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Billet de blog 15 juin 2018

Fermeture de réacteurs : les limites inhérentes à la demande du gouvernement

Principale question de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la place du nucléaire continue de faire débat. Alors que les émissions de CO2 ont augmenté l’an dernier en France, une solution semble cependant se dégager : maintenir un niveau élevé du nombre de réacteurs pour accompagner l’essor des énergies renouvelables.

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La part du nucléaire en question

À force d’annoncer des chiffres sans fondement sur les futures parts du nucléaire et des énergies renouvelables dans le mix énergétique français, les gouvernements successifs se sont-ils pris à leur propre piège ? C’est l’impression qui ressort depuis plusieurs mois des sorties médiatiques de l’exécutif sur le sujet, et en particulier de Nicolas Hulot. Forcé de reconnaître l’incapacité de l’État à concilier réductions simultanées de l’atome et des émissions de CO2, le ministre de la Transition écologique et solidaire a admis en novembre 2017 devoir reporter sine die un des objectifs de la loi sur la transition énergétique – 50 % d’électricité d’origine nucléaire à l’horizon 2025 – pour pouvoir espérer en atteindre un autre – réduire par quatre les rejets de carbone d’ici 2050. Car si la France maintient son intention de ne plus dépendre de l’atome que de moitié pour sa consommation électrique dans un avenir proche, elle devra faire face à une instabilité de la disponibilité et du coût d’approvisionnement. Un tel scénario supposerait, d’une part, une dépense supplémentaire de 9,4 milliards par an pour développer l’éolien et le photovoltaïque pour un coût du MWh toujours supérieur à celui d’origine nucléaire (64 à 68 euros contre 40 euros), expliquent l’économiste Dominique Finon et l’ingénieur Henri Prévot dans une tribune au Monde. Il impliquerait, d’autre part, de pouvoir stocker en abondance l’électricité produite à partir d’énergies vertes, une perspective encore lointaine en France alors que l’éolien et le solaire commencent seulement à décoller.

A contrario, la fermeture de 9 à 16 réacteurs français, comme évoqué dans la concertation publique sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie qui se poursuit jusqu’au 30 juin, serait clairement préjudiciable pour l’économie du pays. Si la France a fait de son savoir-faire en matière d’atome un pan majeur de son industrie et de ses exportations, la réduction de son parc nucléaire signifierait en effet la suppression de plusieurs milliers d’emplois sur les 220 000 que comptent les centrales, les activités de démantèlement nécessitant 10 fois moins de personnel que celles d’exploitation. Sans oublier le milliard d’euros de taxes locales généré par les sites français. Selon Nicolas Goldberg, manager chez Colombus Consulting spécialisé dans les questions énergétiques, la question est de savoir si les énergies renouvelables créeront autant d’emplois que le nucléaire. « Il faudrait que le gouvernement soit en mesure de mettre au point une vraie planification décennale qui fasse la démonstration de la capacité de la filière français à affronter ces différents enjeux. Pour le moment, cette démonstration n’a toujours pas été faite. »

Plus d’électricité, moins de carbone : une équation insolvable sans nucléaire

À l’inverse, l’industrie nucléaire propose, de son côté, un plan précis et chiffré du futur mix énergétique français à court, moyen et long terme. Consistant à prolonger la durée de vie des centrales en rénovant celles ayant dépassé 40 ans, le Grand Carénage porté par EDF et Orano (ex-Areva) vise à préserver l’indépendance énergétique de la France, tout en laissant le temps aux technologies renouvelables de gagner en maturité pour atteindre l’objectif de 32 % du mix énergétique d’ici 2030. Principaux arguments des deux groupes : la décarbonation à 97 % de l’atome, et sa capacité à moduler en toute sûreté, la production en passant de 100 à 20 % de sa puissance en moins de 30 minutes. Des atouts indispensables pour compléter l’apport intermittent des énergies vertes, qui dépendent encore trop des conditions climatiques. Considéré comme « la plus pratique et la moins coûteuse », cette solution doit permettre de soutenir les futurs besoins en consommation, sans devoir recourir à l’import onéreux d’électricité. Elle implique la construction de nouveaux réacteurs de dernière génération (EPR) afin de prendre le relais après la fermeture des centrales les plus anciennes. Car, comme le souligne l’économiste Michel Berthélémy, membre de la Société française d’énergie nucléaire, « la décarbonation de notre économie pourrait faire repartir à la hausse la consommation d’électricité en France sur le long terme, en particulier si de plus en plus de nos voitures roulent à l’électrique. »

Devant cette équation insoluble, difficile pour l’État d’imaginer la fermeture de réacteurs nucléaires tout en tenant ses engagements de diminution de CO2. D’autant que l’année 2017 s’est conclue avec une hausse des émissions de CO2 supérieure à la moyenne des pays de l’UE (4 % contre 1,5 %). Dans un rapport publié en avril dernier, la Cour des comptes a d’ailleurs mis en évidence la nécessité de garder une activité nucléaire élevée. « Compte tenu de son profil énergétique peu carboné, si la France avait voulu faire de sa politique en faveur des EnR un levier de lutte contre le réchauffement climatique, elle aurait dû concentrer prioritairement ses efforts sur le secteur des EnR thermiques qui se substituent principalement à des énergies fossiles émissives de CO2 ». En d’autres mots, il aurait fallu soutenir davantage la biomasse, le bois et la géothermie au lieu de l’éolien et du solaire. « Il faut rappeler que le nucléaire n'émet pas CO2 et est donc conforme aux objectifs fixés par la COP21, conclut Nicolas Goldberg. Si nous fermons les centrales pour les remplacer par autre chose, nous n'avançons pas dans la lutte contre le réchauffement climatique. En revanche, garder une production d'électricité sans CO2 et électrifier le parc de véhicules électriques, c'est un moyen d'être moins dépendant des hydrocarbures et de lutter efficacement contre le réchauffement climatique. » Ou pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple…

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