutes à chaque personne quand ils réalisaient une prise en charge de plusieurs heures par jour avant ce Covid.

-De nombreux services Départementaux sont chargés de réaliser un état des lieux des stratégies déployées par les établissements médico-sociaux pendant cette période. Ces rapports seront prêts au coeur de l’été où la probabilité d’une canicule risque d’accentuer ces résultats. Ces personnes fragiles devront une fois de plus réduire leurs déplacements et rester dans des pièces avec une température modérée. De plus, pour cette période, de nombreux professionnels de l'animation et de l'éducation vont prendre des congés et ne seront probablement pas remplacés, diminuant de fait l'encadrement de ces personnes à risque dans une période cruciale.

 

En tant qu’universitaire, ma responsabilité est de favoriser l’accès à la connaissance des recommandations des sociétés savantes sur le domaine de l’autonomie. Si l’on donne un sens pratique à celle-ci alors mon devoir est d’agir davantage en amont de la perte d’autonomie.

Le temps de la réhabilitation, de la réadaptation est venu pour que ces milliers de personnes retrouvent leurs rythmes de vie et leurs habitudes. Pour cela, il faut un surcroit d’activités pour retrouver « la forme » psychique et fonctionnelle d’avant Covid ! Le risque, c’est que l’impact de ce confinement fixe définitivement les pertes motrices et cognitives de ces personnes à risque de dépendance ou de majoration du handicap. Chaque jour ce déficit d’activité majore ce risque. Ceux sont les premiers dommages collatéraux du Covid.

Des milliers de personnes âgées s’ennuient, manquent d’activités et d’échanges, au contraste de cette jeunesse pleine de vivacité d’esprit qui pourrait venir grossir les rangs du personnel dans le champ médico-social pour cet été. C'est par l'intermédiaire d'un tutorat civique gratifié qu'ils pourraient renforcer ces équipes de professionnels qui n’ont pas attendu cette pandémie pour être à genoux. Ces étudiants sont autant de « main d’oeuvre » que leurs nombres pourraient être une arme précieuse pour qu’aucun esprit ne soit abandonné au bord du chemin.

 J’ai décidé de partager, de porter mon expertise aux décideurs et financeurs de notre milieu.

Depuis mi-avril, j’ai sollicité :

-Tous les Présidentes et Présidents des Régions et des Départements qui ont reçu cette suggestion.

-Certains Députés de la mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences l'épidémie de Covid-19 ont été sollicités

-La Directrice du CNSA et la Présidente de la Conférence Nationale des Directeurs d'Etablissements pour Personnes Agées et Handicapées ;

-La Présidente de l'Agence du Service Civique ;

-La Direction Générale de la Cohésion Sociale (cellule de crise DGCS) ;

-Le Ministère de lʼEnseignement supérieur, de la Recherche et de lʼInnovation, celui de

l’emploi et celui des Solidarités et de la Santé;

-Le Directeur de France Assos Santé;

-Le Président de la Société Française de Gériatrie & Gérontologie.

Les quelques réponses sont unanimes, lorsque les décideurs de l’Etat auront formalisé un programme de tutorat en direction des étudiants, alors cette proposition pourrait voir le jour.

Il existe plusieurs solutions purement indicatives pour tenter cette expérimentation cet été, dont :

 -Un allègement des démarches du Service Civique pour l’été pour le champ médico-social ;

 -Un tutorat civique régional ou départemental. Il pourrait être gratifié à 3.9 euros Net par heure comme les stages universitaires (15 % du plafond horaire de la sécurité sociale). Ce tutorat serait réservé aux étudiants. Pour un mois de travail à 35h / sem : cela revient à 591.51 euros. Le financement pourrait être partagé entre l’opérateur (50 %) et les collectivités. L’opérateur aurait le droit à un tutorat par mois. L’expérimentation pourrait porter sur quelques Régions en raison du peu de temps restant;

-Pour les personnes âgées, un encadrement de ce tutorat par la conférence des financeurs (CNSA);

-...

Selon les sociétés savantes, ces actions de prévention concernent des activités sociales, cognitives et physiques. Celles-ci concernent le lien social. Il ne faut pas de compétences spécifiques pour jouer de la musique, jouer aux cartes, faire de la peinture, lire le journal,… Ce sont des missions d’intérêt général, mutualistes ou relevant de l’économie sociale et solidaire, reconnues et validées par la communauté scientifique dans la prévention de la perte d’autonomie.

Je viens d'illustrer les grands axes de l’exercice de la responsabilité populationnelle pour un public à risque de fragilité. Il ne manque plus que les conditions requises. C’est la capacité à faire bénéficier de contextes de vie et des services dont la population a besoin, au moment opportun. Cette responsabilité est une approche ayant fait ses preuves au Québec et dans certains pays nordiques.

Ce tutorat reflète parfaitement cet exercice. Après avoir échangé avec de nombreuses Présidences et cabinets, celui-ci a en effet des intérêts pour toutes les parties prenantes mais les domaines de compétence sont à la croisée des chemins entre celle du Département, de la Région et de l’Etat.

A ce jour, Mme Delga, M. Muselier, M. Mesquida et M. Gouttebel sont les Présidents qui m'épaulent dans l'élaboration de ce projet de solidarité nationale. Afin de susciter la curiosité de l’Exécutif, j’espère que la presse et les médias avec sa vitesse d'information me permettront de susciter la curiosité. Cette dernière étape pourrait permettre à ce projet intergénérationnel d'être expérimenté pour cet été et pourquoi pas chaque été.

M.Bulvestre

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