Anwar Gargash. Les EAU et la coalition ne quittent pas le Yémen

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Anwar Gargash, le ministre d'État aux Affaires étrangères des Émirats arabes unis a confirmé la décision de son pays de rester au Yemen. « Alors que les Émirats arabes unis se replient et redéploient leurs forces au Yémen, nous le faisons comme nous l’avons commencé - les yeux grands ouverts. Nous avons alors compris les défis et nous les comprenons aujourd'hui. Il n'y a pas eu de victoire facile et il n'y aura pas de paix facile » dit-il dans un article d’opinion sur leste du Washington Post, publié le 22 juillet.

Néanmoins, le ministre souligne qu’il est temps de renforcer le processus politique. Selon lui, les parties yéménites - les Houthis en particulier - « devraient voir dans cette initiative ce qu’elle est: une mesure de renforcement de la confiance permettant de créer un nouvel élan pour mettre fin au conflit ». La communauté internationale doit également saisir le moment, écrit-il. Selon lui, celle-ci doit dissuader toute partie d'exploiter ou de saper cette opportunité, d'empêcher les Houthis de bloquer l'aide, de hâter les compromis de toutes les parties et de soutenir un effort de médiation déterminé mené par les États-Unis.

Bien entendu, il ne s’agit pas de rester les bras croisés en attendant cet objectif, censé mettre fin à la situation de crise. Le ministre assure qu’il n’y aura pas de vide de sécurité. « L’armée du gouvernement yéménite a eu le fardeau le plus lourd en reprenant le contrôle de vastes régions du pays. Ces unités locales resteront en place sous le commandement yéménite et avec le soutien constant de la coalition », précise-t-il.

Selon Anwar Gargash, ce sont les forces locales yéménites qui ont brisé l'emprise des Houthis sur le Yémen. « Soutenus par la coalition, elles se sont battus courageusement et avec succès pour reprendre Aden, la deuxième ville du Yémen, ainsi que la plupart des côtes situées le long de la mer Rouge et de la mer d’Arabie » souligne-t-il, précisant que « leur pression sur Hodeida avec une pression militaire délibérément calibrée fut décisive pour persuader les Houthis de reprendre les pourparlers ». Le ministre se réfère ensuite à l’accord de Stockholm qui a été conclu ultérieurement et facilité par l’application des Nations Unies. Selon lui cet accord qui n’était pas parfait, n’en a pas moins permis la désescalade sauvant des vies, améliorant la situation humanitaire et jetant les bases d’un processus politique plus large.

L'intervention de la coalition a également permis d'atteindre d'autres objectifs importants, analyse le chef de la diplomatie émiratie. Ainsi, l’Iran « s’est vu refuser une autre porte d’étouffement maritime stratégique dans la région - la liberté de navigation entre l’Asie et la Méditerranée via le détroit de Bab el-Mandeb, la mer Rouge et le canal de Suez a été protégée ». C’est une bonne nouvelle pour le monde entier, puisque personne ne veut que la menace pesant sur le transport maritime mondial à l'intérieur et autour du détroit d'Ormuz se répète de l'autre côté de la péninsule arabique, explique le ministre précisant que « l’Iran était également en train de reproduire son modèle de guerre par procuration déstabilisant et corrosif du Hezbollah libanais au Yémen », projet que la coalition a stoppé. « Entraînés, équipés et encouragés par l’Iran, les Houthis ont eu accès à certaines des armes les plus sophistiquées jamais utilisées par un acteur non étatique - drones armés, missiles balistiques et engins piégés radio-commandés. L’Iran était prêt à tirer pleinement parti du contrôle total exercé par les Houthis sur le Yémen ».

Selon le diplomate, la coalition a neutralisé efficacement la menace d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP), l’une des franchises les plus dangereuses du groupe terroriste. « Des unités locales yéménites, activées et soutenues par la coalition, ont démoli le califat naissant d’AQPA dans et autour de la ville portuaire de Mukalla », rappelle-t-il, citant un analyste des services de renseignement occidentaux qui a qualifié cette solution de «solution classique contre les groupes terroristes qui détiennent un territoire».

« Mais, pour être bien clair, les EAU et le reste de la coalition ne quittent pas le Yémen », confirme le ministre qui précise que la coalition, opérera, certes différemment, mais maintiendra sa présence militaire. « Conformément au droit international, nous continuerons de conseiller et d'assister les forces locales yéménites. Nous répondrons aux attaques contre la coalition et contre les États voisins. Avec nos partenaires internationaux, nous resterons vigilants pour garantir l’accès aux principales voies navigables », résume Anwar Gargash qui assure que le soutien aux grands programmes d'assistance humanitaire, à l'ONU et aux organisations internationales présentes dans le pays, se poursuivra. Depuis 2015, l’aide au Yemen a totalisé 5,5 milliards de dollars.

Le diplomate cite alors Martin Griffiths, l’envoyé spécial des Nations Unies qui a appelé au Conseil de sécurité à  « réfléchir ensemble aux réalités et aux opportunités qui définissent maintenant nos chances de progresser sur la voie de la paix ».

Pour le ministre, les dernières initiatives de la coalition améliorent ces chances. Il est convaincu que « la force militaire ne résoudra jamais à elle seule le conflit bien qu’elle ait créé les conditions d’un processus de paix renouvelé ».

« Les yeux grands ouverts, le monde devrait regarder de plus près ce qui a changé au Yémen », suggère le ministre, rappelant que le gouvernement légitime a repris le contrôle d'une grande partie du pays, que les conditions de vie sont meilleures dans ces régions et qu’un dialogue politique a repris. Par ailleurs, « Al-Qaïda dans la péninsule arabique est à son point le plus faible depuis des années et l'agression iranienne a été contrôlée », souligne le chef de la diplomatie émiratie. Pour autant, la coalition connaît les difficultés qui l’attendent et notamment tout le travail de sécurisation et de réparation du Yémen qui reste inachevé. « Une véritable paix pour le peuple yéménite n'est toujours pas réalisée ». Néanmoins, pour le ministre, « la promesse de cet objectif est cependant plus proche que pendant quatre années de guerre ». Il ne reste plus que les Houtis saisissent cette opportunité espère le diplomate.

 

 

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