expression mesurée

on apprend aux enfants à mesurer leurs paroles, doit-on l'oublier ce principe de vivre ensemble, ensuite? des querelles sont lancées comme porte-étendards qui occupent tout l'espace, font de l'hyper réaction et occultent le fonds des problèmes. faut-il toujours être dans l'excès pour être audible?

Expression mesurée

 

La liberté d'expression, dont beaucoup d'habitants de cette planète sont privés, est un trésor qu'il faut préserver et entretenir, sans en faire un usage inconsidéré.

Comme en toute autre matière, l'excès n'apporte rien de bon.

Peut-on paraphraser « trop de … tue le ... », en disant qu'une expression trop débridée et extrême, souvent faite de mots ou idées faciles à capter et à répéter, rend pâle l'expression nuancée et mesurée, qui cherche à expliquer ou faire cheminer une réflexion, car moins imagée et donc moins frappante ?

Les expressions, qu'elles soient verbales, écrites, dessinées ou filmées, n'ont pas le même poids, et l'importance qu'on leur donne varie, selon le contexte.

Lorsqu’un « pince sans rire » fait de l'humour, on est prêt à se fâcher si on l'a pris au sérieux, parce qu'on n'a pas saisi sur quel degré il était.

Le registre dans lequel on les énonce doit pouvoir être identifié et ceux qui n'ont pas l'habitude de la pratiquer ou d'en jouer librement peuvent être déstabilises.

Dire « tant pis pour ceux qui n'ont rien compris », c'est faire de l'exclusion.

Les temps ont changé. Il faut maintenant monopoliser beaucoup d'énergies pour recoller les morceaux d'une communauté nationale fissurée, pourquoi pas européenne, autour des bienfaits démocratiques communs, expliquer, faire comprendre et entrevoir les mutations en cours du monde, à conditions qu'elles soient avouables, sinon d'en initier des plus sereines et altruistes.

Or les dirigeants de beaucoup de pays semblent soit désemparés, ne parvenant pas à gérer les crises dans le système actuel, soit opportunistes, populistes et falsificateurs, qu'il est difficile à dire s'ils veulent protéger ce système ou le faire péricliter au plus vite et tellement libres dans leurs expressions qu'on en sursaute chaque fois.

 

L'ouverture d'esprit, qui n'est pas tout accepter, devrait être le trait corrélatif de la liberté d'expression. Or, le premier est bridé par nos principes, peut-être tout à fait louables, qui ferme d'emblée la porte aux apports extérieurs, pendant que, fort de la capacité que nous donne le second, on s'épanche sans réserve sur tel ou tel sujet.

Plus celui-ci sera clivant, plus il faudrait prendre de la distance à l'entendre ou des précautions à l'évoquer, ne pas réagir « à chaud », l'appréhender avec réflexion dans sa globalité et y répondre de façon appropriée. Soignons nos hyper-sensibilités.

Cela est la théorie, mais en pratique … cela demande de la technique.

Tout est une question de technique.

 

Notre liberté (d'agir) s'arrête là où commence celles des autres, dit-on. On reconnaît qu'il faille tempérer ses ardeurs et dérives lorsque nos actions sont de nature à occasionner une gêne, un trouble à nos concitoyens.

L'Expression, sous quelque forme que ce soit, ne serait-elle pas concernée par la maîtrise due pour les préserver de nos excès ? Tout dire dérive en laisser-aller. C'est aussi une soupape salutaire.

Y a-t-il un déni sur les méfaits de nos paroles blessantes, de nos mots assassins, possiblement aussi pires que des coups, sans faire de trace visible, qui ont un impact réel sur nos relations et nos comportements ?

Les agressions physiques n'ont-elles pas souvent pour origine des échanges verbaux déplaisants et provocateurs ? Un mot peut être comme une lame fine qui vous transperce et vous met à genoux.

« Petite nature ,va ! » Nieriez-vous le poids des mots ?

 

Ce qui fait monter « la moutarde au nez » ou « le sang à la tête » ne pourrait à peine et plutôt pas du tout être une circonstance atténuante à l'acte répréhensible qui lui succéderait, non plus être jugé comme sa cause initiale. La disproportion de la riposte disqualifie toujours son fauteur.

L'atteinte à l'intégrité psychologique est négligée. Elle doit avoir des signes visibles répétés et sérieux, cad graves, pour être prise en compte, alors que le mal est fait.

 

Une loi sait reconnaître une insulte, identifier des propos racistes ou xénophobes, mais ne sait pas condamner la ridiculisation, parce qu'il faudrait définir une échelle de valeurs, du cas patent de la volonté de nuire à ce qui s'apparente à de la taquinerie.

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La liberté d'expression ne se défend-elle que par des exemples-clash dont on sait qu'ils sont extrêmement délicats à manier ? Veut-on faire comprendre les choses avec pédagogie ou ne penser et ne voir que par le cas-phare qui occupe tout l'espace, dont sait qu'il choque, qu'il braque et ferme la porte à toute intelligence?

Combien de fois faudra-t-il encore combattre, armes à la main, au nom d'on ne sait qui, pour trouver un consensus d'apaisement, tant souhaité.

Le vivre ensemble appelé est-il « tous ensembles » ou « en sous-ensembles séparés » ?

Il faudra trancher, bientôt !

Rien ne peut être acquis ou maintenu à n'importe quel prix, car la facture sera présentée, un jour ou l'autre ! Le débat doit être absolument soutenu, non pas pour l'art de la joute, mais pour faire avancer les réflexions, si possible, converger les points de vue, ou du moins les rapprocher, les rendre compatiblement vivables.

Mais, ridiculiser le ridicule est sain, sauf qu'il ne faut jamais le dissocier du prisme au travers duquel il est jugé ainsi.

La lecture de toute expression doit toujours être reliée à sa culture ou sa religion, cad ses concepts moraux et philosophiques par lesquels ils ont été pensés et émis. Sinon, comme en traduction linguistique, on fait des erreurs d'interprétation. Enlever les clés de cette compréhension et n'utiliser que les siennes, serait nier l'existence d'autres façons de voir les choses.

On le nomme rejet de ce qui nous différencie, sectarisme.

Nous avons vu monter la démesure dans beaucoup de domaines - financiers, climatiques, sanitaires, densification d'humains au m², dans les expressions, etc ... Cela conduit à instaurer du totalitarisme, parce qu'après le dérapage, ou pour l'éviter, il faut redresser la barre de façon brutale et autoritaire. La meilleure façon de s'en défendre n'est-elle pas d'être regardant sur les limites à ne pas dépasser, de mesurer la teneur de nos propos, d'être raisonnable ? Ce sont les conditions et une façon de « couper l'herbe sous le pied » à ceux qui voudrait « nous serrer la vis ». Aussi de les aider ? Hum !

 

Doit-on répondre à la provocation ? Dieu sait (c'est le cas de le dire) qu'elle sont nombreuses et ont pour but, la plupart du temps, de déstabiliser.

C'est comme dans un feu, plusieurs éléments sont indispensables pour qu'il prenne.

S'ils ne rencontrent pas de cible, le provocateur et sa provocation n'ont aucun effet.

Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille rien faire, mais surtout ne pas entrer dans son jeu. Nous savons que, nous tous avons les moyens d'agresser, de faire mal, de détruire l'autre de toutes sortes de façons, tôt ou tard.

Pourrait-on faire l'impasse des combats et passer à l'étape suivante dans la sagesse ?

Cela est la théorie, mais en pratique … cela demande de la technique.

Tout est une question de technique.

 

Auto-censure ?

La pratiquer est preuve d'intelligence et de maîtrise de soi, si cela s'avère utile à préserver quelque chose qui ressemble à l'apaisement ou d'important.

Si on a l'impression d'obéir à une pression ou une interdiction inacceptable en la faisant, l'auteur devra trouver les ressources rhétoriques pour montrer que ce n'est pas une soumission, mais un choix de sa part, une action respectueuse des concepts d'autrui, même si ce ne sont pas les siens, humaniste et qu'il le fait savoir.

L'exemple du journal Danois, republiant le même article sans les images est remarquable. Le débat n'est pas mis sous cloche.

 

Ne pas l'utiliser, dans les cas critiques, n'est-ce pas le signe d'une immaturité de conscience, d'une impétuosité mal maîtrisée, d'une envie d'en découdre, d'une incapacité à évoquer le sujet habilement?

Encore une fois, utilisons notre intelligence, pour faire tomber à plat des querelles prises comme étendards qui bouchent l'horizon mais n'étant pas de première importance, relativiser et nuancer.

 

Comment concevoir l'avènement d'un monde apaisé ? Est-ce une chimère ?

Ne soyons pas naïf, tant que nous ne serons totalement anesthésié ou que l'homo-raisonnabilis ne sera pas advenu, nous oscillerons entre les extrêmes !

Expression mesurée (suite) par Léon CAMEL 25/10/2020 2/2

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