Des rapports qui peuvent discréditer Amnesty International

C’était au départ un projet utile pour la démocratie dans le monde. Aujourd’hui Amnesty International a-elle dévié de sa mission? En tout cas son impartialité est aujourd’hui largement contestée.

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Peter Benenson, le fondateur de Amnesty International, mort en 2005, était convaincu que l'ONG avait été infiltrée par des agents secrets britanniques et par la CIA, ce pourquoi il avait démissionné de la présidence. Plus tard, ses préoccupations ont été confirmées. AI ne recevait pas de l’argent uniquement de ses membres  et d’opérateurs privés. Il a été découvert qu’elle recevait en fait des fonds du Département d'État américain, de l'Union européenne et du Département britannique pour l’International, écrivait Grenville Cross, dans un article publié dans China Daily le 11 mars 2020. Peut-elle garder son indépendance dans une pareille situation?

« On a souvent dit que le programme d'Amnesty International correspondait bien aux besoins politiques des États-Unis et de la Grande-Bretagne », écrivaient Dennis Bernstein and Dr. Francis Boyle  dans Global Policy Forum.  Pour Francis Boyle, Amnesty International est « principalement motivée non pas par les droits humains mais par la publicité. Vient ensuite l'argent. Troisièmement, plus de membres. Quatrièmement, les batailles internes ».

Pourquoi cibler l’Afrique?

Au siège d’Amnesty international, le Togo est dans le collimateur. Le directeur d’Amnesty Togo, Aimé Adi, avait lui-même contesté les rapports d’Amnesty International sur le pays. « Je ne pense pas qu'on puisse tirer à boulet rouge. Prenez l’exemple de la torture. Le nouveau code pénal l’assimile désormais à un crime. Quand les choses avancent, il faut le reconnaître », avait-il déclaré en juin 2920. Le siège aurait-il des sources autres que celles du pays en question? Qui dicte à Amnesty ce qu’elle doit écrire dans ses rapports? Le cas du Togo montre que la question lest égitime.

Grande surprise

La Côte d’Ivoire a elle aussi été visée par les rapports de l’ONG. Suite au communiqué de presse du lundi 11 février 2019, dans lequel l'Organisation critique la situation des droits de l'Homme en Côte d’Ivoire, le gouvernement a vite réagi pour marquer sa « grande surprise devant ces allégations ». 

Il a précisé qu'aux termes de l'article 19 de la Constitution ivoirienne, « la liberté de pensée et la liberté d'expression, notamment la liberté de conscience, d'opinion philosophique et de conviction religieuse ou de culte, sont garanties à tous ».

Cependant, le gouvernement ivoirien fait savoir à Amnesty que « la Constitution ne garantit donc pas un droit absolu qui ne puisse souffrir aucune réserve. Le respect de la loi, des droits d'autrui, de la sécurité nationale et de l'ordre public est la limite légale fixée à l'exercice de ce droit ». Une leçon que l’association ne semble pas avoir comprise. Les cas de dénonciation de fausses violation des droits de l’Homme sont nombreux.

Un pays ne peut tolérer que des citoyens s’expriment de manière violente, s’attaquant aux biens et aux personnes. Ce ne seraient plus les droits de l’Homme mais la loi de la jungle.

Sarah Beamish, présidente d'Amnesty International Sarah Beamish, présidente d'Amnesty International

Dosage de la force

Ailleurs, au Chili, le gouvernement avait été accusé de violations généralisées des droits de l’Homme lors de manifestations anti-gouvernementales. Lorena Recabarren, la sous-secrétaire chilienne aux Droits de l’Homme, avait répondu que « le gouvernement rejette catégoriquement le dernier rapport d'Amnesty International qui prétend avoir identifié une politique délibérée visant à blesser les manifestants ». C’est là où Amnesty joue sur les termes, quand elle utilise les expressions « généralisé » ou « délibéré », donnant le sentiment que c’est le gouvernement qui va chercher de paisibles citoyens rien que pour le plaisir de les bastonner. L’ONG ne fait que se discréditer aux yeux des défenseurs des droits de l’Homme eux-mêmes.

Selon Souleymane Kéita, conseiller à la Présidence guinéene, chargé des missions, « il ne s’agit pas de venir interviewer une composante du grand ensemble et sortir un rapport comme étant la réalité nationale. Je pense que cette façon de travailler, c’est prétentieux. Les violences sont certes arrivées pendant ces élections. Mais, on sait tous comment cela a été commandité, par endroits ». Il parlait d’un rapport du 8 avril 2020, dans lequel l’ONG dénonce l’usage « excessif » de la force lors du scrutin du 22 mars. On comprend alors que la force peut être excessive par endroit et bien dosée dans d’autres. 

Desseins occultes

Mais quelles sont les vrais desseins de l’ONG? L’histoire qui est arrivée au Maroc avec Amnesty International peut conduire à une piste. Le dernier rapport de l’ONG a accusé les autorités marocaines d’espionner des journalistes via une application internet intelligente. Et le représentant de l’ONG à Rabat, la capitale du Maroc, a déclaré qu’il avait contacté les autorités du pays et c’est écrit noir sur blanc dans le rapport du 22 juin. Or, les autorités marocaines ont catégoriquement démenti. Il n’y a eu aucun contact avec le représentant.

En plus, elles estiment que celui-ci n’a produit aucune preuve qui puisse confirmer ses accusations. Dans leur communiqué du 26 juin, les autorités se sont déclarées prêtes à recevoir ces preuves et à « faire le nécessaire pour défendre les droits des citoyens marocains ». Pour les autorités marocaines, le rapport pour lequel AI a mobilisé 17 médias internationaux répond aux objectifs de « parties hostiles au pays et d’autres intéressées par des contrats d’équipements de renseignement ». Jusqu’à la rédaction de ces lignes Amnesty n’a pas encore répondu.

Impartiale Amnesty?

Amnesty est-elle donc pro-occidentale ou est-elle impartiale?  Certains pensent plutôt qu’elle est pro-occidentale et que l’impartialité n’est pas sa caractéristique principale. La chine, la Russie, la RDC et le Vietnam ont relevé la manière unilatérale qu’a l’ONG d’élaborer ses rapports, sans prendre en compte les menaces à la sécurité auxquelles doivent répondre ces pays et sans recueillir la version des gouvernements.

Le débat reste ouvert.

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