temps de réactions

plus vite, plus lentement? accordons à chaque action le temps de faire mieux. c'est l'affaire de tous que d'initier de bonnes pratiques.

 

par Léon CAMEL

Temps de réactions

 

Nous savons, anticiper un certain nombre de choses de l'ordre du quotidien par habitudes, de l'économie par calculs, un peu du temps qu'il fera par observations, du comportement mimétique de la masse des gens. Lorsqu'on le fait, la prudence veut qu'autour du schéma envisagé, plusieurs autres hypothèses puissent répondre aux conséquences des écarts survenus dans les données de base ou les extrapolations. Ainsi, on peut sortir la carte adéquate à la situation qui se présente et ne pas être trop pris au dépourvu, si la trajectoire n'est pas celle nominalement prévue et réagir rapidement.

En fait, nous sommes la plupart du temps, en réaction ou prêt à l'être, tant nous savons qu'un petit rien peut tout changer. La capacité à répondre à l'inattendu est très variable selon nos aptitudes, nos connaissances, nos émotions et le contexte dans lequel nous nous trouvons.

Nous avons donc toujours un temps de retard, comme la police sur les voyous, comme dans la gestion d'une crise économique, sanitaire ou sur les phénomènes naturels. Des milliers de réactions en chaînes s'opèrent chaque seconde, dont nous ne voyons que des infimes parties, celles qui nous paraissent sortir de l'ordinaire et demandent des réponses différentes aux usages. Nous en sommes bien conscients, c'est pourquoi nous développons toutes sortes de normes, de standards, de méthodes automatiques et d'exercices pour répondre le plus vite possible.

Notre technicité, notre finesse de mise au point a presque réponse a tout et nos exigences devraient se limiter à la hauteur de nos savoirs et de nos capacités.

Sauf que, d'une part on les croit plus grands que ce que nous en savons et d'autre part, nous croyons ne pas pouvoir être déstabilisé dans notre train-train, puisque tout ce qui pouvait nous tomber sur la tête a été répertorié et donc anticipé, que l'assurance nous a été donnée que tout ce qui était possible de faire a été fait.

Mais, en même temps, on ne connaît l'existence d'inventions, militaires par exemple, tenues secrètes, que lorsqu'elles sont exploitées ou certaines sont supputées comme vraies mais causeraient un choc économique (moteur à eau, par ex), un danger extrême (rayon de la mort, de Nicholas Tesla), ou bien théoriquement réalisables à conditions de résoudre un problème technique non surmonté pour le moment (téléportations dites métrique du vide ou exotique).

Même une fois résolus, il se passe souvent longtemps avant une large diffusion.

Les sciences n'ont jamais été aussi fécondes et leurs avancées sont spectaculaires, que ce soit en génétique (en modifiant l'ADN grâce à l’inoculation d'un virus désactivé portant ciseau et colle pour remplacer la ligne de code défectueuse), en ingénierie (microrobots gros comme des insectes pouvant voler en groupe ou le futur dirigeable dont la structure est chargée de ballons remplis de « vide » au lieu d'hélium), en intelligence artificielle qui doit dépasser le cap d'un apprentissage par analogie, plus seulement en se référant à une base de données, mais pouvoir réagir d'elle même « instinctivement » aux modifications de contexte ou de paramètres, pour être fiable, notamment pour les véhicules autonomes.

Le sentiment de toute puissance produit cette exigence d'une réaction rapide et efficace et d'une protection totale venant des autorités publiques, entourées des plus grands conseillers de toutes spécialités, et donc présumées sachantes.

Nous sommes déjà très vite ramenés à la réalité devant les événements naturels violents, tels les éruptions volcaniques, tremblements de terre et ouragans. Nous ne pouvons que subir et réparer et c'est ainsi que nous l'acceptons, non sans fustiger des responsables désignés comme imprévoyants qu'on a suivi les yeux fermés !

Pour la pandémie du coronavirus, (on ne peut s'empêcher de refaire le match) il est plus difficile de comprendre pourquoi autant de légèreté, de contradictions, d'atermoiements dans les décisions (pourquoi le masque annoncé obligatoire au 1er août et non immédiatement, y a-t-il une petite rupture de stocks?). Très peu de scientifiques ont dit « on ne sait pas », beaucoup ont prédit sans base solide des scenarii divergents.

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En janvier dernier, malgré des alertes alarmantes, mais trop esseulées, il n'était pas concevable mobiliser ses énergies contre un phénomène extraterritorial si lointain, les préoccupations étant de garder une dynamique de croissance présente et de poursuivre les réformes. Or, quasiment tous les points habités du globe sont proches, en avion et les échanges avec la Chine, importants. Au contraire de l'Afrique et du virus Ebola, qui ne s'est pas propagé aussi largement.

La précaution de se masquer, par tout moyen à sa portée, pouvait être recommandée. Le déni a été préféré. Il faut avouer qu'on touchait là à un point très sensible, après avoir interdit le port de tout ce qui cacherait le visage dans l'espace public. Pourtant, l'idéal n'aurait-il pas été une mini burqa de la tête aux épaules ?

Pour être sérieux, les pouvoirs publics ne l'ont pas été et la panique a rallongé leur temps de réaction.

 

Peur de brimer nos « libertés individuelles et fondamentales », de crier « au loup » sans raisons suffisamment étayées et de se voir reprocher un excès d'autorité ensuite les a paralysés.

Se maintenir sur une crête et ne pas pouvoir faire un pas de côté, sans tomber sous les reproches des spécialistes politiciens scrutant toute opportunité de critiquer parce que c'est leur fond de commerce, est un exercice devenu nécessaire pour ne pas prêter le flan, alors que cela est vraiment secondaire au regard des travaux à mener.

C'est la complexité de notre société où l'on trouve la perversion de voir en toute action une intention masquée et la réalité de fonctionnements comptables et sous influences. Tout se gère, dorénavant, à « flux tendus », au compromis moins coûteux, presqu'à vue, ce qui génère le temps de réaction inévitable devant tout petit trouble. C'est ainsi qu'on travaillera encore longtemps, à l'économie (ce n'est pas en soi une mauvaise chose si c'est pour éviter le gaspillage) pour vivre plus écologiquement afin de ne pas stocker massivement toutes sortes de produits, au cas ou ils seraient utiles un jour. S'ils n'ont pas servi, pour péremption ou techniquement dépassés, on les détruit et les remplace par des neufs ; ça n'est plus possible !

Par contre, organiser les conditions d'une grande réactivité si telle ou telle situation se présente, ça l'est, autant concernant les aspects de production et d'acheminement le plus court possible, mais aussi des attitudes à adopter par tous.

C'est beaucoup plus difficile que cela n'y paraît. Va-t-on se détourner des bas prix de produits venant de loin et acheter plus cher ? Seules des taxes ré-équilibreraient les prix, mais à la hausse, ou bien des sortes d'aides publiques, compliquées à mettre en œuvre, que nous paierions par des impôts. Doit-on éliminer les produits exotiques de notre consommation et privilégier que ce qui est issu du terroir relativement proche ? Ce serait la ruine pour certaines régions du globe, en quasi monoculture.

 

Nous sommes en train d'apprendre, avec ce virus qui poursuit son chemin pour peu qu'il ne rencontre pas de gestes barrières, à nous comporter en personnes responsable les uns des autres. Mais gare aux fausses bonnes idées ou bonnes idées qui seraient pensées dans un cercle trop restreint et ne tiendraient pas compte de paramètres plus globaux auxquels nous sommes liés indirectement, l'autarcie n'est plus de mise. Nous serons de plus en plus conditionnés par des raisonnements faisant appel à la raison, activant des peurs saines d'auto-défense et répondant à la demande de protection, aussi par le biais de messages, films, jeux vidéo, B.D. et romans dont le degré de fiction n'atteint pas toujours celui de la réalité.

Il faudra que chacun se force à être plus prudents, à organiser les solutions de sauvegarde personnelles ou collectives dans toutes actions entreprises, ce qui aura pour effet d'être moins productifs, tout autant actifs mais plus lents, plus réfléchis, pas forcément moins efficaces au bilan final, en tout cas refuser l'immédiateté effrénée et adopter des principes raisonnables et des méthodes raisonnées.

Par l'ensemble des mesures prévoyantes, nous agirons collectivement et symbiotiquement pour raccourcir les temps de réactions devant une menace quelconque. Et si elle s'avérait, en fin de compte, faible ou inexistante, il en resterait l'extraordinaire perception bienfaisante de solidarité.

Temps de réactions par Léon CAMEL (suite) 2/3

Dans ce monde où les jeux (de rôles, de gagne) prévalent, nous avons la certitude qu'être plus sages nous privera de la jouissance qu'on éprouve à acquérir, voyager, dépenser. Cela est vrai avec notre façon actuelle de voir les choses. Peut-être que bientôt, ces plaisirs se déplaceront vers le « faire ensemble pour l'ensemble », le sens de la propriété universelle et autres principes de vie commune. On fera à peu près les mêmes choses, dans un esprit différent, une mutualisation plus grande, pourquoi pas, la bonne humeur et peut-être l'acceptation d'une certaine fatalité.

 

Les marginaux, poussés par l'inventivité à déployer pour se différencier, mettront en œuvre leurs solutions personnelles, à leur échelle, pas plus mauvaises ni meilleures, avec le sentiment qui les caractérise de ne pas être des « moutons de Panurge », mais ils feront la diversité.

Pour les pouvoirs publics, le grand défi est de ne pas être débordé par les manifestations de mécontentement grandissant, occasionnant des pertes d'énergies considérables et la fracturation de l'unité nationale. Deux voies sont possibles : la première, de renforcer toujours et plus les moyens de contrôle et de répression, mais

comme dans un jeu, c'est la partie la plus inventive et réactive ou la plus puissante qui l'emportera, chacun comptant ses pertes ensuite ; la deuxième, d'être vraiment à l'écoute des problématiques, de gouverner en synergie avec la population avec le souci des moindres heurts, adopter le principe de ne jamais laisser pour compte négligeable toujours les mêmes et cela à chaque niveau de la représentation, élue ou non. Une troisième serait de nous conditionner tant et si bien que nos réactions seraient suffisamment fiables et dans le bon sens.

Entendons-nous bien, la aussi, soit nous nous conditionnons nous-mêmes par la prise de conscience du bien commun, soit nous le serons d'une manière coercitive.

Bien sûr, on ne peut contenter chacun et tous, mais un ruissellement de bienveillance et de bienfaisance devrait porter ses fruits et désamorcer bon nombre de conflits. Le pourquoi de ce qui n'a pas été fait sera expliqué aussi clairement et sincèrement que possible.

 

Le temps de la réaction salvatrice est bientôt écoulée.

Manu, l'idée a germée dans ton esprit et prend forme. À la bonne heure, c'est ta dernière chance et peut-être la nôtre, pour ne pas basculer vers le pire.

 

En même temps – formule qui va devenir culte – notre enfant, plein d'énergie et d'un adolescent pouvoir de séduction, doublé du culot de celui qui n'a peur de rien car tu as tout compris, mais dont l'impétuosité non contrôlée a sapé la base du jeu de rôle si bien appris et (en même temps) notre père (de la nation) dont le courage est sûr, la vision de ce qu'il faut faire (d'un certain point de vue) est claire malgré un léger strabisme de loyale reconnaissance, qui a déjà pris du recul lui permettant de faire son mea culpa – one shot, pas deux fois de suite – comme un vieux briscard prêt à prendre sa retraite, mais qui rempilera tant il est le condensé et la diversité politique à lui seul, qu'il rend ses adversaires palots et désemparés. Ceux qui le fustigent sont soit des roquets, de grande classe, soit des jaloux, soit ceux pleins d'idées qui essayeront de lui succéder, s'ils ont la ténacité d'attendre d'être mâture et peut-être que nous le soyons.

 

 

Temps de réactions par Léon CAMEL (fin) 19/07/2020 3/3

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