L’immigration, un débat récurrent qui mérite un autre sort...

Emmanuel Macron a choisi de faire de l’immigration sa cible de rentrée. Alors que les théories libérales ont beau nous enseigner que les flux de main d’œuvre sont une chance pour l’économie, concernant les politiques d’immigration, on ne sait plus à quel saint se vouer! Remontons un peu dans le temps... Par Asif Arif & Mehdi Thomas Allal

Désormais, concernant les politiques d’immigration, on ne sait plus à quel saint se vouer ! Alors que les théories libérales ont beau nous enseigner que les flux de main d’œuvre sont une chance pour l’économie, Emmanuel Macron a choisi de faire de l’immigration sa cible de rentrée. Remontons un peu dans le temps avec ce courant de la vie publique française.

Les Trente glorieuses ont constitué un formidable appel d’air pour les travailleurs et les travailleuses immigré-e-s. Le manque d’ouvriers a permis à de nombreux ressortissants de nos anciennes colonies de bâtir un avenir durable pour leurs enfants en métropole. Mais l’échec des politiques d’intégration, à compter du début des années 1980, a plongé les jeunes issus de l’intégration dans un profond désarroi vis-à-vis de la classe politique et des institutions.

À la suite des émeutes au début des années 2000, les milieux d’affaire s’étaient émus de constater que ces jeunes ne constituaient pas la force vive de nos entreprises. Le mot d’ordre est alors devenu le suivant : pourquoi faire appel à l’immigration, s’il les Français-e-s issu-e-s des quartiers populaires peuvent remplir le job ? Le nouvel objectif assigné aux pouvoirs public visait donc à lutter contre toute forme de discrimination et à introduire une dose de « diversité » - raisonnable – partout où cela fût désirable et possible.

Les crises migratoires ont remis en cause ce schéma harmonieux. Et la montée du Front/Rassemblement national a poussé les gouvernements successifs à une surenchère électorale fort dommageable pour la cohésion sociale. Dorénavant, sous prétexte que les auteurs de discrimination raciale ne font pas de distinction, les immigrés et les enfants d’immigrés ont été mis dans le même « sac », plutôt que d’être placés sur un pied d’égalité.

De nombreux essayistes « déclinistes » français, tels que Renaud Camus, Eric Zemmour ou encore Laurent Bouvet, ont préparé le terrain, y compris à gauche de l’échiquier, en se réjouissant, voire en tentant, de raccrocher la montée des partis populistes européens aux atermoiements de nos dirigeants relatifs aux politiques migratoires.

Pour, enfin, rompre avec cette doxa, et rompre également avec les théories libérales, nous souhaitons pourfendre la vision, en réalité pessimiste, de ces auteurs et de nombreux responsables, pour défendre une immigration de paix et de solidarité avec les pays en proie à la guerre, aux dérèglements climatiques ou encore saignés par les conflits internes qui surgissent surtout et partout dans le tiers-monde.

Cette immigration de paix et de solidarité, inévitable et inéluctable dans un monde globalisé, peut nous amener à revoir et à moderniser nos politiques d’intégration sur le fondement du principe de fraternité.

Sauver des vies en Méditerranée, Prévoir des parcours d’intégration, inciter à l’entraide populaire, multiplier les espaces de discussion entre communautés, accompagner les migrants sur le plan psychologique, sont des pistes parmi tant d’autres. Redonnons une chance à l’humanité et à l’universel, là où les autres dogmes ont échoué.

Asif ARIF, avocat au Barreau de Paris et auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et la laïcité ;
& Mehdi Thomas ALLAL, maître de conférences à Sciences Po et responsable du pôle
« Vivre ensemble » au sein du think tank le Jour d’après (JDA).

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