Manifeste pour le vivre ensemble

Le pays poursuit sa crise identitaire au fil des gouvernements successifs. Le sujet de l'accueil des migrants démontre que la possibilité de vivre tous ensemble, quelle que soit sa culture, n'est pas encore reconnue. Plaidons pour davantage de cohésion sociale, en luttant contre les discriminations. La France doit réaffirmer sa devise de fraternité...

La question du vivre-ensemble taraude la société française. Après la vague d’attentats qu’a connue la France en 2015-2016, la tentation du repli sur soi est palpable parmi toutes les couches de la population. Certains considèrent que l’identité nationale est en péril, tandis que d’autres se réfugient dans la religion. Les prochaines échéances électorales n’aident probablement pas à mieux dénouer cette crise, chacun versant dans la surenchère, et parfois la démagogie.

Notre société est multiculturelle, il faut désormais l’admettre. A l’instar des autres pays occidentaux, la question se pose de savoir s’il faut traduire cette réalité dans les normes et dans les institutions. La gauche a trop longtemps considéré que l’alpha et l’oméga des réformes nécessaires se situaient au niveau des tropismes économiques et sociaux. La droite a tendance à copier les solutions de l’extrême-droite en considérant que le facteur culturel ou sociétal est un boulet pour la cohésion. C’est donc un jeu à somme nulle.

Le danger est réel de voir toute une partie de notre jeunesse fuir notre pays, voire l’attaquer sur son propre sol. La radicalisation des jeunes musulmans constitue un souci majeur auquel il faut faire face avec fermeté. Faciliter leur intégration, grâce à un logement ou un emploi ne suffit plus. Il faut se donner les moyens de donner un sens à leur existence, autrement que par le biais de la violence.

La lutte contre les discriminations est l’un des aspects essentiels de cette véritable guerre contre nous-mêmes. La reconnaissance des divers critères prohibés sur laquelle s’est fondé notre pacte républicain depuis la guerre est arrivée à son terme. Il faut désormais rassembler au-delà des communautés en promouvant le dialogue interculturel et le syncrétisme de nos croyances. La neutralité de l’espace public ne doit cependant pas être mise en cause, sous réserve de définir ses frontières et ses limites.

Il appartient à la société civile de définir ses propres aspirations. La continuité de l’Etat, la qualité de nos services publics, la probité de nos dirigeants, sont des facteurs aidant. Mais la sécurité et la tranquillité sont désormais l’affaire de tous. Tout comme l’éducation et l’enseignement sont des valeurs partagées entre les pouvoirs publics et les familles, il faut construire une nouvelle forme de cohésion nationale autour d’enjeux simples et durables. La République ne se résume pas aux textes constitutionnels, elle consiste également en un état d’esprit, elle promeut des valeurs telles que l’équité, la fraternité et la tolérance.

La stigmatisation de l’une ou de l’autre de nos composantes sociales n’est donc plus de mise. Les réformes que nous devons mener doivent désormais intégrer une dimension culturelle, sans pour autant remettre en cause le bien commun. Cette dimension culturelle est incontournable pour l’identité de chacun. Le slogan canadien des « accommodements raisonnables », tout comme l’ensemble des concepts du vivre ensemble anglo-saxons sont inadaptables à notre société.

Il nous faut donc perpétuellement et rapidement inventer, se réinventer et persévérer dans ce sens. Renan nous disait que « la nation est un plébiscite de tous les jours ». Prenons-le au mot.

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