Crise au Soudan. Al Bachir doit rendre des comptes

Omar Al Bachir a laissé un lourd héritage aux Soudanais. Avec les membres de son clan, au pouvoir trois décennies durant, il a détourné des fonds publics. Les sources du renseignement soudanais indiquent que les fonds subtilisés ont trouvé refuge au Qatar et en Iran, les deux pays avec lesquels, Al Bachir avait de solides relations.

Omar Al Bachir au tribunal Omar Al Bachir au tribunal
Les autorités soudanaises multiplient les gestes de bonne volonté en vue d’un retrait de Khartoum de la liste américaine des États « soutenant le terrorisme ». Par ailleurs, le pays a annoncé son intention de livrer le dictateur déchu Omar Al-Bachir à la Cour pénale internationale (CPI).

Plus encore, le Soudan a également signé un accord avec les proches des marins américains tués dans l’attentat contre le navire de guerre USS Cole au Yémen en 2000. Cette attaque – revendiquée par El-Qaëda et qui avait tué 17 soldats américains – avait été perpétrée par deux kamikazes qui s’étaient entraînés au Soudan.

Si Khartoum figure sur la liste noire depuis 1993, le renversement de Al-Bachir l’an dernier a permis d’entamer des pourparlers entre les nouvelles autorités soudanaises de transition et Washington pour ne plus figurer sur la liste noire américaine. Les Etats-Unis avaient alors mis comme condition l’indemnisation des familles des victimes. 

Khartoum s’est d’ailleurs récemment félicité du bon déroulement des négociations avec les États-Unis et a annoncé le 2 février – par le biais de son Conseil souverain – l’invitation du dirigeant Abdel Fattah Al-Burhane pour une visite officielle à Washington, la première invitation d’un haut responsable soudanais par les États-Unis depuis plus de 30 ans.

Toutefois, L’ONU met en garde contre un effondrement du pays. Une année après avoir été en première ligne pour faire tomber le régime d’Omar Al-Bachir, les médecins soudanais mettent en garde contre un nouvel ennemi: le coronavirus.

Le gouvernement de transition reconnaît les pénuries de matériel médical, mais il pointe les presque trente ans de dictature d’Omar Al-Bachir, qui ont mené le Soudan à la ruine.

La situation du Soudan est d’autant plus préoccupante que le pays ne peut compter que sur lui-même. «Il n’y a qu’une manière de prévenir une catastrophe humanitaire: les donateurs doivent tendre la main au Soudan», réclame la haut-commissaire aux droits de l’homme Michelle Bachelet.

Un plan d'urgence  été lancé par Abdallah Hamdok pour lutter contre le chômage, pour le renforcement des institutions économiques et la réouverture des discussions avec les bailleurs de fonds internationaux, dont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). L'institution de Bretton Woods a fait un constat amer : « Malgré les opportunités créées par le changement de régime et la bonne volonté du gouvernement, les défis sont de taille », peut-on lire dans le compte rendu des analystes du FMI publié en février dernier.

Les investissements pour relancer la compétitivité, rétablir les équilibres budgétaires et baisser l'inflation sont difficiles, voire impossibles à concrétiser et le pays croule sous le poids d’une dette colossale de plus de 150 milliards de dollars.

Des fonds qui n’ont pas toujours servi au développement du pays. Selon des sources au sein du renseignement soudanais, des millions de dollars ont été exfilrés du pays  au bénéfice de l’ancien dictateur et ses complices au pouvoir. Des fonds qui ont trouvé refuge en Iran et au Qatar, pays avec lesquels Al Bachir maintenait des liens solides depuis les années 90.

Le développement du port de Suakin en mer Rouge au large des côtes soudanaises, a fait l’objet d’un accord entre le Qatar et le Soudan en mars 2018. Etait-ce vraiment un investissement économique? Des doutes planaient sur la destination des fonds surtout après que le gouvernement érythréen ait publié une déclaration accusant le Qatar de financer des groupes extrémistes au Soudan. Selon les mêmes sources Al Bachir a touché des pots de vin sur ce projet.

Omar Al Bachir avec l'Emir du Qatar Omar Al Bachir avec l'Emir du Qatar
«Les partisans de l’islamiste radical, Mohammed Jumma (un terroriste notoire), ont secrètement ouvert un bureau dans une zone isolée pour organiser des activités politiques et militaires et pour former leurs membres. Le financement de leurs activités est assuré par l'ambassade du Qatar à Khartoum. La formation et les autres fonctions logistiques sont gérées par le Service soudanais de sécurité et de renseignement », indiquait le communiqué.

Le Soudan est aujourd’hui à la croisée des chemins. Il est obligé de trouver une issue viable à la crise dans laquelle il se débat, aggravée, d’autant plus, par la pandémie du Covid-19. Mission impossible sans le soutien de la communauté internationale et les organisations financières internationales qui exigeront d’abord le rapatriement des fonds.

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