Quand Bouvet, Laborde et Delb relaient des mensonges d'extrême-droite

En dix jours, deux fondateurs du Printemps républicain, Laurent Bouvet et Jérôme-Olivier Delb, ainsi qu'une personnalité proche de ce mouvement, Françoise Laborde, ont relayé des faux montés par l'extrême-droite.

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Laurent Bouvet

Le 30 juin, Laurent Bouvet s'indigne d'un commentaire laissé sur la page Facebook d'Alliance Citoyenne, cette association qui s'est mobilisée à Grenoble pour faire autoriser les burkinis dans les piscines municipales. « Patience et merci alliance citoyen bientôt la piscine sera à nous on sera pas obligée de se baigner avec les porcs blancs » peut-on lire sur la capture d'écran relayé par le fondateur du Printemps républicain.

 Or, comme l'a notamment montré la journaliste Isabelle Kersimon, difficilement soupçonnable de complicité envers « l'islamisme », le compte supposé avoir écrit ce commentaire est un faux. Supprimé juste après le commentaire, ce compte est illustré par une photo d'une poétesse anglaise n'ayant rien à voir avec l'affaire. C'est un média d'extrême-droite qui a publié, avant Bouvet, le commentaire1.

 Comme l'écrit Isabelle Kersimon, « le chemin de ce supposé commentaire suit celui que j'ai pu observer depuis trois ans de nombreuses infox se déployant dans une porosité totale entre comptes d' [extrême-]droite et comptes "laïques". » En 2012, un ancien militant d'extrême-droite témoignait  de telles pratiques, par ailleurs de plus en plus documentées : « il suffit de prendre un pseudo à consonance musulmane et lancer des insultes aux Français, en prônant une République islamiste à Paris ou ce genre de choses. C'est très gros mais ça marche à chaque fois. » Notamment grâce à des Laurent Bouvet.

 Françoise Laborde

 Le 8 juillet, Françoise Laborde relaie un article évoquant la subvention de Georges Soros à cette même Alliance Citoyenne, accompagné du commentaire suivant : « tout est bon pour déstabiliser [l'] Europe et lutter contre notre modèle de laïcité ». Pourtant, le cadre laïque actuel n'interdit pas le port de burkini.

 Françoise Laborde précise ensuite que Soros aurait lutté contre la construction européenne, faisant sauter la banque d'Angleterre en 1992 et ouvert ainsi la voie au Brexit. Elle rajoute : « Aujourd’hui il continue de militer pour la sortie de l’Allemagne de l’euro. Quant à sa fondation, elle finance depuis toujours le communautarisme et les officines indigénistes contre la conception française de la #laicite et de la #CommunautéRépublicaine »

Tout ce discours est mensonger. Soros s'est opposé au Brexit et ne milite pas pour la sortie de l'Allemagne de la sortie de l'euro. Il s'est plaint des inégalités entre les pays, inégalités qui profitaient à l'Allemagne, comme l'indique une citation reproduite dans un article... cité par Françoise Laborde.

Une fois ces mensonges retirés, que reste-t-il ? Les affirmations selon lesquelles Soros mènerait un complot contre l'Europe et la République. C'est-à-dire, très exactement, un discours antisémite, où l'expression « milliardaire Soros » est très bien comprise comme signifiant « juif ». Ce discours est une constante de l'extrême-droite et de la fachosphère. Il est aussi brandi par Bush ou Orban.

 La fondation de Soros finance des actions de réduction des risques pour les usagers de drogues, d'accès aux traitements contre le VIH ou les hépatites virales, de lutte contre les discriminations, etc. Bien sûr, ces actions sont critiquables, et on n'est pas surpris que l'aide à ces minorités soient critiquées par une "universaliste". Mais il est indigne de les critiquer sur la base de mensonges et en réactivant le cliché anbtisémité du juif complotant contre les valeurs nationales.

 Jérôme-Olivier Delb

 Donald Trump a annoncé le 4 juillet restreindre les mesures d'affirmative action, visant à compenser les inégalités racistes dans l'accès à l'université. Le soir-même, le journal télé de France 2 y consacre un bref reportage, qui réduit ces mesures à une caricature trompeuse, comme l'a indiqué Checknews2. Mëme si le traitement par France 2 est biaisé et réducteur, les mesures d'affirmative action y sont bien présentées comme destinées à compenser des inégalités sociales, racistes.

 Membre fondateur du Printemps républicain, Jérôme-Olivier Delb publie la capture d'écran d'une infographie diffusée dans le reportage. Cette infographie est précisément un des biais critiqué par Checknews. Le militant écrit : « Vous connaissez un truc plus raciste que ça ? On dirait du Gobineau. ». Il assimile ainsi une mesure cherchant à compenser les inégalités racistes à du racisme biologique. Il reprend le discours de Trump et de son aile la plus extrême-droitière.

 Il reprend surtout un montage grossier d'un groupe d'extrême-droite. En effet, Delb n'a pas fait sa capture d'écran depuis le site de France 2. Il reprend la vidéo d'un compte Twitter, « Racines d'avenir », compte de soutien à Marion Maréchal (Le Pen), soutien de la politique italienne en matière d'immigration, soutien de l'homophobe Agnès Thill, etc.

La vidéo que diffuse le tweet photographiée par Delb est un montage grossier du reportage de France 2. Toutes les analyses évoquant les inégalités dans l'accès à l'université ont été supprimées, ce qui donne effectivement le sentiment que les mesures d'affirmative action reposaient sur du racisme biologique présupposant une moindre intelligence de certains groupes. Tel n'est évidemment le cas que dans l'imaginaire des croisés racistes, fans de Trump et de Marion Maréchal.

1Du camp d'été décolonial au stage antiraciste de Sud Éducation 93, en passant par Lallab et son annonce pour le service civique et tant d'autres exemples, le Printemps républicain et ses allié-es « universalistes » ont systématiquement lancé leurs croisades sous l'aiguillon de l'extrême-droite.

2Checknews cite un compte Twitter comme étant à l'origine de la polémique. Ce compte affirme que les mesures d'affirmative action étaient raciste et avaient été adoptées par Obama. Le compte publie en bannière une photo de Marion Maréchal.

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