Qu'est-ce que la discrimination positive en France aujourd'hui ?

Après l’élection d’une nouvelle majorité pour diriger le pays, l’ascenseur social – qu’Emanuel Macron avait promis de remettre en marche –, semble toujours bloqué… Or la question urgente qui se pose aujourd’hui dans les pays occidentaux est la remise en marche de cet ascenseur pour les plus pauvres.

Après l’élection d’une nouvelle majorité pour diriger le pays, l’ascenseur social – qu’Emanuel Macron avait promis de remettre en marche –, semble toujours bloqué… Or la question urgente qui se pose aujourd’hui dans les pays occidentaux est la remise en marche de cet ascenseur pour les plus pauvres.

Les outils pour ce faire et pour mesurer les progrès accomplis font toujours des gros mots. Les penseurs de l’aire anglo-saxonne de la justice sociale – John Rawls, Amartya Sen, Will Kymlicka… – ont qualifié à juste titre ces outils comme faisant partie du dispositif de la discrimination positive. Mais la bataille des critères qui sont censés en identifier les bénéficiaires a fait rage par la suite, rendant ce droit toujours plus complexe et empêchant, en France en particulier, d’être « raisonnables » sur le sujet.

En réalité, la discrimination positive n’appartient ni aux Blancs, ni aux Noirs, ni aux Arabes, ni aux Asiatiques, ni aux Latinos de France, ni même aux personnes en situation de handicap, ni aux femmes. En premier lieu, elle appartient aux pauvres, consistant en un outil de promotion sociale, en un parcours d’insertion, pour ceux qui en ont le plus besoin. Bien entendu, les classes populaires sont largement « mieux » représentées dans les quartiers en déshérence, ainsi que dans certaines zones semi-rurales ou rurales, et elles sont davantage significatives du melting pot identitaire que le reste de la société…

Les sciences sociales nous enseignent que cette diversité est un atout, et constituerait même un gage de performance. Chiche ! La discrimination positive ne met pas les plus fortunés en danger, puisque ce deal gagnant-gagnant crée de la richesse ; mais cette richesse est, pour une fois, redistribuée.

Les différentes identités qui composent notre pays ont toujours constitué une source de richesse. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin, et considérer que les personnes d’origine immigrée, quelle que soit leur provenance, sont un facteur de sous-développement ?

La France est une grande puissance. Elle est un modèle de démocratie et d’Etat de droit pour nombre de nations. Elle a les moyens d’intégrer de nouveaux arrivants, certes pauvres, quelles que soient leurs appartenances (ethniques, culturelles, religieuses…).

Ceux qui veulent différencier les Arabo-musulmans, les Africains subsahariens, les Asiatiques, les Latinos selon une « hiérarchie » des races en seront pour leurs frais. La race a toujours été un puissant vecteur de différenciation tout au long de l’Histoire ; à nous d’en inverser la tendance en en faisant un authentique instrument de réussite sociale. Plutôt que d’effacer le terme de « race » dans la Constitution, mieux vaut en faire un outil de différenciation positif à la fois pour la société et les individus qui la composent.

C’est le seul moyen de contrer les funestes prétentions suprématistes, rampantes ou avérées. Refaire des égaux, pour éradiquer plusieurs siècles de colonisation, d’esclavage, de souffrance, de génocides… Une revanche par le succès, comme on sait si bien le faire en France, et nulle part ailleurs.

Or, aujourd’hui, les cultures et religions ont, à leur tour, pris la place de ce vecteur de différenciation qu’est la race, pour exclure, pour dénier l’existence des peuples, pour lutter contre l’autonomie… Mais elles peuvent aussi constituer un puissant facteur d’intégration, à condition d’en organiser les conditions du dialogue interculturel et intercultuel, et de se convaincre de la pertinence du principe d’égalité, et de sa portée historique révolutionnaire. En redonnant du sens au vivre-ensemble, elles doivent permettre d’éviter le pire.

Race et religion, culture et domination, pauvreté et progrès, classes laborieuses et richesse, sont des concepts à articuler et non à opposer – à manier toujours dans le bon sens : celui d’une vie en société qui ne laisse personne sur la route et qui profite au plus grand nombre.

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