Edouard Philippe – L’entourage homophobe et réac d’Emmanuel Macron (2)

Ce n’est pas le travail parlementaire, proche du néant, que récompense Emmanuel Macron en nommant Edouard Philippe. C’est quoi, alors ? La grande braderie des droits des homos ? La rhétorique légitimant les inégalités et rendant respectable le discours de la Manif pour tous ?

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Comme en témoigne sa page du site « Nos députés » (voir à ce lien), le bilan du travail parlementaire d’Edouard Philippe est affligeant. Le graphique ci-dessus le résume :

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Si le nouveau Premier ministre est dans la moyenne avec 113 semaines d’activité (sur 47 mois, tout de même), il est à la traine en matière de présence en commission, d’interventions (en commission ou en plénière). Il n’a participé à la rédaction que de 6 amendements. La page du site « nos députés » consacrée à ses dossiers législatifs (voir à ce lien) est bien peu remplie :

 

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On peut comparer l’activité de Philippe avec le bilan d’un de ses collègues, Eric Ciotti (et on ne soupçonnera pas que je favorise celui-ci pour ses idées politiques…) :

 

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La faiblesse du travail parlementaire n’a donc pas découragé Emmanuel Macron. C’est sans doute ce qui s’appelle la politique autrement. Edouard Philippe est en fait bien parti pour réformer la vie politique. Il estime que le cumul des mandats devait être possible (voir une ses rares interventions à l’Assemblée à ce lien : l’élu ne se fatigue pas trop en réunions, mais il sait choisir ses sujets).Il se justifie en affirmant que cela devrait relever d’un choix moral personnel. On appréciera le jésuitisme  : « Si interdire le cumul des mandats est un impératif moral, si c’est la condition du bon exercice d’un mandat, une loi n’est pas nécessaire et chacun peut, à titre individuel, parfaitement respecter cet impératif moral. Si l’on considère qu’il est dangereux de cumuler les mandats, ne nous présentons pas. »

 

‘Inutile de rendre la corruption illégale, si c’est un impératif moral, chacun le respectera’, cela marche aussi ?

 

Sur ses 4 interventions recensées pour 2013, l’une d’entre elle porte sur l’enjeu crucial du nom que doit porter le président d’une région ou d’un département (voir ici). Macron a su choisir la personne avide de répondre aux urgences de notre société.

 

On attend donc avec impatience les discours du Président et de son Premier ministre sur la nécessité de travailler pour gagner sa vie, pour ne pas dépendre des aides sociales, ne pas être un « assisté ». Chacun-e pourra ressortir à Edouard Philippe son bilan parlementaire, payé 6500 euros par mois (+ 7000 euros d’assistant-es parlementaires).

 

Comme le rappelle Yagg (voir l’article à ce lien), même en se tuant au travail parlementaire, Edouard Philippe a trouvé le temps de s’abstenir au sujet du mariage, et de publier une tribune où il s’oppose à la PMA et la GPA. Cette tribune renvoie dos-à-dos la Manif pour tous et les défenseur-ses des droits : « Il met aux prises des positions tranchées, reposant le plus souvent sur des convictions personnelles profondément ancrées chez chaque député et chaque citoyen, sur des conceptions de la société parfaitement respectables même si, aujourd’hui, elles s’affrontent dans un fracas renforcé par le besoin de certains de caricaturer ceux qui ne pensent pas comme eux ». Dès le départ, le refus d’accorder l’égalité est présenté comme une option légitime, et ceux qui la critiquent caricatureraient le camp adverse. Il va donc falloir encore et encore le rappeler : ne pas valider le mariage, s’opposer à la PMA, et aussi à la GPA (même si le PS l’avait refusé, et même si les pro-Manif pour tous ont fait semblant du contraire

 

La tribune accuse ensuite le gouvernement de vouloir aller trop vite, appelle à un débat de fond, avec toute la société civile. Edouard Philippe n’a donc aucun scrupule à mettre nos vies et nos droits en débat. Comme tous les homophobes, il projette ses préjugés sur une société qui ne serait pas prête – alors que l’élection de Hollande, l’ensemble des débats et des indicateurs comme les sondages d’opinion lui donnaient tort.

 

La tribune reprend par ailleurs la propagande de la Manif pour tous, en expliquant que le mariage et la PMA ouvriraient aurtomatiquement la voie à la GPA – sans jamais expliquer comment, ni sans jamais justifier l’opposition homophobe à la GPA. Au nom du droit des femmes ? Un élu d’un parti sexiste va sans rire parler du droit des femmes ? Si le droit des femmes intéresse tant Philippe, qu’il démissionne et demande à Macron d’en nommer une. Pour le reste, il n’a aucune légitimité à en parler.

 

La tribune s’oppose aussi à la reconnaissance des enfants né-es de GPA à l’étranger. Edouard Philippe soutient donc la précarité juridique des familles homoparentales – et s’opposent par ailleurs à la jurisprudence qui s’impose à la France, et qu’elle refuse d’appliquer. La situation des trans, il s’en tape (comme Macron).

 

Pour faire barrage au FN, Macron a donc nommé un élu politique qui pense exactement comme le FN sur la PMA, a repris la rhétorique de la Manif pour tous, en l’adoucissant, pour justifier son refus de soutenir le mariage et d’assurer aux lesbiennes et aux femmes célibataires l’égalité. Il s’agit là d’une prime à l’homophobie qui contredit ouvertement les engagements, pourtant très timides, de Macron candidat.

 

La nomination rentre aussi en contradiction avec les signaux envoyés aux gays lors de la cérémonie d’investiture, la veille (présence du compagnon du policier tué par un terroriste, hommage aux Oubliés de la Mémoire).

 

Ces contradictions posent question : Macron ne nous respecte-t-il que quand nous sommes mort-es ?

 

Image de Une trouvée sur l’Internaute

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