Ce matin, le brouillard descend lentement des collines, limitant le champ de vision à quelques dizaines de mètres, le froid gagne...  « Il y a des jours ou quand le jour se lève on voudrait rentrer tout au fond d'un rêve » chantait Yves Duteil.

Les inégalités s'accroissent dans le monde, la France n'échappe pas à cette malédiction. L'Insee, Oxfam et bien d'autres organismes nous le répètent chaque année comme une litanie. La banalité de ce constat jugé sans doute inexorable ne suscite plus guère d'indignation dans la population ni de réaction dans les médias, aucun commentaire de la classe politique qui semble en admettre le caractère définitif. Explication incontournable, lancée comme une excuse qui dédouane d'une quelconque responsabilité tout pouvoir ayant une influence sur la marche de la planète, personnages politiques en tête : La crise de 2008.

La crise des années 30 a trouvé une issue, la guerre, 40 millions de morts. Bonne nouvelle, la reconstruction a ensuite favorisé le plein emploi. On frémit à l'idée d'une telle « solution », mais l'histoire ne se répète jamais à l'identique, il ne s'agit d'ailleurs plus de conquêtes territoriales ou d'épuration ethnique mais d'une opération de captation totale des richesses de la planète par un système financier qui va se réduire à quelques grands groupes bancaires.

Une crise est par définition un dérèglement temporaire qui provoque des dysfonctionnements , des troubles, des douleurs... Depuis 1980, les quelques vingt crises causées par divers marchés financiers ont trouvé une issue relativement rapide, mais on perçoit mal le caractère provisoire de celle de 2008 tant la mise en œuvre des solutions proposées par moult économistes éclairés (on non) apparaît complexe et hasardeuse. Alors, on attend sagement le retournement d'une conjoncture mondiale en faisant des saignées sensées apurer la dette publique et rétablir l'équilibre des budgets, impératif affiché comme condition préalable à une sage redistribution des richesses. « Ceux qui décident ont accepté de ne plus gérer que la ruine » nous dit l'écrivain François Meyronnis. « Une crise traverse le monde et décide de presque tout sur cette planète. Nos corps sont pris en otage, nos consciences moulinées dans la confusion. Millionnaires comme trimardeurs, nous sommes tous coffrés dans l'invivable ». Cette réponse aux économistes, oh combien enrichissante, de François Meyronnis est à retrouver ou découvrir dans son livre « Proclamation sur la vraie crise mondiale » ou sur France culture dans les carnets de l'économie. Sommes nous condamnés à goûter cette crise jusqu'à l'hubris (merci Jef) ? Dès lors, s'agit-il véritablement d'une crise ? L'auteur admet qu'il s'agit moins d'une crise au sens traditionnel que d'un réel bouleversement systémique. Il se demande d'ailleurs s'il est possible d'en sortir ce qui ôterait au mot crise sa propre signification.

Quelques petites avancées sont malgré tout proposées ici ou là. L'Union Européenne semble vouloir imposer une taxation des transactions financières, une petite lueur dans la brume, mais la France s'y oppose mordicus, le brouillard s'épaissit. Certains proposent un peu plus de protectionnisme au moins au niveau européen, mais les technocrates bruxellois font le forcing pour signer cet infâme traité transatlantique. On promet de combattre férocement la corruption et les paradis fiscaux, quelques rayons de soleils percent enfin les nuages, mais on nomme Jean Claude Junker président de la Commission européenne, tout s'assombrit brusquement. On proclame la nécessité de renforcer le tissus industriel et les infrastructures rentables mais on brade notre patrimoine, dans cette brouillardeuse confusion, on ne distingue plus ce qui est remède de ce qui est problème (mais bon, le sentiment d'agir donne bonne conscience à nos grands décideurs).

Les inégalités plombent la croissance et donc le profit, apprend on avec stupeur. Ce constat sera-t-il suffisant pour influer sur le comportement des détenteurs de pouvoir et de richesses ? Suis-je le seul à en douter ?.....et d'ailleurs, la croissance est-elle la solution pour éradiquer la misère ou le problème pour la santé écologique de la planète?

La rationalité économique est très certainement enseignée dans les Grandes Écoles et une vision à long terme solidement ancrée dans l'esprit de nos élites, mais dans cette épaisse grisaille, ils ont manifestement perdu le manche !

François Hollande avait promis de ne pas se représenter si le taux de chômage n'avait pas diminué. Le taux de chômage n'est pas le seul élément qui fonde les inégalités. Les organismes qui tentent de les quantifier y incluent bien d'autres paramètres : salaires, différences homme/femme, accès aux savoirs, à la santé, espérance de vie... L'indicateur le plus pertinent pour juger de la réussite d'un mandat n'est il pas l'écart d'inégalité entre début et fin de quinquennat, calculé par un ou plusieurs organismes indépendants  ? Un candidat à la fonction suprême ne doit il pas s'engager sur ce critère ? Allez, soyons fous, proposons de l'inclure dans la constitution.

Ce soir, la nuit tombe, la brume ne s'est pas vraiment dissipée, j'ai mis un gros pull pour lutter contre le froid, l'oubli dans le sommeil est peut-être le mieux à espérer au moins pour aujourd'hui. Le soleil se lèvera-t-il demain ? Quelqu'un voit-il poindre une lueur à l'horizon ?

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Tous les commentaires

tout ce que vous dites me paraît juste, toutefois il manque un ingrédient important: la mondialisation.

Il est beaucoup plus rentable de faire produire dans les pays "en voie de développement". Du coup les travailleurs européens perdent une partie de leur intérêt, et donc de leur rémumération. Avec des nuances suivant les pays, mais en tout cas vrai pour la France et l'Europe du Sud.