Turquie, Qatar, Vénézuela. Un soutien qui vaut son pesant d’or

Le Vénézuela est un des régimes les plus dictatoriaux et impopulaires qui existent encore aujourd’hui, se protégeant par une force policière qui réprime toute opposition et rappelle les sombres années de l’histoire du communisme à l’échelle internationale. Pourtant, il a encore des soutiens.

 

Nicolas Maduro en voyage chez l'émir du Qatar Nicolas Maduro en voyage chez l'émir du Qatar
On aurait pu penser que rien ne rassemble un régime islamiste et un régime marxiste, survivance d’un passé pas très lointain et de terrible mémoire. Néanmoins, la Turquie et le Vénézuela montrent tout à fait le contraire. Deux pays qui ont des problèmes avec l’Occident, représenté par les Etats-Unis accusés de vouloir mettre main basse sur les richesses du pays de Nicolas Maduro.

Le président vénézuélien est pour le moment discrédité par presque tous les pays démocratiques, mais semble jouir d’un soutien, que certains peuvent trouver incompréhensible, de la part du régime turc. « Mon frère Maduro, tiens bon ! Nous sommes à tes côtés… ». C’est en ces termes que Tayyip Erdogan a tenu à rassurer son « ami » latino-américain. Et l’explication viendra du conseiller de la présidence turque qui a précisé que « la Turquie, sous le leadership de notre président, s'oppose à toute tentative de coup d'État ».

C’est du moins la raison officielle. Le tweet de ce même conseiller #WeAreMaduro a bénéficié d’un suivi médiatique par pratiquement tous les supports turcs. Rare unanimité. C’est même le seul sujet sur lequel tout le monde est d’accord, Kémalistes, communistes, islamistes…

A l’international, le Qatar et l’Iran soutiennent le régime Maduro malgré toute son horreur, sous le prétexte qu’ils combattent tous l’impérialisme américain. Si ont peut comprendre la Turquie et l’Iran, comment peut-on situer le Qatar qui accueille une base militaire américaine sur son sol? Y aurait-il des intérêts communs à ces pays?

 Il doit bien y avoir une raison à leur position pro-Maduro. Elle peut-être économique. Des faits plaident pour cette explication.

Depuis que la Turquie a commencé à sombrer dans la crise économique, caractérisée par une baisse vertigineuse de sa monnaie, elle a essayé par tous les moyens de trouver la parade. Il y a eu le soutien du Qatar qui avait promis d’investir la bagatelle de 15 milliards de dollars dans l’économie turque. Ce qui est censé démontrer l’amitié turco-qatarie, re-démontrée encore une fois par un cadeau de l’émir Tamim Ben Hamad Al Thani à Erdogan. Et ce n’est pas un gadget, si on en croit le rapport publié le 13 septembre 2018 par la chaîne publique turque TRT Haber. Un Boeing 747-8 spécialement réaménagé VIP pour enrichir la flotte de la présidence turque. Prix, 400 millions de dollars.

Echange de bons procédés, puisque la Turquie avait soutenu le Qatar lors de sa crise avec ses « frères » du Golfe. Normal que les deux pays aient la même volonté de soutenir le régime Maduro.

Par ailleurs, La Turquie a des investissements au Vénézuela et Turkish Airlines (sa compagnie de transport aérien) dessert toujours Caracas, alors que plusieurs compagnies ont cessé de le faire. Ankara a investi dans l'énergie, les mines, l’agriculture…

Par ailleurs, la Turquie a besoin d’or pour renflouer les caisses de sa banque centrale et soutenir la valeur de sa monnaie en chute libre. Ça tombe bien, le Vénézuela a besoin d’argent frais lui aussi. En 2018, Maduro vend 23 tonnes d’or à son ami Erdogan, ramassant 900 millions d’euros. Utile pour poursuivre sa politique répressive contre une opposition reconnue par l’Europe et les Etats-Unis.

Ce commerce et ces investissements sont le fruit de l’exploitation politique de la notion d’impérialisme américain. Thème cher aux Ayatollahs iraniens, aux islamistes turcs et à Maduro. L’argent ne manque donc pas à Maduro. Qui a transporté Nicolas Maduro d’Istanbul à Caracas le 28 octobre 2019? Un avion de la flotte de l’émir. Les sources qui ont relaté l’information ont précisé que des valises de dollars ont fait aussi le voyage.

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