violences

les violences, l'escalade dans leur intensité, nous heurtent chaque jour. manquons-nous de maturité? sommes-nous vraiment des êtres aboutis?

 

par Léon CAMEL

Violences

 

 

« Toujours plus de violences », entend-on régulièrement.

Il faudrait ajouter « connues ». En effet, on répertorie et comptabilise de plus en plus les types de violences et de victimes. La mise sous loupe fait croire à l'accroissement de celles-ci. Cela serait plutôt le contraire, nous dit-on aussi.

Il y a encore peu de temps, certaines étaient passées sous silence de peur de faire éclater le scandale et d'en redouter les effets ou considérées presque inévitables, normales, parce qu'inhérentes à la vie en commun ou encore obligatoires dans certains rites et pour manger, tout naturellement.

Seulement, les mentalités changent, les choses sont dénoncées et montrées. Ce qui était acceptable, en dehors des sévices, subir ou faire subir aux enfants, femmes, hommes, animaux et même aux plantes devient inacceptable, y compris la mort, la fatalité n'étant plus une raison.

 

Une violence, qualifiée ainsi plutôt par celle ou celui qui la reçoit ou la voit, se manifeste par une pensée, un silence, une absence, une intention, une attitude, un mot, un coup, un fracas, une catastrophe …

Quelle importance doit-on lui donner ? La minimiser pour l'oublier le plus vite possible, ne pas devoir expliquer ou chercher à comprendre et la considérer comme un accroc de la vie forgeant l'expérience, ou s'en plaindre, la mettre en lumière, la relater, vouloir réparation, vengeance, peut-être même se victimiser si on arrive pas à surmonter le traumatisme. Cette question se pose aussi dans les cas les plus grave, par simple honte d'être victime, d'être accusé de l'avoir provoquée, car le fautif trouvera une « bonne raison », de devoir revivre la scène pour expliquer aux autres ou par peur de ne pouvoir s'extraire du cercle vicié ou bien pour la meilleure ou la pire des raisons, l'amour.

 

Ceux qui se croient fragiles et facilement « touchés » mettront en place des précautions pour ne pas provoquer, des défenses d'évitement, de spectateur qui s'écarte pour voir la flèche décochée passer à côté et se perdre dans l'espace, de désintéressement de l'acte, qui par sa bassesse ne vaut pas qu'on lui accorde d'importance, et de ce fait disqualifie l'auteur d'une possible considération et même l'entache pour longtemps.

Pour ceux, les forts que peu de choses impressionnent, à la contre-attaque facile, et ceux soucieux de leur image, la réaction est indispensable pour soigner le mal occasionné par la violence reçue, quitte à aller vers l'escalade.

Selon le type de choc, on sera fragile ou fort.

Ceux qui n'auront pas trouvé de parade, pas identifié d'où venait le coup, pas compris pourquoi ou incapable de réagir resteront plus meurtris psychologiquement.

 

La mécanique de la surenchère a de beaux jours devant elle. Auparavant, l'élimination pure et simple de l'autre était fréquente, pour un affront, une atteinte à son pouvoir, une confrontation d'opinion ou de religion, faire mainmise sur une chose convoitée. Cela arrive encore, mais plus rarement.

Plus les antagonistes sont puissants, plus ils seront prudents et leurs attaques graduelles, sauf si prévaut le sentiment d'impunité, d'être dans son bon droit ou de n'avoir rien à perdre, que l'autre n'osera pas risquer une contre-attaque, que la riposte serait purement formelle et sans trop de conséquences.

Une petite sophistication vient parfois émailler le conflit, sans pour autant le faire déraper. C'est le « Oups, pas fait exprès ! ». l'acte aura permis de marquer sa détermination. Et une contrition ultérieure de rabaisser la tension, ce qui n'empêchera pas un contrecoup, au moins du même ordre, refermant la parenthèse et laissant l'escalade reprendre son cours là où elle en était restée.

 

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Les grands de ce monde, maintenant tous prisonniers d'un système qu'ils ne maîtrisent guère, tous interdépendants, tous liés par des alliances croisées et

indirectes les faisant coopérer sur certains plans et être opposés dans d'autres, n'ont-ils plus que l'invective comme moyen d'intimider ?

Sont-elles des stratégies maîtrisées ou des dérapages incontrôlés  ?

Dans les deux cas, c'est un aveu d'impuissance et n'aboutissent qu'à un abaissement du niveau intellectuel ?

 

Une violence sera souvent la résultante d'une répétition de situations, d'actes ou d'attitudes. Elle n'aura pas été forcément souhaitée ni programmée et sera commise dans un état de mise « hors de soi ». Ne plus être soi-même, ne plus avoir la maîtrise de ses propos ou gestes créé la possibilité de se comporter de façon excessive.

Même si on se rend compte que les limites permises sont en train d'être franchies, il est difficile de stopper les interactions, les provocations. La force de caractère qu'il faudrait avoir, à ce moment-là, peut manquer, car c'est la fuite qu'il faudrait prendre, quitte à perdre la face, ou avoir la lucidité de tourner la situation en dérision ou encore faire une diversion appropriée, pour se soustraire à l'engrenage infernal.

Ce qui nécessite un grand détachement.

La sagesse, la maturité voudrait qu'une convention universelle soit tacitement acceptée et consisterait à faire « pouce » ou temps mort » (par celui qui pense être en meilleure situation, sinon cela serait un aveu de faiblesse de la part de l'autre partie), qui figerait le problème et permettrait, après un temps de réflexion, de le mettre à plat, d'envisager des compromis et peut-être le résoudre, mais surtout, qu'une fois la tension serait retombée, il apparaisse que ça ne valait pas la peine de s'emballer.

Plus facile à dire qu'à faire. Même si le bon sens nous dictait d'apaiser la confrontation, une envie irrésistible d'en découdre nous happe par le tourbillon de mantras belliqueux, comme « il a tort, j'ai raison », « pour qui se prend-il ? », « je ne lâcherai rien », « tu veux faire le fort, je vais te montrer », …

 

Dans un monde de bonne foi, chacun se mettrait à la place de l'autre, essaierait de le comprendre et assurément, des solutions apparaîtraient.

Mais ça, c'est dans le monde d'après … … d'après VIGILE dit « le confiant ».

Ne le cherchez pas, il n'est pas encore né !

Il prendrait en main un monde défait et tellement éprouvé que les nouvelles règles à respecter ne seraient plus contraintes mais soulagements, parce que l'intérêt commun primerait et la sauvegarde serait le mot d'ordre général.

Plus tard, bien plus tard, viendraient des questions, des idées nouvelles, des divergences de vue, des envies de changer les choses.

Cela voudrait dire que tout va bien !

 

Les mémoires ancestrales transmises au fil des siècles résumeraient le monde actuel comme la période adolescente de l'humanité, instable, tourmentée, répondant à des instincts chimiquement incontrôlés, en cours de construction et de consolidation, où les jeux et défis, ceux qui nous forgent, sont les activités privilégiées, que ce soit pour le pouvoir, la finance, l'appropriation de territoires ou de ressources, à vouloir recréer et égaler le vivant sans jamais y parvenir, et sans prêter attention au primordial, aux fondamentaux de la vie.

Est-on obligé de souffrir pour grandir ? Peut-on prendre un raccourci pour l'éviter ?

Premier axe : la mise en perspective des choses de la vie, l'anticipation, et prendre le temps de la réflexion. Les intérêts à faire ceci ou cela nous guident souvent.

Parfois, ceux à court, moyen et long terme s'opposent, le choix est difficile. Cela se complique s'ils se heurtent entre sphères d'influence, que ce soit à titre individuel, familial, amical, local, national, mondial ou strictement humain, vivant, cosmologique, psychologique ou matérialiste.

Même si une bonne suggestion vient à l'esprit, elle ne sera pas forcément retenue, si elle va à l'encontre d'un à priori. D'aucuns penseront que l'appliquer (ils font

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confiance à leur instinct) fera qu'un jour, dans le tourbillon de la vie, ils en récolteront les bienfaits. Qui sait, cela procure au moins un certain bien-être (cad ne pas être en contradiction avec soi-même et ne pas se faire violence) qui se traduit positivement dans notre corps, par une chimie encore bien méconnue.

 

Ce qui nous amène au deuxième axe : les interactions chimiques dans notre corps seraient responsables de notre état de santé biologique, bien sûr, mais aussi psychique, de nos humeurs, états de conscience et donc, un peu, de nos décisions.

En effet, on ne sait pas trop, entre nos deux cerveaux (celui d'en haut et celui de notre ventre, en contacts directs et permanents) lequel commande.

Normalement, c'est l'entente cordiale, chacun laissant à l'autre la priorité en besoin d'énergie, dès que nécessaire. Un nombre incalculable de bactéries s'affairent, se combattent, chacune plus spécialisée dans son domaine de transformation, régulation, défense ou attaque. Dans ce petit monde, les molécules sont produites, échangées et donnent les résultats que nous observons sur notre état d'esprit, notre entrain et notre santé en général.

Et si rétablir ou maintenir une meilleure symbiose intérieure permettait d'être mieux disposé à l'égard de tout ce qui nous entoure !

D'ici quelques temps, des petites pilules strictement fabriquées pour chacun en fonction de son propre microbiome résoudront ce problème.

Nous serions alors totalement accueillants à toutes suggestions!

Hum ! Hum ! Soyons vigilant.

 

L'infiniment petit est-il responsable de toutes les interactions de notre monde ?

Une chose est établie, il en est à l'origine et a eu quelques milliards d'années pour affiner ses techniques d'évolution et de survie.

Pourquoi abandonnerait-il sa suprématie aussi bienveillante qu'implacablement belligérante ? D'âpres combats s'y déroulent pour faire régner l'ordre et ne pas altérer les fonctionnements à l’œuvre ou les réparer. La violence existe à tous les niveaux de la vie, jusque dans l'infiniment immense, depuis ce milliardième de seconde qui aurait engendré ce monde. Mais saurions nous ne pas rester dans des travers basiques et nous extraire, nous élever au-dessus de la mêlée, avec conscience, parce qu'à preuve du contraire nous sommes les seuls êtres à en être pourvu ?La majorité des humains le souhaite, sans aucun doute !

 

La violence contre la violence, le mal est vaincu par un mal plus intense. On a pas trouvé plus efficace et radical, même si la non-violence désarme et apaise une situation conflictuelle. Dans ce registre, les femmes ont un pouvoir certain. Elles ont une expérience séculaire de soumission devant la force masculine exercée et ont développé un savoir-faire. L'obstination et le courage de s'opposer pacifiquement à plus brutal est leur marque et des résultats sont obtenus, avec quelques restrictions. Dans leurs actions-chocs, où elles se dénudent, par ex., il n'est pas certain que ce soit leur message qui polarise le plus l'attention, ou bien celles dans lesquelles sont utilisées les mêmes techniques que les hommes, les femmes perdent alors leur puissance de frappe psychologique.

En dehors des agitateurs professionnels qui exacerbent l'envie de tout casser chez des minorités désœuvrées et possiblement manipulées, nous aspirons tous à vivre en paix.

Mais à voir la perte d'acquis et de liberté, à réaliser que, ce qu'on croyait appartenir à des temps révolus parce que la modernité et la technicité devait avoir tout résolu, était toujours d'actualité, à entendre nier des évidences, à être relégué au statut de « matières consommables et interchangeables », alors que l'unicité de chacun lui confère une importance incomparable, à être soumis à des dictats mortifères et indirectement criminels, à constater l'impuissance d'agir pour le bien commun autant qu'on le souhaiterait, etc …, la colère nous soulève petit à petit en vagues successives de plus en plus grosses et fréquentes.

Il s'avère que les notions de ruissellement et d'infiltration ont fonctionné au XXème siècle dans toutes les couches de la société.

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Actuellement, nous sommes dans la phase d'essorage et récupération maximale.

À quand le temps d'une répartition équitable et d'une mutualisation, n'en déplaise à une minorité qui pourrait, tout de même, garder le haut du pavé, en ayant appris à être raisonnable pour le bien des majorités diverses et toujours échelonnées socialement, aussi pour les plus basses, sorties de la misère.

 

Le poids des masses, la façon dont elles se feront entendre et à condition de ne pas vouloir tout et n'importe quoi, sera déterminant. Aucun dispositif même des plus sophistiqués, aucune répression ne viendrait à bout d'une majorité déterminée aux demandes cohérentes.

Les violences, menées dans le cadre de la loi, ne sont pas toujours justifiées. Si elles sont autorisées, la personne détentrice du pouvoir de les ordonner a le choix de la graduation de celles-ci et cela reste à son appréciation de la situation, des moyens disponibles, des doctrines politiques de la façon d'exercer le maintien de l'ordre social ou moral et aussi de son état d'esprit et de sa clairvoyance. Ceux et celles qui ont ce pouvoir légal en sont parfois enivrés et ont une impression d'impunité portée par l'appartenance à un groupe solidaire dont les éléments s'auto-protègent. C'est aussi le cas de décisionnaire isolés, contre qui la contestation est vaine parce qu'elle serait trop ardue, longue ou coûteuse. Mais les tours d'ivoire sont maintenant mises à mal par les réseaux sociaux, pour le meilleur d'une transparence souhaitée par tous, mais trop souvent tronquée ou manipulée, et pour le pire en étant présenté aux juges populaires peu regardant sur le dossier.

 

La provocation est permise par la liberté d'expression si chère à notre démocratie. C'est aussi une façon de dire des choses de façon voilée, un plaisir qu'on s'offre pour rire, se mesurer ou se venger, au détriment d'autrui et peu importe ce qu'il ressentira. Devrait-on tempérer nos envies, certains diront s'auto-censurer ? Cela dépend des risques qu'on est prêt à prendre, car il y a un droit de réponse autorisé, tant qu'il reste proportionné. Si on est dans l'extrémisme, cad la liberté à tout prix, l'escalade peut l'être aussi, quelque soit le sujet, futile ou grave parce qu'on aura pu toucher au cœur d'une polémique sensible, prétextée ou réelle.

La jouissance tend vers l’extrême, c'est si bon, mais après, il faut assurer.

Faut-il punir le provocateur de la gravité de son acte, qu'il n'a peut-être pas évalué à la même hauteur que le provoqué ? Comment faire cesser des actes qui meurtrissent nos principes ?

L'intelligence a-t-elle un rôle à jouer ou faut-il laisser parler nos tripes ?

Un jour, on aura compris que l'extrémisme ne paie pas, sauf pour assouvir l'exorcisation de nos bas instincts. Au bout du compte, cela montrera à l'autre que même s'il gagne apparemment, il aura aussi perdu. Le climat apaisé, une volonté commune de trouver une solution pourra rassembler.

Mais, au bout d'un moment, on s'ennuiera.

 

Le mensonge, entretenu comme un petit diable caché, est honni en société, mais inévitablement toléré, pour peu qu'on n'en fasse pas les frais, et accepté en échange de rêves. Banni par la grande porte, invité par la fenêtre, il offusque d'autant plus qu'il officialise la trahison.

L'interdiction, quant à elle, est un trauma si elle est sèche et inexpliquée. Elle brise les envies et les joies dans l’œuf et suscite l'envie de désobéissance et de rétorsion.

Finalement, on l'aime bien, la violence, dans les séries, films et romans. La télévision en regorge. Il faut de l'action, de l'intrigue, du suspense, des coups, du sang avec toujours plus de réalisme et prégnance. Tant que c'est de la fiction …

S'habituer à en voir ne la banalise-t-elle pas ? Bien sûr.

D'un autre côté, peut-on en sortir plus averti et plus précautionneux dans la vie de tous les jours ? Pas sûr, on ne se projette pas forcément dans le scénario, parce qu'on a le sentiment que cela n'arrive qu'aux autres et qu'une minorité de personnes sont concernées par une affaire criminelle.

Y devenir insensible ? Non plus. L'empathie n'est pas une construction de l'esprit.

Elle doit certainement siéger en bonne place dans notre cerveau reptilien.

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L'appropriation est le symbole de la puissance, quel que soit le moyen utilisé. Elle permet de régner sur un domaine, même tout petit, que ce soit immobilier, « humanier », idéologique, scientifique. Ses plaisirs, voire l'euphorie qui en découle, abaisse le niveau des précautions élémentaires, parce qu'il se crée un effet « bulle »

semblant être protecteur, qui se prolonge ensuite par la crainte d'être dépossédé ou de perdre un bien et conduit au besoin de renforcer ses défenses et de refermer les portes de ce petit monde bien à soi, où tout peut arriver , sans que « l'extérieur » interfère, ni le sache.

 

L'exclusion, le séparatisme ne peuvent être un mode de fonctionnement. L'absence de diversité sclérose, rapetisse l'horizon, empêche l'émulation. Elle se veut être une défense, mais construit l'isolement. Ce n'est pas le choc des cultures qui est en cause, car chacune montre aux autres une façon différente de voir les choses, d'ouvrir les esprits et de s’enrichir mutuellement de leurs savoir-faire.

C'est parce qu'être tellement et absolument sûr d'avoir raison, l'autre ayant forcément tort, qu'il faut le remettre dans le droit chemin.

Gommer d'une façon ou d'une autre les différences est une guerre sans fin.

 

Le sur-tourisme, l'invasion de sites par flots successifs de quelques heures, quelques semaines ou pour certains en permanence nuit gravement à la qualité de vie des locaux, même s'il tend à le rehausser. Spectacle pitoyable de voir s'agglutiner des masses, pour qui un petit coin de soleil et de farniente est le seul répit annuel, pour d'autres que d'avoir parcouru tel ou tel lieu mythique était une obligation.

Pourtant, la découverte de terroirs et lieux magnifiques n'est jamais aussi complet qu'au travers de multiples reportages, voyages-découverte filmés et émissions tourismo-culinaires.

Mais voilà, il faut changer d'air, de rythme, il faut bouger, goûter le dépaysement, cela n'est pas remplaçable.

Nous l'enlever durablement est une violence, on s'en rend compte avec les mesures de confinement et de restrictions de déplacement.

 

Tout compte fait, en dehors de ceux qui restent sur le carreau qu'on aidera comme on peut et à qui on pensera longtemps, notre capacité de résilience est telle que quoique qu'il arrive, on surmonte tout les écueils et chocs, tant que le chemin restant à parcourir, à découvrir promet aussi et encore des réjouissances.

 

 

Violences par Léon CAMEL (fin) 27/09/2020 5/5

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