Le Pape François chez Mohammed VI. La paix passe par le dialogue inter-religieux

Le Pape François est en visite en ce moment même au Maroc, répondant à une invitation du roi MohammedVI. C’est la deuxième visite d’un souverain pontife au royaume du Maroc. En 1985 c’était Jean-Paul II qui rencontrait le roi Hassan II, père du roi actuel.

 

Le Pape François avec le roi Mohammed VI du Maroc Le Pape François avec le roi Mohammed VI du Maroc
Le Pape François sait qu’il rencontre un souverain qui a son poids dans le monde musulman. Mohammed VI est considéré comme le Commandeur des Croyants. Juste après la descente d’avion, le Pape François et le roi du Maroc se sont dirigés vers le Mausolée Mohammed V pour prononcer leurs discours.

Le Pape, a déclaré que sa visite « est une importante opportunité pour promouvoir le dialogue inter-religieux et la connaissance réciproque entre les fidèles des deux religions ».

Pour lui, « c’est là un défi que nous sommes tous appelés à relever, surtout en ce temps où on risque de faire des différences et de la méconnaissance réciproque des motifs de rivalité et de désagrégation ».

A ce sujet, le Pape a mis en valeur les initiatives prises par le Royaume, citant, notamment, l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les mourchidines et mourchidates, qui assure une formation saine contre toutes les formes d’extrémisme et qui a fait l’objet d’une visite du Pape; la tenue, en janvier 2016 à Marrakech, de la Conférence internationale sur les droits des minorités religieuses dans le monde islamique, et la création à Rabat de l’Institut Œcuménique Al Mowafaqa. 

Pour le Pape François, il s’agit d’une initiative louable qui traduit le souci et la volonté des Chrétiens vivant au Maroc de construire des ponts pour manifester et servir la fraternité humaine.

Quant au discours du roi du Maroc, prononcé en quatre langues (Arabe, Espagnol, Anglais et Français), il rompe complètement avec les discours habituels de la part des leaders musulmans qui considèrent leurs pays comme terre exclusive de l’Islam. Il a précisé d’abord qu’il était non pas le Commandeur des Musulmans mais de tous les croyants qu’il protège dans son pays.

Le Pape François à son arrivée au Maroc Le Pape François à son arrivée au Maroc

« En tant que Commandeur des Croyants, Je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans » a dit Mohammed VI, ajoutant qu’il « protège les Juifs marocains et les Chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ». Le discours s’adresse directement aux intégristes et aux terroristes qui, par le biais d’une lecture fausse des textes religieux répandent leur haine à travers le monde.

Il s’adresse également à toutes les autres formes de radicalisation dont nos sociétés occidentales font les frais chaque jour.

« Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion », a dit Mohammed VI. Il est donc temps, prône-t-il, que la religion « ne soit plus un alibi pour ces ignorants, pour cette ignorance, pour cette intolérance ». Et l’éducation est le moyen pour y parvenir. Seule voie possible dans la recherche de la paix pour toute l’humanité. 

La paix, le Pape François la recherche également, et c’est pourquoi Mohammed VI a souligné qu’il suit avec « intérêt et considération les efforts déployés par Sa Sainteté au service de la paix mondiale, ainsi que ses appels continus à l’éducation, au dialogue, à la cessation des violences et à la lutte contre la pauvreté, la corruption, le changement climatique, ces maux qui gangrènent les sociétés ». 

Les deux Souverains ont souligné leur parfaite cohésion quand il s’agit de trouver des solutions aux plus faibles. « Parce que Dieu est amour, Nous avons essayé de faire de Notre règne un témoignage de proximité, au chevet des plus pauvres et des plus vulnérables », a dit Mohammed VI, expliquant que c’est de cette conception que vient l’Initiative Nationale de Développement Humain (INDH) et la politique d’immigration et d’asile « que Nous avons mise en place; Nous la voulons, avant tout, solidaire » a-t-il précisé.

De son côté le Pape François a lancé un appel pressant pour rechercher les moyens concrets d’éradiquer les causes qui obligent tant de personnes à quitter leurs pays ». Le Pacte de Marrakech, que la communauté internationale a adopté le 10 décembre dernier est un de ces moyens.

Le Pape François  accorde une attention particulière aux migrants, nombreux au Maroc. Son souci, comme celui du souverain marocain est d’assurer aux milliers de migrants les conditions d’un traitement humain. Ce n’est donc pas par hasard qu’il ait choisi le Maroc. Le pays a mis en place une des législations les plus avancées en matière de migration.

Il faut rappeler à ce propos que le Maroc a proposé, lors du 30ème Sommet de l’UA, la création d’un Observatoire Africain de la Migration et d’un poste d’Envoyé spécial de l’UA chargé de la migration. L’Organisation africaine a adopté les deux propositions et lors du Sommet suivant, Mohammed VI a été  désigné leader de l’Union Africaine pour la Migration.

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