Terrorisme. L’Europe est-elle vraiment unie?

La lutte contre le terrorisme a peu de chance de réussir si elle n'est pas menée par un ensemble de pays unis. L'Europe, qui a le plus souffert de ce fléau, est consciente du problème. Elle a mis en place un arsenal impressionnant de mesures intégrées. Et pourtant, il reste encore des maillons faibles.

L'attentat du marché de Noël de Berlin. Pourtant l'Allemagne avait été prévenue. L'attentat du marché de Noël de Berlin. Pourtant l'Allemagne avait été prévenue.
« Le terrorisme constitue une menace réelle pour la démocratie, l’État de droit et la jouissance des droits de l’homme ». Telle est la conviction du Conseil de l'Europe qui a mis en place les mécanismes juridiques et opérationnels pour lutter contre ce phénomène.

Si la convention de Vienne de 2005 est le principal instrument juridique de cette politique, le Comité du Conseil de l’Europe de lutte contre le terrorisme (CDCT) a pour mission de « suivre et de garantir la bonne mise en œuvre des instruments juridiques pertinents du Conseil de l’Europe, tout en fournissant aux experts internationaux un outil pour analyser les évolutions dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et pour répondre à ces évolutions, y compris par l’élaboration de normes internationales », souligne le Conseil de l’Europe.

L’Europe est consciente que le problème du terrorisme doit être traité en amont, c’est-à-dire au niveau du discours intégriste notamment sur les réseaux sociaux.

Refuge pour terroristes

Le potentiel terroriste en Europe s’est intensifié depuis que l’organisation de l’Etat islamique (Daesh) a été mise en échec en Irak et en Syrie, ce qui a poussé plusieurs de ses membres et adeptes de fuir vers l’Europe. La question de l’immigration est alors revenue au devant des préoccupations.

C’est pourquoi, en France, pays qui a profondément souffert du terrorisme, le président Emmanuel Macron a élaboré un projet pour réformer  l’espace Schengen,  étant convaincu que la lutte contre l’immigration clandestine fait partie de la lutte contre le terrorisme. Les attentats de Nice et de Vienne peuvent être interprétés dans ce sens.

La réforme Schengen, censée renforcer la gestion des frontières extérieures de l’Union et préserver la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen, devra être présentée au deuxième trimestre 2021.

Toujours en France, le débat sur le séparatisme se poursuit depuis que Macron a présenté son plan de renforcement de la laïcité, valeur clé de la république, et de lutte contre le communautarisme. Après les attentats islamistes, celui à proximité des anciens locaux de « Charlie Hebdo », l’assassinat de Samuel Paty et l’attaque contre la Basilique de Nice, le texte a été corsé par l’ajout d’un nouveau délit, la « mise en danger de la vie d'autrui par diffusion d'informations privées ou familiales ».

Toutefois, quelques soient les actions françaises, l’unanimité est faite en Europe, il ne peut y avoir de lutte efficace contre l’intégrisme et le terrorisme que dans un cadre uni.

De l’autre rive du Rhin

Et là va se poser un sérieux problème et la première question qu’on doit poser est de savoir si tous les pays font leur part de l’effort commun.

Les yeux se sont tournés dernièrement sur l’Allemagne qui semble procéder d’une manière qui suscite la stupéfaction de ses partenaires européens.

Ce pays semble adopter les terroristes dont certains vivent normalement sur son territoire, avec la bénédiction du service fédéral de renseignement, le Bundesnachrichtendienst.

Des reportages réalisés par la télévision française M6 ajoute au désarroi de ceux qui suivent la question en Allemagne. L’émission Enquête exclusive (voir vidéo) lève le voile sur une réalité effrayante. On savait que deux des terroristes du 11 septembre vivaient sereinement et confortablement en Allemagne, c’est une réalité. Aujourd’hui, on sait, grâce notamment à cette émission, que d’autres terroristes ont élu domicile dans le pays d’Angela Merkel. Le phénomène est si voyant qu’on a commencé à parler de Germanistan.

Les renseignements rassemblés par les auteurs de l’enquête indiquent que l’Allemagne est le maillon faible de la lutte contre les jihadistes islamistes qui, au sein même de l’Union européenne, affichent leur projet de détruire l’Occident et instaurer le califat.

L’attentat du marché de Noël de décembre 2016, à Berlin était considéré comme le 11 septembre allemand. Un jeune Tunisien de 24 ans au volant d’un gros camion a foncé sur la foule, a tué 12 personnes et blessé une centaine d’autres. Pourtant, l’Allemagne avait été prévenue par les renseignements marocains des intentions d’Anis Amri, l’auteur de cet horrible attentat qui a emporté des innocents.

Aujourd’hui encore l’Allemagne abrite des personnes condamnées dans leurs pays pour des actes terroristes et qui appellent sur des vidéos leurs compatriotes au jihad, les encourageant à commettre des massacres. Malgré leurs intentions clairement terroristes, ces personnes ne sont pas inquiétées le moins du monde. Alors on se pose la question suivante: la lutte contre les discours terroristes n’est-elle valable que pour les pays européens? Dans ce cas, l’Europe accepterait-elle de devenir le quartier général des groupes terroristes?

مثير.. الحياة الجديدة للدواعش في ألمانيا بعيدا عن المتابعة! © Ahdath Digital

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