Où en est le marché de l'intérim en cette rentrée 2019 ?

Le marché de l'intérim est en France dominé par trois géants étrangers, quelques entreprises françaises importantes, plusieurs groupements d'acteurs indépendants, sans oublier de nouveaux venus, spécialistes du recrutement dématérialisé. Au total, ils forment un secteur important de l'emploi, la France figurant parmi les plus gros utilisateurs de l'intérim au monde.

Cet état des lieux est-il appelé à durer ou les mutations profondes que connaissent l'emploi et le recrutement sont-elles au contraire de nature à menacer l'intérim, du moins tel que nous le connaissons aujourd'hui ?

Trois géants, deux champions nationaux et des indépendants

Adecco, Randstad et Manpower dominent très largement l'intérim en France. Le Suisse, le Hollandais et l'Américain trustent en effet plus de la moitié du marché. Leurs tailles, leurs renommées, leurs réseaux, leurs moyens humains et financiers leur permettent en effet de dominer leurs concurrents. Parmi ces derniers, deux entreprises françaises, Synergie et Crit, sont cependant devenues très importantes, en France et à l'étranger. Pour faire face à ces cinq leaders, de nombreux acteurs locaux se sont regroupés en réseaux, pour conjuguer leurs moyens. Parmi eux figurent notamment Domitis, qui rassemblent plus de 500 agences, Coalys (250 agences) ou encore Reseo et Aprime. Très rares sont celles, encore indépendantes et "seules", comme Facilium, une agence intérim basée à Rennes, à pouvoir lutter contre les géants du secteur. C'est évidemment en affichant et en instiguant une philosophie différente, centrée sur la relation humaine, l'écoute, le sens de l'adaptation et l'entraide, que ces "petits" parviennent à tirer leur épingle du jeu.

À ces acteurs « physiques » s'ajoutent désormais des concurrents dématérialisés, qui n'existent qu'en ligne. Au cours des dernières années, plusieurs de ces start-ups, notamment Gojob, Bruce, Qapa ou encore Onvabosser.fr, ont procédé à des levées de fonds importantes, leur objectif étant à terme de capter une partie du marché en jouant sur la souplesse, la réactivité, la proximité — applis et géolocalisation — et la baisse des coûts.

Comment l'emploi intérimaire se porte-t-il en 2019 ?

L'intérim, c'est un peu comme le bâtiment : quand il va, tout va. Or en 2019, il ne va pas très bien. Depuis plusieurs mois en effet, les chiffres publiés mettent en lumière une baisse de l'emploi intérimaire. De janvier à juin, il a ainsi reculé dans dix régions françaises sur douze, cette baisse atteignant 10 % en Centre-Val-de-Loire et 2,1% en Ile-de-France. Pour certains observateurs, il s'agit là des signes avant-coureurs de la prochaine catastrophe, l'intérim constituant un bon indicateur de ce qui se profile. Lors de la crise de 2008, la baisse de l'intérim était ainsi en moyenne de 10% dans l'Hexagone. Conflits commerciaux entre les États-Unis et la Chine, récession en Allemagne, Brexit, explosion des niveaux de dettes publiques et privées, crise climatique, émigration massive, les nuages qui s'amoncellent sont nombreux en effet… Pour autant, d'autres spécialistes estiment que la correction actuelle est normale après les très fortes progressions de l'emploi intérimaire avant l'actuelle décrue. Selon eux, pas de quoi s'alarmer en tout cas. Et peut-être en effet le danger pour l'intérim est-il plutôt à chercher du côté de la mutation profonde du marché du travail.

Quel avenir pour l'intérim ?

Ce qui jusqu'à présent fait — faisait ? – la force de l'intérim est sa souplesse, la possibilité qu'il offre aux entreprises de trouver facilement les salariés dont elles ont ponctuellement besoin. L'entreprise d'intérim s'occupe en effet de tout, de la sélection des candidats jusqu'à leur rémunération. En contrepartie, l'entreprise la paie et, à la fin de la mission, l'intérimaire quitte l'entreprise. Plus cher, mais pratique et confortable. Avec les nouvelles technologies, il est désormais possible de faire encore plus souple et, surtout, beaucoup moins cher. Un argument de poids pour les entreprises clientes qui peuvent aujourd'hui faire appel à des pure players, autrement des agences d'intérim dématérialisées. Ces nouveaux venus disposent des moyens technologiques qui leur permettent de trouver vite, bien, et « bon marché » les compétences dont leurs clients ont besoin. Ils mettent en contact candidats et entreprises par Internet, via une appli notamment, puis prennent en charge tâches administratives et rémunération. Simple et efficace en effet ! Mais il y a encore mieux — ou pis, selon ce que l'on pense des évolutions récentes : les plates-formes destinées aux free-lances. Avec elles, les entreprises ont juste à s'inscrire en ligne, comme le font les candidats, qui sont le plus souvent sélectionnés en amont. Il suffit ensuite aux clients et poster des missions et aux candidats de postuler, les procédures d'attribution du travail pouvant ensuite différer. Que restera-t-il demain à l'intérim traditionnel ?

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