Qatar Papers : Quand le journalisme s’appauvrit, et le journaliste s'enrichit !

Approximations et erreurs de données, M. MALBRUNOT n'hésite pas à emboîter le pas à une certaine presse à charge, et s'enlise au Pays des Volcans.

« Bonjour Monsieur DJEBLI, je suis M. Malbrunot, j’aimerais vous rencontrer pour parler de votre projet de mosquée et d’école, comme je suis de passage à Clermont-Ferrand pour la commémoration du centenaire du journalisme, et je ne vais pas rester longtemps … » Malbrunot … Georges Malbrunot ? Le nom me rappelle les otages en Irak et la mobilisation de notre mosquée en 2004 pour leur libération ainsi que la direction de Musulmans de France (ex-UOIF) au sein du Conseil Français du Culte Musulman.

Reçu avec les dirigeants actuels de l’association Cultures et Citoyenneté, et en servant le café, je lui signifie notre méfiance vis-à-vis d’une certaine presse, notamment celle où il travaille vu l’affaire du foulard qu’on agite comme épouvantail à chaque fois, comme s’il en dépendait la paix sociale ! Nous lui posons également quelques questions sur son emprisonnement en Irak et sa vie en captivité avec M. CHESNOT, qui « grâce à sa connaissance de la langue arabe, pouvait déterminer si les propos étaient hostiles ou pas ».

Nous profitons de l’occasion de faire visiter les locaux avant l’affluence des fidèles à la prière du coucher du soleil et au passage, il ne manque pas de poser la question sur le financement, d’une manière subtile.

Nous nous retrouvons après la prière, pour discuter un moment autour de notre projet d’agrandissement de notre mosquée et du projet de la création d’un établissement scolaire, sous forme d’un collège privé à l’instar des autres projets naissant tels qu’Al Kindi à Lyon, Averroès à Lille et Ibn Khaldoun à Marseille.

Un échange cordial s’établit. Nous abordons la question du financement de l’extension et de la création de l’établissement scolaire. En effet, nous avons acheté les maisons mitoyennes à la mosquée dont la plupart étaient inhabitées pour une valeur de 640 000 euros entièrement collectés localement et en France. Un gala organisé à cet objet nous a permis d’en collecter près de 200 000 euros. Nous sommes convaincus que nous avons la capacité locale de financer nos projets et nous n’acceptons de l’argent de l’extérieur que s’il nous est accordé sans conditions.

Vous imaginez ma stupeur de découvrir notre histoire dans un livre "Qatar Papers" en quelques pages dont l’imprécision sidérante, ne peut être mise que sur l’incompétence du journaliste, ou sur sa malhonnêteté !

Reprenons ! Ni l’adresse du local, ni le bâtiment servant de mosquée, ni les noms des protagonistes ou leurs fonctions ne sont exacts, à part le mien. A se demander, de quelle mosquée parle-t-il ? Je ne travaille pas chez Siemens non plus !

N’hésitant pas à glisser la fameuse « branche française des Frères Musulmans », il s’inscrit dans cette presse à charge, ou à défaut de lecteurs et en perte de part de marché et en quête du sensationnel, il n’hésite pas à lancer des insinuations graves mettant en péril la tranquillité et le bon vivre-ensemble.

Je cite : « l’association clermontoise, qui ne cache pas sa filiation avec la branche française des Frères musulmans, comptait dans ses rangs Bouchir Bouhzeir, le beau-frère de Fouad Alaoui, ancien patron de l’UOIF » M. Fouad ALAOUI, qui a mis sa vie en danger pour négocier leur libération, a bien un beau-frère mais, pas sous cette orthographe du tout !  Un journaliste, qui est censé informer mais qui ne s'informe pas ... bizarre, vous dîtes ?!

« « Et vous n’avez pas sollicité des donateurs étrangers ? » Après quelques secondes de silence pendant lesquels il regarde ses amis, l’informaticien de Siemens répond par la négative » Mais quelle professionnelle et objective façon, de faire dire au silence, les convictions de l’auteur ! Nous lui concédons toutefois sa conclusion, incontournable, car elle est dans la bouche de tout responsable d’associations citées dans le livre : nous acceptons tout financement, à partir du moment, qu’il est sans conditions.

Dans un paragraphe qui commence par « À l’été 2016, Janna C., la fille d’un fidèle qui fréquentait la mosquée, a été arrêtée par les policiers clermontois, alors qu’elle s’apprêtait à commettre un acte terroriste. », information totalement fausse, M. MALBRUNOT n’hésite pas à jeter en pâture une jeune femme, qui n’est même pas originaire de la région, et ne fréquentait pas la mosquée. Je laisserai le soin aux services de police, qui font un excellent travail discret et efficace pour assurer la sécurité de tous les lieux de culte de l’agglomération, de lui répondre. Impliquée depuis plus de 20 ans dans le dialogue inter-religieux, l'association vit avec les autres communautés en bonne intelligence dans le respect et l’estime mutuelles. Et même quand les services de Police lui confirment, cela ne lui suffit pas.

Avant de partir, évoquant la question d’actualité de la visibilité de l’islam dans l’espace publique, je voulais un conseil de la part d’un expert, « Devons-nous rester discrets ? » et sa réponse : « Je pense qu’il vaut mieux » conclut-il.

Alors, parcourant ce livre que je me refusais d’acheter d’ailleurs, voici mon impression de citoyen engagé. Un livre rédigé avec une idéologie préconçue, à charge pour démontrer et semer la peur envers un islam ouvert contextualisé et en pleine réforme qu’il appelle islam des Frères Musulmans. Si ce n’était le cas, on pourrait parler aussi du financement du PSG, du financement provenant d’Algérie, du Maroc, de la Turquie, et autres !

Puis, on est en droit de poser la question inverse : « M. MALBRUNOT tout ce travail de deux années, a nécessité des déplacements, des contacts, des droits d'accès à des documents, à des frais d’hôtellerie, de loyer, d’investissements. Qui finance votre travail ? et vos approximations ? »

Et pour conclure, sur cette histoire de financement, qui selon votre propre étude, ne s’élève qu’à 1% du financement total des 2 500 mosquées, en voyant tristement et avec un pincement au cœur, l’incendie de Notre-Dame-de-Paris, et puis, l’incroyable mobilisation des portefeuilles, je n’avais qu’un seul souhait qu’un de ces portefeuilles s’ouvre pour nous et nous envoie de quoi élargir nos mosquées !

Je ne sais M. MALBRUNOT ce qui vous anime, mais, je n’achèterai pas votre livre et je ne le recommanderai pas pour la simple raison, qu’à chaque fois que j’y pense, un seul mot me vient à l’esprit : torchon !

 

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